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CHAPITRE III

Premières démarchés du nouveau missionnaire canadien à Worcester. — Kecensement de la population canadienne. — Les Canadiens, reunis on assemblée générale, tiennent ft se constituer sur-le-champ en paroisse distincte.

C’est le dimanche, 12 septembre, après les vêpres, à l’église Sainte-Anne, que les Canadiens de Worcester purent entendre le premier sermon français qui leur fût prêché par un prêtre de leur nationalité résidant au milieu d’eux. Pour un peuple qui appelait depuis si longtemps de ses vœux un tel bonheur, qui n’avait jamais ouï prêcher, d’ordinaire, et depuis longues années, qu’en une langue étrangère, inconnue, réputée par le très-grand nombre inintelligible, on comprend que pareil jour dût faire époque et inaugurer heureusement une ère nouvelle.

Immédiatement Après le sermon, beaucoup de ceux qui étaient à vêpres se rendirent auprès de leur nouveau curé, la joie au cœur, le visage rayonnant. Les longues espérances étaient donc remplies, le temps d’agir venu.

On ne voulut rien remettre au lendemain.

Tout d’abord, il fallait se compter, constater ses forces. On nomma donc sur-le-champ un comité de huit membres, qui devait faire le recensement de la population canadienne, aussi exactement que possible, durant la semaine même.

Le dimanche suivant, 19, Monsieur Primeau convoqua une assemblée générale des Canadiens, laquelle se tint à l’issue de la messe, dans le soubassement de l’église Sainte-Anne. Là, il leur donna communication du rapport du comité. Le recensement marquait le chiffre de 1743 âmes et 1 1 59 communiants. Puis, après leur avoir bien fait connaître la nature et le but de sa mission, il leur proposa de choisir entre ces deux partis : — former immédiatement une paroisse distincte et avoir leur église à eux ; ou rester desservis à Sainte-Anne par un prêtre canadien, lui-même, attaché à cette église comme Assistant. Quant à lui personnellement, il serait à leur service soit comme desservant soit comme curé, bien que, cependant, suivant la mission qu’il tenait de l’évêque, son devoir fût de travailler à fonder aussitôt que possible une paroisse canadienne. Il n’y eut qu’une voix. Tous, unanimement, demandèrent une paroisse. Alors, il fut convenu que le nouveau curé lui-même ferait part de la détermi-

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nation de l’assemblée à M. J. J. Power. Il devait lui exprimer en même temps la vive reconnaissance de tous les Canadiens et lui demander humblement la continuation de sa bienveillance. Enfin, ils le priaient de vouloir bien leur accorder la faculté de se réunir tous les dimanches, à huit heures et demie, pour la messe, dans l’église Sainte-Anne, pendant six mois, en leur permettant de retenir au profit de leur future église le revenu des bancs qu’ils y occuperaient. Les Canadiens croyaient pouvoir se permettre une telle demande d'autant moins difficilement, que très-peu d’années les séparaient du jour où ils avaient euxmêmes cédé, au profit de leurs concitoyens irlandais, l’emplacement, les fondations et le petit trésor de cette même église Sainte- Anne, aujourd’hui attachée à Saint-Paul, sans y mettre la moindre réserve, et sans renoncer pour l’avenir au devoir de contribuer à sa complète édification.

Cependant, M. Power ne put leur accorder cette faveur. Il répondit que les Canadiens ne pourraient avoir à Sainte-Anne d’office spécial pour eux, le dimanche, que s’ils continuaient à faire partie de la paroisse. Alors, comme nécessairement, le missionnaire canadien restait Assistant et le revenu des bancs retournait à l’église. Tout ce qu’il pouvait faire, s’ils persistaient à vouloir former une paroisse, était de permettre à leur curé de leur dire la messe à Sainte-Anne, la semaine, et d’y entendre les confessions.

Cette réponse, croyons-nous, était bien la meilleure que M. Power pût donner ; mais de soi, évidemment, elle tendait à anéantir le vote unanime de l’assemblée, à diviser les forces des Canadiens, à paralyser pour longtemps, sinon pour toujours, leurs chères espérances. Les Canadiens, réunis de nouveau après les vêpres, résolurent sans balancer de passer outre et de louer une salle, où ils pussent aller entendre la messe, et se réunir dès le prochain dimanche.

Assurément, nos braves compatriotes de Worcester étaient dans leur droit. Et ce qui le prouve surabondamment, c’est que leur évêque, auquel on avait d’avance communiqué le recensement et fait connaître les obstacles qui pouvaient surgir, avait, avant même l’assemblée générale, répondu à Monsieur Primeau : “ Ce que j’ai dit est dit. Go ahead.”

Cependant, nous devons être juste, et la justice demande ici une observation.

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