‹ Notre-Dame des Victoires pendant la Commune, ou, Lettres justificatives & documents conservésChapitre 40 sur 58 · LETTRE DE M. L ABBE FAYOLLE A M. L'ABBÉ FRANÇOIS AMODRU · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. L ABBE FAYOLLE A M. L'ABBÉ FRANÇOIS AMODRU

Vicatre à N.-D. des Victoires

Valence, 10 Janvier 1882.

Mon cher Ami,

Me voilà de retour à Valence ; ma première pensée est pour vous.

Quels beaux moments j'ai passés avec votre cher frère, notre ancien supérieur! Ces quelques jours m'ont rappelé ceux de notre enfance.

Nous avons' parlé des vieux souvenirs, des vieux amis... Odon, Verdelet, Gresse, Morin, Loubet, Helme, et tutti quanti.

Il m'est doux de penser que N.-D. des Vertus bénira cet Avent de 1881, pour lequel votre frère m'avait appelé auprès de lui, à Aubervilliers. En tout cas, j'ai placé tous mes discours sous la protection de la Bonne Mère.

Malgré les ravages du temps et des hommes, l'église d'Aubervilliers est encore belle. Là, que de .souvenirs ! — J'aime ces inscriptions et ces marbres disséminés un peu partout dans la nef de la Ste- Vierge, et au Ijas du clocher, près de la Sacristie ! Ils

— iHO — rappellent d'illustres pèlerins, des noms qui marquent dans l'histoire. Tout visiteur intelligent s'arrête, lit, et prend ses notes. ,

N etes-vous pour rien là dedans? On m'assure que vous avez fait de longues et pénibles recherches pour reconstituer l'histoire de ces lieux, et que vous êtes pour moitié dans la résurrection du Pèlerinage.

S'il en est ainsi, Dieu soit loué! mes sincères compliments.

Dans les agencements de l'église, j'ai retrouvé votre frère, c'est-à-dire, celui qui, avec de pauvres et modestes éléments, est arrivé à nous doter d'un collège sur les bords de la Drôme.

En avant de la Sacristie, et adossés au clocher, (juatre bois debout, soutenant un plancher, solidement établi, m'ont fortement intrigué.

J'ai voulu examiner de mes yeux. Arrivé en haut, à la vue de ces bancs et de ces tables disposés avec soin dans deux pièces qui communiquent entre elles, et d'où l'on peut assister à la messe, je me suis dit : Voici une maitrise qui commence ; le collège de Grest a presque débuté ainsi.

J'avais deviné juste. Le frère Irlide, supérieur général, a visité ce local ; il est accepté. — Reste encore quelques difficultés de détail que vous connaissez. Mais celui qui a triomphé, contre toute espérance, sur les bords de la Drôme, ne peut man(iuer de triompher à Aubervilliers.

J'ai surpris plus d'une fois votre frère dans son bureau particulier, le bureau du pasteur, enclavé avec soin dans la Sacristie.

Il m'a été facile de comprendre cjue c'est de là ciue sont sortis tant de règlements utiles, (|iii ont fait la pai'oisse, pour ainsi dire.

Au chef du troupeau, dans son église, ne faut-il pas un lieu où il puisse causer paternellement avec ses paroissiens pour les ramener à Dieu, et leur faire comprendre leurs vrais intérêts?

Plus d'un habitant de la plaine des Vertus a appris là, de la bouche de votre frère, la puissance de N.-D. des Vertus, et tout ce que la Ste-Vierge a fait pour la France aux jours mauvais.

La saison est rigoureuse à Aubervilliers ; l'église, par ce froide m'a paru humide. J'ai demandé à dire ma messe, dans la chapelle du Sacré-Cœur, que votre frère a fait organiser.

Si cette chapelle est pauvre, au moins elle est saine. On peut y prier, y célébrer les saints mystères, sans craindre les courants d'air et l'humidité.

Votre frère a la bonne idée aussi d'y faire les catéchismes et d'y confesser les hommes, qui n'aiment pas à afficher leurs dévotions.

D'ailleurs, avec les restée de son rhumatisme articulaire, comment, pendant les jours neigeux de l'hiver, pourrait-il^ dans la grande nef, exercer les fonctions de son ministère !

On peut faire un reproche à ces différentes constructions, c'est de rompre un peu les grandes lignes de l'église ! mais la nécessité s'impose, et leur place s'explique là par l'impossibilité de les mettre ailleurs.

Dans ma prochaine lettre, je vous donnerai mon avis sur différents projets de votre frère.

Kn attendant, que j'aimerais à vous voir tou.s deux réunis, et travaillant ensemble, comme autrefois. Eccc qumn bonum et quam, jacundum habitare fralres in unum.

ou'il est beau de voir doux frères i)0sscdcs tous

deux de la môine ambition, la gloire de Dieu et le salut des ûmes !

Vous devez trouver ma lettre un peu longue; je prends votre temps, n'est-ce pas ? Allons, vous voilà libre; retournez au confessionnal de Notre-Dame des Victoires, et priez un peu pour moi. "

Je. vous embrasse, toto corde. Votre vieil ami, in Christo.

L'abbé FAYOLLE,

Aumônier de l'Ecole Normale de Valence.

Valence, 10 janvier 1882.

P. S. — Vous me demandez ce que je pense d'Aubervilliers ?

C'est la grande ruche qui travaille en face de l'immense prairie émaillée de fleurs. Que deviendrait Paris sans tant de mains qui le font vivre ? Quelle belle mission, pour un prêtre de cœur, que cette cité ouvrière !...

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