QUATRIÈME PARTIE iDl
trouverons toujours la bouche de l'aiiiante.
Les Vierges primitives aussi. Elles soijt fardées de vertus, de fausses modesties, et le lys virginal que tiennent leurs mains pâlies, il y a beau temps qu'il fut déiloré.
Et dans leurs yeux, puisque ce sont eux qui cachent les caresses, nous verrons des amours assouvis et non Textase sainte, non pas le spasme irréel des religions, mais la joie féconde,
La Joconde, elle-même, de son sourire chaste nous dirja son amour, et les flancs larges ouverts des Vénus de Milo tressailleront aussi sous les regards des colosses antiques.
— Comme tu aimes bien, lit Maud.
— Non, je comprends Tamour seulement et, artiste, je dis que les artistes sont toujours des amants.
]\tais je conçois aussi qu'une œuvre soit leur seule maîtresse.
Les poètes aussi sont tels, et ]\lilton et Klopstock, et Gamocxis, et Dante, notre Mistral à nous, iils de Proyeuce, tous feront leur poème en un rêve d'amour.
Rabelais, divin aussi, traînera son rirp dans
son œuvre comme ses héros dans les tavernes suant les truands et les filles, ribaudes grasses, prêtes il toutes les largesses.
Et tous les autres encore dont chaque page contient une profonde tendresse :
Béatrix ou Laure ; plus haut Aspasie , Gléopàtre, Sapho; dans la Bible, les Saintes filles, et Marie de Magdala; plus proclie Manon et plus près jNIimi et Mireille, en un mot toutes les amoureuses, les ardentes et les ingénues, dont les noms sont écrits en lettres d'or sur le Gotha des voluptés.
Maud, soulevée, parmi les coussins, écoutait charmée ; elle dit :
— Et toi, mon amant, que voudiais-lu v\\r'* 11 eut alors des pensées païennes :
— Je voudrais être Sardanapale ou bien Néron, ou aussi lléliogabale.
Ou bien de très antiques Pharaons, qui bâtissaient des temples de granit rose et des villes toutes blanches sous le ciel très bleu.
Je voudrais être tous ceux-là, avec leurs passions et leurs voluptés pour des sensations précieuses.
J'aurais eu des esclaves très belles, et si ton àme avait voulu sacrifier à des pensées toiles ou jalouses, nous aurions percé leurs yeux pilles avec de longues aiguilles d*or.
De leurs seins, durs comme la croupe blonde des Sphinges d'Harmakis, la divinité du Soleil levant, auraient coulé des gouttelettes de sang, une aune, comme des larmes.
Et leur âme serait partie avec Anubis et ïliot, vers le royaume de l'Ouest oii rayonne Osiris.
Tu n'aurais plus été jalouse.
Et les eunuques de Nubie qui auraient veillé à ta porte pour le caprice de tes désirs, seraient allés quérir les prêtres, aux'barbes parfumées, majestueux dans leur robe de lin, finement drapée.
Ils auraient incliné devant toi, l'Idole toute nue, leurs tètes graves, cerclées de bandelettes de fils d'or, et, leurs paumes étendues dans un geste onctueux, ils auraient apporté des bénédictions sacerdotales.
Jusqu'à l'aube renouvelée, sur des patènes d'or rouge on aurait brûlé des parfums
rares, des parfums doucement aphrodisiaques.
Mais voilà, je ne suis Sardanapale, ni Néron, ni aussi Héliogabale, et les Pharaons, jMaud chérie, sommeillent éternels dans leurs pyramides inconnues, ou sous la vitre blême des musées^ et nos pensées veuves sont usées.
Et c'est pourquoi, sans espoirs, sans esclaves, sans eunuques et sans grands prêtres, je t'adore simplement avec des timidités de petit garçon.
— Oh ! le grand fou.
Les lèvres de Gabriel couraient sur la nudité de Maud, qui déjà se livrait pour un sacrifice proche.
A cet instant même, au seuil de la maison, un cri éclata, terrible; désenivrés, les deux amants se soulevèrent avec une exclamation :
— Grand Dieu !
— Oh I je t'avais bien dit, lit Maud peureuse, dans ses craintes renouvelées.
— Mais non, voyons, rassure-toi, c'est ei bas, chez Pierre, ne t'effraye donc pas.
Kt Gabriel sortit.
Malgré ses frayeurs, voulant savoir, ^laud