‹ Notre-Dame du Bon-Conseil [microforme]Chapitre 3 sur 8 · L'IMAGE VENAIT-ELLE DU PARADIS · texte numérisé non relu

L'IMAGE VENAIT-ELLE DU PARADIS

D'abord, nous pouvons constater que d’après le témoignage de l'Eglise, elle occupe un rang

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unique et suprême parmi toutes les Images existantes de Notre-Dame, et qu’elle a été honorée Par cette même Eglise, avec un soin merveilleux qui n’est pas inférieur À’ celui qu’on a de la sainte Maison de Nazareth. Dans l'Office propre de la fête — celui de Notre-Dame du Bon- Conseil — nous lisons la notice suivante sur l'Image et sa prodigieuse apparition : « Et comme rien qui ne fût sublime ne devait se rapporter à la très sainte Vierr, que l'ange avait saluée pleine de grâces, ce n'est Pas sans un conseil divin que même ses Images ont été tenues en très grand honneur et ont été rendues plus respiendissantes par les prodiges et les miracles. Parmi celles-ci, celle qui, il ya trois siècles, sous le pontificat de Paul IT, apparut miraculeusement sur les murs de l’église des-Pères de l'Ordre des Ermites de Saint-Augustin, dans la ville de Genazzano, au diocèse de Palestrina, æété jours véné-ée avec un honneur spécial, con... il ressort des diplômes pontificaux et des monuments contemporains, Mû par ces choses, le Pape Pie VI concéda aux cénobites de la dite ville, un Office Propre à être récité le 7 des ca-

‘léndes de mai, c’est-à-dire au jour même de

l'apparition ; et ensuite, ayant assigné pour sa-

récitation perpétuelle, le jour qui suit immédiatement, il a étendu cette fête sous le rite double majeur à tout l'Ordre précité.

Contemplons donc maintenant la prodigieuse Image. Comme elle apparaît dans le Sanctuaire, elle n’a pas plus de dix-huit pouces carrés. De plus, ceux qui l’approchent de plus près, peuvent voir que c’est une fresque peinte — si jamais main humaine l’a peinte —il y a de longs siècles : quand et dans quel pays ? les meilleurs juges ne peuvent le dire. Le seul support d’un tel trésor, est une mince croûte de plâtre commun, pas beaucoup plus épais qu'un fort papier. Cependant, elle est restée dans ce lieu où on la voit encore aujourd’hui, quatre cent et dix-sept ans (1), et combien de siècles d'existence comptaitelle avant cela? Personne ne pourrait le dire. Cependant les cou'eurs et les lignes sont aussi fraîches que jamais. Depuis qu’elle demeure là, si fragile et Cependant si bien assurée, les grands murs de l’église qui l'entourent ont dû être renouvelés trois fois. Les couleurs jetées sur le canevas par les grands maîtres ont pâli, quoique gardées avec jalousie dans des lieux bien abrités ou peintes sur des murs aussi forts que

(1) Ceci était écrit en 1884.

l’art pouvait les faire. La seule existence de cette fragile Image semble un miracle ; la conservation des couleurs en paraît un autre. Mais il y en a un troisième le plus grand de tous. Elle reste comme elle était, lorsqu'elle arriva d’abord, non contre le mur, ou rattachée à celui-ci, mais à une certaine distance, sans avoir par derrière, aucun support matériel, quel qu'il soit. Quant à l’Image même, il est bien certain qu’anicune main humaine n’ajamais été capable de la copier. De belles images ayant quelque degré de ressemblance ont été produites par les artistes de douze générations. Quelques-unes de ces copies se sont montrées miraculeuses, mais aucune n’a été ure reproduction parfaite de l’origine

La fresque consiste en une représentation de la jeune Vierge-Mère, tenant dans ses bras l'Enfant-Jésus qui embrasse avec une sorte d'amour anxieux. Un de ses petits bras entoure le cou de sa Mère ; et ses doigts enfantins apparaissent de l’autre côté. L'autre petite main est placée sur le bord brodé de la modeste robe de traditionnelle couleur verte. L'enfant est habillé en rouge et l’une et l’autre sont couverts d’un manteau

bleu.

Le divin Enfant paraît précisément tel que

nous nous le représentons et tel qu’on se l’imagine, avoir été petit enfant, lorsqu'on voit son portrait à l’église de Saint-Sylvestre, à Rome. N'ayant ici-bas qu’une Mère, il apparait dans chacun de ses traits le vrai Fils de Marie, tout en lui respire une douceur humaine pleine d’amabilité et d’attraits, et avec une dignité inexprimable, 11 se montre réellement Fils de Dieu dans la nature humaine. Nulle part ailleurs, pas même dans la Ville éternelle, la métropole des arts, l’adorable Enfant n’est représenté aussi parfaitement non seulement désireux, mais anxieux d’adoucir le chagrin que sa Mère endura à cause de lui, et de le lui prouver, en exauçant chacune des prières qu’elle peut lui offrir. Aïlleurs Marie nous est montrée plaidant notre cause auprès de Jésus de mille manières admirables. Ici, Jésus se montre comme cherchant quelque occasion de faire miséricorde aux pauvres enfants d’Eve, pour lesquels il sait que sa Mèré intercède continuellement afin qu’il n'ait souffert en vain pour aucun d’eux. Et qui pourrait décrire l’Immaculée Vierge-Mère telle qu’elle est révélée ici? Les traits sont précisément ceux que nous prêterions à Marie et, chose singulière, ils se rapprochent tout à fait de ce que nous en

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disent les meilleures autorités qui ont écrit sur son extérieur. La couleur de la chevelure, les sourcils bien arqués, le front majestueux, plein d'intelligence, la couleur et:les proportions des yeux, les joues, la coupe exquise, les lèvres vermeilles, la robe et ses Contours, tout s’y retrouve. Quant à l’expression nul n’en peut donner une idée ; car, cette expression change, et ces changements que beaucoup voient et que tous ceux qui ont écrit sur le Sanctuaire ont soin de noter, sont de Berpétuels miracles qui se rattachent à cette Image vraiment prodigieuse.

Néanmoins, il ÿ à Une expression générale qui ne disparaît jamais, qui ravit celui qui la considère et le tient dans une espèce de contemplation. Cette expression est si ineffablement douce, si triste, si suave, si remplie de céleste beauté, si puissante à attirer tous les cœurs par l'alliance indéfinissable de tout ce que l'esprit peut concevoir de plus Parfait dans un amour, jeune, virginal, innocent et Pur, et cependant maternel, avec tout ce qu’il y a de plus élevé et de plus pur dans la perfection spirituelle — perfection que l'humanité seule de son Fils à pu surpasser — que c’est pour le chrétien le véritable idéal qu’il

se fait de Marie après la Présentation de Jésus

- tête de la Vierge-Mère

Siméon, nous la vo

cieuse à sa demeure ; elle Conserve ses paroles, les méditant avec douleur, et Cependant, créature la plus Parfaite, entièrement résignée « dans Son Cœur.» De longues années plus tard, elle révéla À sainte Gertrude que dans ces moments, lorsqu'elle tenait son innocent Enfant contre son sein immaculé, Entrevoyant le terrible avenir et considérant la fin — les fouets, les épines, la Croix, la mort — un torrent de larmes s’échappait de ses Jeux et tombait sur Ja divine face de qui connaissait Ja triste cau- » Voulait essayer de ja’ con-

l'artiste, naturel Où surnaturel fresque de la Vierge représenter avec son Enfant, :

Et qui peut Concevoir un moment plus propice pour Porter Jésus à lui accorder tout ce qu’elle peut demander, en un moment qui puisse faire un appel plus tendre au Cœur de celui qui se Prosterne à ses pieds? Sur cette peinture, la

s'incline amoOureusement,

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mais tristément vers le visage de son Enfant ; et les yeux qui sont surtout rapprochés de Jésus et tournés vers lui sont pleins de ces larmes qui montent involontairement de son cœur, oppressé par le Chagrin. C’est là certainement un moment où ni le pécheur ni le Dieu des miséricordes ne peuvent résister à la douce influence de Marie. * Peut-être est-ce là une des raisons du merveil. leux pouvoir de cette Image !

Les Pères de l'Eglise, les Docteurs, les Saints ont dit des choses merveilleuses, en parlant de la beauté incomparable de la Vierge-Mère : mais jamais, ni la plume de l'écrivain, ni le crayon du peintre ne pourront la représenter telle qu’elle est. Depuis son assomption dans le Ciel, il a été donné à quelques-uns de ses serviteurs privilégiés de la voir, probablement, telle qu’elle était sur la terre. Mais, sauf én ces circonstances, où elle-même était vue réellement, nous croyons querier ne peut donner àses dévots une connaissance aussi intime de ce qu'elle était et de ce qu'elle est réellement que l'Image qu’elle-même voulut donner si miraculeusement à Genazzano. Là, elle ne semble pas être représentée extérieurement, mais même vivre ct se mouvoir et répondre avec une intelligence céleste à chaque prière,

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à chaque désir de ceux qui viennent à elle pleins : d'amour et de foi pour l’honorer et chercher à ses pieds le Conseil et d'autres faveurs. C’est beaucoup dire, mais ce n'est pas trop. Tous Ceux qui depuis quatre cents ans ont visité dé- Votement le Sanctuaire où repose la miraculeuse Image sont témoins du fait, et c'est une des raisons pour lesquelles on l'appelle « Za Madone du Paradis. » Les pèlerins au Sanctuaire en sont tellement impressionnés qu'un grand nombre d’entre eux s'adressent à Marie comme s'ils la voyaient Personnellement ; et, après quelques instants, tous ceux qui viennent pour implorer sérieusement quelques faveurs, se trouvent com-

me s’ils étaient en la présence visible de la Reine

des Anges ; et ainsi, tandis que leur ferveur augmente, ils sont ravis par l'indescriptible beauté céleste de l'Image dont tous les traits semblent répondre à la prière et à l’affectueux épanchement du suppliant. Mais la plus étonnante manifestation de ce Pouvoir est le Changement positif, et, par conséquent miraculeux, qui semble s’opérer, quant à la couleur et à l'aspect, dans les traits de Notre-Dame. Et Cependant, dans tout ce qui se rattache à cette Image la plus miraculeuse de toutes celles de Notre-Dame, il

n’y a pas un fait qu'on expérimente plus souvent que celui-là. Tous ceux qui ont obtenu quelque secours surnaturel miraculeux en parlent. C'est

un fait vraiment étonnant, mais il est parfaitement établi.

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miraculeuse translation de l'Fmage

"HISTOIRE de la miraculeuse translation de 4 FL l'Image à Genazzano fut connue par l’apparition de deux étrangers qui n'appartenaient pas à la race italienne, parmi cette multitude accourant en nombre toujours croissant Pour être témoin du prodige, et demander des faveurs aux pieds de Marie, Dès que ces étrangers virent l'Image, ils furent remplis d’une joie indescripti. ble et ravis comme en extase pouvant à peine se décider à quitter sa sainte présence. Ils déclarèrent qu’ils ne l’abandonneraient jamais ; qu'ils voulaient travailler, vivre et mourir sous ses yeux. Et, comme nous le verrons, ils tinrent fidèlement leur promesse. - Ils étaient tous deux de la ville de Scutari, en NS: Albanie, à l’autre côté de la mer Adriatique, en

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face de la côte d'Italie et à la même latitude, à peu près que Rome. L'un, un véritable Albanais, était un jeune homme nommé Georgio, et l’autre, plus avancé en Âge, quoique né probablement à Scutari, était de Ja race des Slavons ou Esclavons et s'appelait De Slavis. Ils donnèrent l’histoire de la prodigieuse arrivée de la sainte Image d’une manière bien différente de ce que l’on supposait et de ce que le peuple de Genaz- Zano eût voulu croire. Mais toutes les circonstances qui arrivèrent ensuite, terdirent d’autant plus à confirmer leur histoire que voici :

Environ trois mois auparavant, en janvier 1467, dirent-ils, le dernier grand monarque d’Albanie mourut, et les Turcs que sa valeur arrêtait depuis plus de vingt ans, avançaient avec une puissance irrésistible sur leur infortunée patrie. L’ennemi en avait déjà occupé toutes les forteresses ; et si Scutari, la ville des étrangers, ne partageait pas encore le sort des autres villes du pays, c’est qu’elle était gardée par une garnison vénitienne que Scanderberg y avait appelée. On pouvait cependant prévoir le moment où, elle aussi, tomberait entre les mains des Turcs, cemme cela arriva, en effet, peu de temps après. Dans ces conjonctures, tous ceux

qui désiraient cons tâchèrent d’émigrer sins du leur : et

erver leur foi et leur liberté dans les pays Chrétiens voi-

Parmi le grand nombre de ceux Qui délibéraient sur cette tentative, figuraient Georgio et De Sclavis.

Ils avaient de ‘Plus, paraît-il,

belle petite église située au Pied de la montagne Sur laquelle s'élevait la

près de la jonction des

venir de l'Orient. Elle remplit l’Albanie de dé-

- votion à la Mère de Dieù ; et, en vérité, c’est bien celle qui se trouvait là, exposée aux regards de tout le Peuple de Genazzano.

La petite église des faubourgs de Scutari était doncchèreà tout le Pays età toutesles populations des provinces chrétiennes situées entre les eaux de l’Adriatique et celles de la mer Noire. Mais hélas! on devait admettre que la dévotion se refroidissait, Le schisme faisait son triste chemin en Albanie, Les mœurs du peuple s'abaissaient avec la pureté de sa religion. La dévotion envers Notre-Dame languissait même à Scutari.

L'invasion turque, punition visible du ciel, ne put appeler au repentir la masse de la population. Comme un écrivain, se plaignant à ce sujet, dit avec émotion « les jeunes gens et les jeunes filles ne se plaisaient plus à orner l’autel de Marie à Scutari; et, À cause de cela, le châtiment ne Pouvait pas être éloigné. » Néanmoins plusieurs étaient restés fidèles ; €t parmi eux, le héros que les Albanais aiment encore à appeler À présent « le fulminant lion de la Buerre » le grand roi Georgio Castriota ou Scanderbeg. Il aimait le Sanctuaire de Marie d'un amour dévoué et enthousiaste ; et Marie, en TE\Qur, ne fit pas seu-

lement de lui un modèle de perfection chrétienne, mais lui donna aussi un pouvoir invincible, qui sauva non seulement l’Albanie, mais aussi la chrétienté durant son règne. Lorsqu'il mourut, Notre-Dame parut n’avoir plus. rien à aimer dans ce pays et ainsi, quoiqu’elle fût venue à lui pour le bénir, elle résolut de l’abandonner à son destin, et c’est ce qu’elle fit dans les cit -onstances suivantes :

Tandis que Georgio et de Sclavis considérant les infortunes de leur patrie, projetaient de la quitter pour toujours, ils eurent d’abord recours au cher Sanctuaire pour demander à Marie lumière et direction. Là prosternés devant la sainte Image, ils implorèrent son assistance. Ils souffraient cruellement à la pensée d'abandonner leurs amis et leur pays et ils ne savaient vers quelle contrée porter leurs pas. Mais ce qui leur était plus sensible que tout cela, c'était la perspective d'abandonner pour toujours leur bienaimée Madone, la sainte Image qu'ils avaient vénérée si tendrement depuis leur enfance. Ceci les fit même hésitez sur le parti à prendre : ils ne savaient s'ils devaient partir ou rester. En versant d’abondantes larmes, ils allèrent donc conjurer Notre-Dame de leur venir en aide ; et

ce secours ils l’obtinrent d’une manière bien inattendue, mais avec la plus vive réConnaissance, Ils devaient Partir, mais ils ne perdraient pas leur p. écieux trésor.

Il est une chose très digne de remarque, c’est que ceux qui visitent la Madone de Genazzano lorsqu'ils sont dans l'affiction et le doute

Image, à Scutari, Constatent qu'ils sentent, par queique admirable unspiration Surnaturelle ce qu'ils ont à faire. La direction est souvent aussi Claire que si elle était exprimée verbalement. C'est sans doute une inspira’ion de ce genre que

.&jouta qu’elle allait elle-même, dans la sainte Image qu'ils aimaient tant, s’err aller de Scutari, échapper à la Profanation des Turcs Qui allaient bientôt s’en €Mparer, et se rendre dans une autre contrée pour répandre Jà ses grâces et ses béné. dictions dont l’Albanie s'était rendue indigne.

Enfin, elle leur ordonna de la suivre dans son Image, partout où elle irait.

Ceux qui sont conduits par la main de la Mère de Dieu ne sont jamais dans le doute ni dans des troubles d'esprit sous sa direction. Ils croient, et en réalité, ils connaissent Je pouvoir de Marie sur son Fils ; ils connaissent sa tendresse, sa charité, ses soins pour eux, et les manifestations de sa miracule . ‘ miséricorde ne les surprennent jamais.

Les heureux émigrants retournèrent donc le lendemain matin à l’église, tout prêts à quitter l’Albanie. Ils entrèrent dans le petit Sanctuaire, et voilà que, s’agenouillant Pour la dernière iois à Scutari devant l'Image bien-aimée, soudain cellecicommenceà se détacher du mur. De la même manière qu’elle était venue deux siècles auparavant, elle laissa la niche qu’elle avait si longtemps occupée ; elle s’arrta -1 milieu de l'air et un nuage blanc l’enveluypu «out-à‘coup. A travers cé nuage, cependant, elle restait visible à leurs yeux. Elle se dirigea vers la porte dc l’église, la franchit et alors, s’élevant légèrement, elle voyagea doucement, ne s’avançant pas plus vite qu’ils ne pouvaient marcher, et alla ver: la mer, à une distance de vingt-quatre milles environ de Scutari,

Là, le nuage blanc ne continua pas sa course à travers les airs, mais il passa sur les eaux. Les deux pèierins, conduits par l'esprit de Dieu, savaient que l'assistance divine ne leur manquerait pas ; et, plus fermes que les anciens Israélites, se confiant en la protection de Marie, ils ne marchèrent pas seulement entre les eaux mais sur les flots. Les vagues leur paraissaient aussi dures que le sol sous leurs pieds, et ils suivirent l’Image jusqu'à ce qu’elle atteignit les rivages opposés de l'Italie. Les eaux étaient devenues pour eux comme le diamant. Quand vint la nuit, le nuage blanc qui les préservait de la chaleur du jour, s’illumina et devint pour eux comme la Colonne de feu des H<breux dans le désert. Ils franchirent ainsi nr. gues et rivières, mers et

vallées, jusqu’à ce que, enfin, la large plaine de la campagne du Latium s’ouvrit devant eux et qu’ils virent à une certaine distance, les tours et des dômes de Rome.

Là, le nuage avança jusqu'à ce qu’il eût atteint

des portes de la ville ; puis, tout-à-coup, à leur inexprimable chagrin, il disparut à leur vue, absolument comme l'étoile de Bethléem avait dis- Paru pour les Mages. Ils cherchèrent dans toutes

des églises de Rome avec l'espoir de la trouver

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dans quelqu’une d'elles. Iis visitèrent toutes les rues de la grande ville. A cette époque, un grand nombre de leurs compatriotes se trouvaient dans toute l'Italie, forcés par la même raison qu’eux à quitter la terre de leurs aïeux. Mais aucun ne put leur donner le moindre renseignement. Peut-être aucun ne pouvait-il comprendre, ou au moins croire leur étrange histoire. Ainsi affligés, comme Marie quand elle-même perdit autrefois son Fils et son Dieu à Jérusalem, ils continuèrent comme des hommes inconsolables, ou peut-être, comme le pensaient ceux qui qui entendaient raconter leur histoire, comme des cerveaux dérangés, à chercher ce nuage blanc et la belle Image qu'ils avaient perdue. Mais bientôt arriva à Rome la nouvelle de l’étonnante apparition d’une Image de Marie, absolument telle qu'ils la décrivaient, reposant sur les murs non achevés d’une église commencée mais abandonnée, à Genazzano. On parlait aussi d’un nuage blanc répandant des rayons de lumière et qui avait accompagné sa venue, au milieu des concerts d’une musique angélique, de l'Image restant suspendue en l'air, des innombrables guérisons miraculeuses obtenues à ses pieds et des multitudes accourant à son Sanctuaire.

Le peuple de Rome commença à suivre l'exemple de ces derniers et se rendit en pèlerinage à Genazzano. Ceux qui avaient regardé les deux Albanais comme fous, commencèrent alors à les considérer comme de vrais serviteurs de Marie, et à croire que l’Image perdue était celle qu'ils avaient suivie, comme ils l’attestaient, par terre et par

Mer. À peine la nouvelle était-elle arrivée aux pèlerins qu'ils se hâtèrent de partir pour Genazzano. Là, à leur grande joie, ils virent par dessus les milliers de têtes de ceux qui étaient prosternés, au milieu de fleurs et de lumières innombrables, tandis que des ouvriers construisaient au-dessus d'elle un magnifique dais en marbre,’ l'Image bien-aimée qu'ils n’avaient perdue que pour un temps. Les habitants de Rome qui avaient vu leur détresse après l'avoir __— <omprenaient alors leur joie.

Les pèlerins étaient bien déterminés à ne plus quitter leur Image bien-aimée. Tous deux se fixèrent à Genazzano où ils se marièrent et lais-

sèrent leur famille après eux. La famille De

Sclavis ne s'éteignît en ligne directe que pendant le siècle dernier. Celle de Georgio existe jusqu’aujourd’hui ; elle est une des plus nombreuses et des plus respectables de Genazzano.

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