‹ Notre ennemi le luxeChapitre 11 sur 41 · Delamare, liv. m, tit. i, chap. iv, p · texte numérisé non relu

Delamare, liv. m, tit. i, chap. iv, p

L'édit du 17 janvier 1563 avait fait expresse défense aux femmes de porter des vertugales de plus d'une aune ou une aune et demie de tour. Louis xni se trouvant à Toulouse fut assailli de si pressantes réclamations de la part des plus Jolies, femmes de la cour et de la ville, qu'il dut revenir sur la sévérité de sa première Ordonnance. Des lettres patentes du 20 février 1565 permirent aux femmes et aux filles de porter des vertugadins à leur commodité, ef néanmoins avec toute modesties

Nous avons remis en honneur cette mode plus gênante que gracieuse ; et nos femmes se sont de nouveau arrondi la tournure à l'aide de cages de baleine ou d'acier. Un caprice récent de la mode en a diminué le volume sans en bannir l'usage.

On a pu voir, au temps où cette mode ridicule était le plus en crédit, des magasins suspendre à leur montre des crinolines à ressorts d'or et d'argent !

Un auteur, qui écrivait à la fin de la Régence, a fait des entraînements de la mode une peinture toujours vraie; elle pourrait passer pour dater de ce siècle et inspirée de ses travers.

(( De nos jours, — disait Dupradel, — les femmes ont trouvé le secret d'employer dans un seul habillement plus d'étoffe qu'il n'en fallait autrefois pour plusieurs. Elles se grossissent outre mesure. L'or, l'argent, la soie, les riches dentelles, les pierreries, tout est épuisé pour les orner. Elles n'en ont jamais assez, ni d'assez haut prix. »

Quelques femmes en sont revenues à ces pro-

digalités insensées; on a vu reparaître cette folle inconstance de la mode, que ne sanctionnera jamais le véritable bon goût. Le renom d'élégance de la femme française en a été compromis. D'inventrice elle paraît être devenue la pâle imitatrice de nos modes anciennes, même des modes étrangères; elle fait indifïéremment des emprunts à l'Anglaise, à l'Italienne, à l'Allemande, sans toujours parvenir, malgré Targent qu'elle y consacre, à composer un costume élégant.

A force de vouloir du nouveau à tout prix, les femmes en sont arrivées, par une étrange aberration du goût, à s'emparer pièce à pièce de notre costume masculin, si essentiellement disgracieux pourtant. Elles ont commencé par la chaussure, et ont cavalièrement mis à leurs pieds nos guêtres et nos bottes; ensuite elles ont porté nos gilets et nos faux-cols, des chemises et des chapeaux d'homme; puis, sous le nom de Zouaves^ Sultanes j Saute-en-barquCy Coim-de-feUy elles ont endossé nos vestes courtes du matin. Dn jour on les vit essayer nos habits aux basques

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étriquées. Elles ne nous ont pas même laissé les accessoires : la canne et le lorgnon !

Je n'ignore pas que, de tout temps, la mode a été demander ses inspirations au caprice ; en voici un piquant exemple pris au siècle dernier.

« Cet été, — rapportent les Mémoires secrets de Bachaumont S — la reine ^ ayant choisi une robe d'un taffetas d'une couleur rembrunie, le roi ^ dit en riant : — Cest couleur de puce ! et à l'instant toutes les femmes de la cour voulurent avoir du taffetas puce. La manie passa aux hommes; les teinturiers furent occupés à travailler des nuances nouvelles. On distingua entre la vieille et la jeune puce, et l'on en sous-divisr les nuances: le ventre, le dos, la cuisse, i tête. Cette couleur semblait devoir être celle de l'hiver; mais les marchands, intéressés à multiplier les modes, ayant présenté des satins à la reine. Sa Majesté en a distingué un d'un gris

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