MES SEEN
Le point de départ
La République fut proclamée le 4 septembre 1870 et s'établit sans résistance de la part du régime auquel elle succédait. Depuis quelques Jours, dans l'attente d’un désastre que chacun redoutait, il était question parmi les membres du Corps législatif impérial de la création d’un Comité de Défense nationale qu’aurait présidé le général Trochu, gouverneur de Paris. En des circonstances si tragiques, la régence de l'impératrice Eugénie ne semblait pas devoir assurer une suffisante sécurité. Lorsque la nouvelle de la capitulation de Sedan et de la captivité de l’empereur parvint à Paris, on tint une séance de nuit au cours de laquelle Jules Favre déposa une proposition de déchéance. Aucune voix ne s’éleva pour défendre la dynastie. Le jour suivant, la passion populaire se manifesta. La foule envahit l'enceinte parlementaire et réclama la présence à l'Hôtel de Ville des députés de Paris. Ceux-ci s’y rendirent. La députa.tion de Paris ® fut ainsi constituée en « Gouvernement de la Défense nationale ». Le général Trochu fut invité à présider le gouvernement. Etienne Arago fut nommé maire de Paris.
Cette organisation avait un caractère tout provisoire et embryonnaire. L’adhésion quasi
(1) Elle comprenait : MM. Emmanuel Arago, Crémieux, Jules Favre, Jules Ferry, Gambetta, Garnier-Pagès, Glais- Bizoin, Pelletan, Ernest Picard, Jules Simon et H. Rochéfort. Tous appartenaient à l'opposition républicaine.
unanime des provinces ne pouvait tenir lieu d’une consultation nationale qui s’imposait à bref délai. Dès le 8 septembre les électeurs furent convoqués pour le 16 octobre à l'effet d'élire une assemblée constituante. Mais pour faire les élections il fallait un armistice. Les conditions auxquelles le comte de Bismark acceptait de l’accorder n'étaient pas de celles qu’on pût discuter. Sitôt connus les résultats des entrevues entre ce dernier et le nouveau ministre des Affaires étrangères, Jules Favre, le gouvernement résolut d’ajourner les élections. Appuyé par la population parisienne ® ïl se rejeta vers la guerre à outrance.
Tandis qu'Ad. Thiers parcourait l'Europe pour demander aux puissances neutres d'intervenir en faveur d’une paix raisonnable, Gambetta, évadé en ballon de la capitale maïntenant investie, organisait à Tours, avec l’aide de M. M. de Freycinet, des armées nouvelles. Pendant de longs mois, la France disputa pied à pied son territoire aux Allemands. Lorsque enfin la défaite se trouva définitive et que l'armistice eût été signé, une Assemblée nationale se réunit à Bordeaux. Elle confia le pouvoir exécutif à Ad. Thiers qui avait eu l'honneur d'être élu vingt-huit fois tant la faveur populaire s’attachaïit à son DOM à la suite de la mission remplie par lui près des cours européennes et malgré que cette mission eût échoué.
(1) Il est assez piquant de constater que le gouvernement demanda la consécration de ses pouvoirs à un plébiscite, mode de consultation que ses membres combattaient sous l'empire, mais auquel les circonstances les amenaïent à recourir ; 500.000 votes favorables contre 60.000 consolidèrent leur situation.