LA RESTAURATION ET LES CENT JOURS
blanc. Le duc d'Angoulême y était accouruü).
Bientôt Le comte d’Artois entra en France, précédant le roi qui débarqua à Calais le 24 avril
Le premier acte de Louis XVIII fut de poser, par la célèbre « Déclaration de Saint-Ouen », les bases du régime nouveau. "Et, sans doute, en « octroyant » une charte à ses sujets et en la datant « de la 19° année » de son règne, poussait-1l un peu loin la fiction légitimiste. Mais on à dû reconnaître, par la suite, qu’au sortir de la tyrannie absolue, cette Charte renfermait fort exactement le maximum des libertés compatibles avec l’état d’une nation deshabituée depuis si longtemps du libéralisme. Les principes posés en 1789, y étaient à nouveau proclamés ; les confiscations faites par la Révolution (biens nationaux) se trouvaient confirmées, le Code civil était maintenu, la magistrature déclarée inamovible, la liberté de la presse assurée selon la formule jadis proposée par Mirabeau. Une Chambre des pairs héréditaire, une Chambre des députés élue, des ministres responsables devant les Chambres, un souverain suffisamment prémuni contre les entreprises parlementaires ou populaires complétaient l’économie d’une constitution qui — modifiée, mais non essentiellement en 1830 — devait durer jusqu’en 1848, c'est-à-dire en somme, trente-quatre ans.
(1) La famille royale comprenait les deux frères de Louis XVI : le comte de Provence, qui avait pris le nom de Louis XVIII, à la mort de son neveu enfermé dans la prison du Temple et le comte d'Artois, le futur Charles X. Le comte de Provence n'avait pas d'enfants ; le comte d'Artois avait deux fils : le duc d'Angoulême marié à sa cousine, la fille de Louis XVI, et le duc de Berri.
A l'extérieur, la paix du 30 mai 1814, laissait à la France ses frontières de 1792 et, en plus, Sarrebruck, Landau, Mulhouse, Montbéliard, An- neçy, Chambéry et une partie de la Savoie. La coalition n’en subsistait pas moins et l’isolement menaçait la France. Il ne fallut que quelques semaines à Talleyrand pour rompre laccord adverse, Plénipotentiaire au Congrès de Vienne où devait être remaniée la carte de l’Europe, ce peu estimable maïs fort habile diplomate parvint, en faisant intervenir tour à tour la question de Saxe et celle de Pologne, à mettre la zizanie entre les quatre puissances coalisées et à signer, dès le 3 janvier 1815, un traité secret d’alliance offensive et défensive entre la France, l’Autriche et l'Angleterre. Pendant ce temps, le baron Louis, ministre des Finances, avait à jamais assuré la valeur du crédit français en acceptant vaillamment le principe de la responsabilité des dettes contractées par les régimes précédents.
Le roi, qui avait conservé plus de la moitié des fonctionnaires de l’Empire, n’avait à craindre à ce moment que deux groupes de mécontents :
les « émigrés » intransigeants qui eussent voulu rétablir l’ancien régime et les « demi-soldes », officiers et gradés des armées impériales dont on ne pouvait plus utiliser la bravoure et qu'il avait bien fallu réduire à la portion congrue. Entre ces deux groupes, il y avait la France,
{1} Les instructions rédigées en septembre 1814 pour ce congrès, sous l'inspiration du roi, demeurèrent jusqu'en 1856 comme l'a écrit Albert Sorel « le code de la diplomatie française ». Elle se réclamaient de la politique traditionnelle d'Henri IV et de Richelieu appropriée aux besoins du jour par un souverain (Louis XVIII), dont Albert Sorel a dit qu'il fut « un des hommes les plus rusés ‘et les plus patients de son siêcle ».,