ACTE DEUXIÈME
MONSIEUR BRIANT
Je ne sais pas du lout, mon bon ami... Il peut se faire qu'en cflct il ne t'arrive plus aucun désagrément de ce côl6-là, mais il ne faut pas te dissiaiuler qu'il peut t'en arriver également de très graves.
LUCIEN
Ohl
MONSIEUR BRIANT
Qu'est-ce qu'on peut prévoir et affirmer avec les gens et les idées de maintenant..?
LUCIEN, à Ghartier.
Pourtant, j'esporc que dans ces conditionslà, elle ne fera pas de scandale?
CHARTIER
Du scandale... ! qui donc...? la pelilo...?
3iîi.
CIIARTIER
Ah! mon ami, mais lu ne t'imagines pas comme c'est loin de sa pensée... Du scandale... elle!
LAURE
Je puis vous affirmer, mon cher Monsieur I) riant, que vous n'avez rien à craindre de cette jeune fille... C'est une âme charmante... infiniment délicate...
MONSIEUR BRIANT
Je n'en doute pas...
LAURE
Elle demandait si pou, qu'elle avait pris toutes sortes de précautions, pour que votre fils, ni vous, ne soyez informés de sa présence.
LUCIEN, plus tranquille.
Ah!
MONSIEUR bRIANT
Tant mieux, chère Madame... Je serais
désolé d'ébranler la sympalhie que vous semblez avoir pour celle personne.
LACRE
Elle est grande, je Tavoue.
MONSIEUR BRIANT
Et méritée, j'en suis convaincu. Il suffit d'ailleurs, aujourd'hui — et je le constate sans en être le moins du monde troublé, croyez-le bien — il suffit qu'un enfant soit naturel pour se voir Tobjet de la sympalhie générale, comme il suffit qu'une femme ne soit pas légitime pour être immédiatement entourée du respect universel... Que les femmes et les enfants légitimes ne se le dissimulent pas, ils sont en train de passer un mauvais quart d'heure!
LAURE
Vous trouvez donc mauvais, Monsieur Briant, que le préjugé sur les enfants naturels ait à peu près complètement disparu?
MONSIEUR liRIANT
Quand un préjugé disparaît, il y a une vertu qui disparaît en même temps. Une vertu n'est qu'un préjugé qui reste. Ce qui me paraît le plus prodigieusement admirable à noire époque, c'est de voir des personnes «l'autant de bon sens et d'aussi bonne famille bourgeoise que vous, par exemple, chère Madame, ne pas se douter de l'endroit où on les mène. JJcureusement que je ne serai plus là quand on y arrivera.
LAURE
Oh! moi, cher Monsieur Briant, je n'y mets pas tant de raisonnement, ni de malice. Je ne sais pas où va la société, mais le savezvous bien vous-même? Je me borne à agir le mieux que je peux. Et je juge les gens, non d'après la situation, la caste ou la fortune, mais d'après leurs sentiments et leur conduite.
MONSIEUR RRIANT
Eh bien! et vous Chartier?