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Le Cantique du doux Parler, p

LE BILINGUISME CANADIEN

he Canada est un pays bilingue.

Cette proposition ne peut être contestée que par ceux qui ignorent notre situation historique et juridique, ou qui, connaissant cette situation, ferment volontairement les yeux sur ce .que nous sommes, pour nous faire ce qu’ils souhaitent eux-mêmes que nous soyions.

Le bilinguisme plonge ses racines au plus profond de notre histoire.

La race française, en apportant sur l'immense | territoire de l’Amérique du Nord les bienfaits | de la civilisation chrétienne, y a aussi apporté! le droit inviolable de parler et d’enseigner sa lan-) gue. Ce privilège est fondé sur la nature ellemême ; et il a suivi le colon, l'explorateur, le découvreur, partout où ceux-ci sont allés planter leur tente'. D’autres droits ont pu s’ajouter à ce droit primordial des pionniers et des fondateurs de la nation canadienne; ils ne l’ont pas supprimé. On

1. Sur le développement de la race française en Amérique, voir DEsROSIERS et FouRner, Notre histoire. La race française en Amérique, ainsi que l'abbé MAGNaAN, Histoire de la race française aux Etats-Unis.

ne supprime pas d’un trait de plume, ni par un coup de force, ce que Dieu a établi, et ce qui entre si visiblement dans ses desseins providentiels. Les deux grandes races qui ont fait notre pays ce qu’il est aujourd’hui, tiennent de l’histoire même le droit de vivre. Et par ces mots nous entendons tout particulièrement le droit de conserver, de cultiver, et de développer la langue maternelle. Les nations ne se créent pas par une loi. Elles sortent, comme des arbres vigoureux, du sol où elles ont germé, et des principes d’où elles tirent la sève qui les nourrit et les traits spéciaux qui les caractérisent. Le droit historique, dans le code des peuples civilisés, ne peut pas être un vain mot. Il équivaut, pour ces peuples, à la prescription sur laquelle se basent certains titres irrécusables à la propriété privée.

Nous ne contestons pas aux races anglophones qui nous entourent, même dans les régions où elles sont en minorité, même en dehors de tout texte statutaire, le droit à leur langue, et à la

culture soignée et prédominante de cette langue. Protestants anglais et catholiques de langue anglaise! jouissent, à ce point de vue, dans la province de Québec, de la plus suffisante liberté. Pourquoi donc, d’autre part, contester à la race

1. Voir C.-J. MAGNaAN, Le status scolaire des catholiques de langue anglaise dans la province de Québec (‘“ Enseignement Primaire ”, juin 1917).

franco-canadienne un droit semblable, qu’elle a si chèrement acquis, qu’elle a payé du sang de ses pères, du loyalisme de ses chefs, et des sueurs de tous ses enfants ? Ce sont là des titres qu’aucune législation ne peut méconnaître, qu'aucune vicissitude ne peut effacer.

Et ces titres fussent-ils les seuls à la base de l'élémentaire privilège réclamé, sur tout le territoire canadien, en faveur de nos familles et de nos écoles, cette garantie devrait suffire pour protéger notre idiome contre toute manœuvre hostile. Mais il y a davantage. Et des preuves irréfragables démontrent que le français, au Canada, occupe, non seulement dans la sphère fédérale, non seulement dans le domaine provincial

québecquois, mais partout, une situation de droit établie sur la foi des traités.

Remontons jusqu’à la capitulation de Québec.

L’article 2, concédé par les vainqueurs et jamais abrogé, porte “ que les habitants seront conservés dans la possession de leurs maisons, biens, effets et privilèges.”

L'un des premiers, et, à coup sûr, le plus naturel de ces privilèges, selon la remarque très juste de Mr enri Bourassa, celui de tout peuple de parler et de

1. La langue française au Canada, pp. 11-12. Nous recommandons spécialement à nos lecteurs ce p'aidoyer admirable de logique et de clarté, le plus puissant peut-être qui ait encore été fait, en faveur de notre langue.

conserver son iliome national et de le transmettre aux générations à venir, ne fut pas exclu de cette stipulation. Donc, il subsiste en entier dans toute l’étendue des anciennes possessions de la France.

” L'Acte de Québec de 1774 offre à notre parler,

dans tout le pays, une base juridique plus ferme encore. Il y est dit que ‘‘ les sujets canadiens de Sa Majesté pourront jouir de leurs propriétés et de leurs biens avec les coutumes et usages qui s’y rattachent, et de tous leurs autres droits civils ”. Quoi de plus précieux et de plus cher, et de plus enraciné dans la vie des peuples, que l'usage de la langue maternelle ? Et de quel droit civil ces peuples sont-ils plus jaloux que de celui qui leur permet de communier à la pensée intime des ancêtres, de faire revivre leur esprit et leurs traditions, et de léguer eux-mêmes aux familles futures et à l’âme nationale cet incomparable patrimoine ?

” La Constitution de 1791, nous citons de nouveau Mr Bourassa!, out en séparant le Haut du Bas Canada, laissa intact l’Acte de 1774 et le principe fondamental qui en fait la base : la conservation des usages et coutumes et de tous les droits civils des Canadiens français dans toute l'étendue du territoire conquis sur la France, c’est-à-dire dans l’Ontario d’aujourd’hui aussi bien que dans le Québec.

Les patriotes du premier parlement bas-canadien eurent sans doute à lutter contre le fanatisme

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