I. — RABELAIS
La Bruyère, portant sur Rabelais un jugement qui paraît définitif, a bien mis ‘en lumière le double caractère de son œuvre : « C’est un mons-
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4. Biographie. — Rabelais est né à la Devinière, près de Chinon, en 1493 ou 94. Après de solides études, il entre dans les ordres ; mais il abandonnebien. tôt le froc pour faire de la médecine. Nous avons conservé la trace de son séjour à la Faculté de Montpellier, où il est immatriculé comme élève le 17 septembre 1980, est reçu bachelier le re décembre, et fait en 1531 des leçons sur Hippocrate et Galien. En 1032 il est nommé médecin à l'Hôtel-Dieu de Lyon. Là il
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trueux assemblage d’une morale fine et ingénieuse et d’une sale corruption. Où il est mauvais, il passe bien loin au-delà du pire, c’est le charme de la canaille ; où il est bon, il va jusques à l’exquis et à l’excellent, il peutètre
commence à écrire de savants ouvrages de médecine et de droit, ainsi que des almanachs populaires (telle la Panlagrueline prognostication pour l'an perpétuel). C'est la publication des Grandes et.inestimables Chroniques du grand et énorme géant Gargantua (dont on l'a cru l’auteur) qui lui donna l’idée de son grand roman, dont il fit paraître les deux premiers livres (en 1532 et 1534) sous l’anagramme de Maître Alcofribas Nasier et les deux suivants (en 1546 et 1552) en les signant de son nom, et dont le cinquième — paru après sa mort{en 1562 et 1564) — a été composé, peut-être d’après ses noces, par un autre écrivain qui s’est abrité à l'ombre de sa gloire.
Dans les années 1534 et 1535 Rabelais fit deux séjours à Rome, comme médecin du cardinal Jean du Bellay, qui avait été chargé par François Ler d’une mission diplomatique auprès du Saint-Siège, De retour en France, il alla à Paris, puis revint à Montpellier, où il passa sa licence et son dectorat en 1536. Tout en étant médecin, il devient en 1540 chanoine de l’abbaye de Saint- Maur-les-Fossés. En 1546, effrayé par l'exécution d’Etienne Dolet, il se réfugie à Metz. En 1548, nouveau séjour à Rome auprès du cardinal du Bellay. En 1951 il est nommé curé de Meudon. Il mourut à Paris, en 1553 ou en 1554.
Outre les œuvres déjà signalées, nous avons de Rabelais quelques lettres et quelques poésies, sans parler décrits divers qui lui sont attribués.
Telle fut la vie de Rabelais, Mais de bonne heure la légende s'empara de sa personne : on voulut voir l’homme à travers son œuvre, et, composant sa figure à la ressemblance des héros de son roman, on fit de ce laborieux érudit un joyeux épicurien. C’est sous ces traits que le représentait Ronsard dans l'épi- * taphe qu'il composa pour lui vers 1560 :
Si d'un mort, qui pourri repose, Nature engendre quelque chose, Et si la génération Se fait de la corruption,
Une vigne prendra naissance De l'estomac et de la panse Du bon Rabelais qui buvait Toujours cependant qu’il vivait...
Analyse du roman. — Livre I. — Naissance de Gargantua, fils de Grandgousier et de Gargamelle ; son éducation (voir p. 191-193); sa participation avec : le frère Jean des Entommeures à la guerre que soutient son père contre son voisin le roi Picrochole. Pour récompenser l’aide qu'a prêtée frère Jean, Grandgousier et Gargantua lui font bâtir l’abbaye de Thélème, dont tout le règlement consiste dans cette formule : Fais ce que voudras.
Livre IT. — Naissance de Pantagruel, fils de Gargantua et de Badebec (voir p. 185-186). Devenu jeune homme, il parcourt pour s’instruire les plus célèbres aniversités : à Orléans il rencontre l’écolier limousin qui parle latin en français (voir p. 148-149) ; à Paris il reçoit une lettre de son père, qui lui trace un pro-
le mets des plus délicats. » (Les Caractères, chap. 1 : Des ouvrages de l'esprit).
Rabelais lui-même, dans son prologue, a reconnu que son livre était à double face.
gramme complet d'éducation (voir p. 193-196). Il fait la connaissance de Panurge et prend part avec lui à la lutte contre les Dipsodes et les géants.
Livre [IL — Panurge, devenu le compagnon inséparable de Pantagruel, sel livre, pour savoir s’il doit prendre femme ou non, à toutes sortes de consultations, notamment auprès de la sybille de Panzoust, du poète Raminagrobis, du magicien Her Trippa, du médecin Rondibilis, du philosophe Trouillogan et du fou Triboulet, qui finalement lui conseille d'aller interroger l'oracle de la Dive Bouteille.
Livre IV. — Panurge, frère Jean, Pantagruel avec son précepteur Epistemon et son écuyer Gymnaste, et quelques autres amis s’embarquent sur douze vaisseaux au port de Thalasse. Dès le début de la traversée se place l'épisode des moutons de Panurge. Puis les voyageurs visitent successivement diverses contrées fantastiques, telles que l’île des Chicanous (sergents et huissiers), l'île des Tapinois où règne Quaresmeprenant, l'ile Farouche royaume des Andouilles, l'ile des Papefigues (protestants), l’île des Papimanes (catholiques), celle de Messire Gaster (séjour des épicuriens)...
Livre V. — Après s'être arrêtés à l'Ile Sonnante (Rome), au Guichet habité par les Chats-fourrés (gens de justice) et leur archiduc Grippeminaud (voir p: 187-189), et dans quelques autres îles encore, les navigateurs abordent enfin au pays de Lanternoïs, où se trouve l’oracle de la Dive Bouteille, dont la prêtresse Bacbuc leur communique la réponse contenue dans ce seul mot: Trink (buvez).
Histoire de sa publication. — En 1532 parut à Lyon le premier livre de Pantagruel sous ce titre : Pantagruel, roi des Dipsodes, restitué à son naturel, avec : ses fails et prouesses épouvantables. En 1534 parut La vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel, qui devint le premier livre de l'ouvrage complet. En 1542 parut une édition des deux premiers livres. En 1546 parut à Paris Ze Tiers Livre. En 1548 Le Quart Livre parut incomplet à Grenoble, et en 1552 complet à Paris. En 1553 fut donnée une édition des quatre livres réunis. Quant au cinquième livre, il parut incomplet (16 chapitres seulement) en 1562 sous ce titre . L'Ile Sonnante et complet en 1564 sous ce titre : Le cinquième el dernier livre des faits et dits héroïques du bon Pantagruel.
Editions modernes. — Edition Jannet (1868-1872, Bibliothèque elzévirienne, 2 vol.). — Ed. Marty-Laveaux (1868-1873, Lemerre, 3 vol.). — Ed. A. de Montaiglon et L. Lacour (1868-1873, Jouaust, 3 vol.). — Ed. Burgaud- Desmarets et Rathery (2° éd., 1870-1873, Didot, 2 vol.). — Ed. Formont (texte de Marty-Laveaux, 1906, 4 vol.). — Ed. Abel Lefranc (4 vol. parus sur 7 : I-IT, 1912-1913; III-IV, 1923, Soc. des Etudes Rab., Champion). — Ed. Jean Plattard (coll. « Les textes français », Fernand Roches, t. I-Il, 1929).
Ed. de L'Ile Sonnante, par A. Lefranc et J. Boulenger (1905). — Pages choisies de Rabelais, par Ed. Huguet (Colin, 1895).
À consulter. — Ouvrages généraux. — Gebhardt : Rabelais, la Renaissance et le Réforme (Hachette, 1836, réédité en 1896). — J. Fleury : Rabelais et son œuvre (2 vol., 1877). — P. Stapfer : Rabelais, sa personne, son génie et son
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