‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 153 sur 532 · Combien que, malgré que. — 2. Le discours, l’exposé · texte numérisé non relu

Combien que, malgré que. — 2. Le discours, l’exposé

3. C'est le 15 août 1561 que Marie Stuart, obligée de quitter la France après la mort de son mari François II, s’embarqua à Calais pour aller en Écosse. Brantôme fut un de ses compagnons de voyage. — 4. Séjour, arrêt. — 5. Pileux, capables d’exciter la pitié, — 6. Grand, comme tous les adjectifs venant d'adjectifs latins en is, avait au moyen âge, et souvent encore au xvi® siècle, une seule forme pour le masculin et le féminin. — 7. M. de Meuillon fut gouverneur de Marseille, — 8. Pour étré, parce qu'elle était.]

236 LE XVIe SIÈCLE

chiourme ! se reposer ?. Elle, sans songer à autre action, s’appuie les deux bras sur la poupe de la galère, du côté du timon ;,

et se mit* à fondre en grosses larmes, jetant toujours ses beaux

yeux sur le port et le lieu d'où elle était partie, prononçant tou-

jours ces tristes paroles : « Adieu, France! Adieu, France ! » les

répétant à chaque coup; et lui dura cet exercice dolent * près de cinq heures, jusquef qu’il commença à faire nuit, et qu'on lui demanda si elle ne se voulait point ôter de là et souper un peu. Alors, redoublant ses pleurs plus que jamais, dit ces mots : « C’est bien à cette heure, ma chère France, que je vous perds du tout’ de vue, puisque la nuit obscure est jalouse de mon contentement de vous voir tant que j'eusse pu, et m'apporte

un voile noir devant mes yeux pour me priver d’un tel bien.

Adieu donc, ma chère France, que® je ne vous verrai jamais plus ! » Ainsi se retira, disant qu’elle avait fait tout le contraire de Didon ‘°, qui ne fit que regarder la mer quand Aenéas‘! se départit ? d'avec elle, et elle regardait toujours la terre. Elle voulut se coucher sans n’avoir mangé ‘? qu’une salade, et ne voulut descendre en bas dans la chambre de poupe ‘* ; mais on lui fit dresser la traverse ‘* de la galère en haut de la poupe, et lui dressa-t-on là son lit : et reposa peu, n’oubliant nullement ses soupirs et larmes. Elle commanda au timonier, sitôt qu'il serait jour, s’il voyait et découvrait encore le terrain de la France, qu'il l'éveillât et ne craignit de l’appeler. À quoi la fortune la favorisa; car, le vent s'étant cessé ‘5, et ayant eu {1 recours aux rames, on ne fit guère de chemin cette nuit : si bien que, le jour paraissant, parut encore le terrain de France; et n'ayant failli le timonier au commandement qu’elle lui avait fait, elle se leva sur son lit et se mit à contempler la France encore, et tant

qu ‘elle put.

[4. La chiourme, l'équipage de rameurs formé de galériens. — 2. Se reposer, à se reposer. — 3. Le timon, la barre du gouvernail. — 4. Changement de temps très fréquent dans la langue du xvi° siècle. — 5. Cet exercice dolent, cette occupation triste. — 6. Jusque que, jusqu’à ce que. — 7. Du tout, tout à fait. — 8. De vous voir, que j'aurais eu à vous voir. — 9. Que, puisque. — 40. Allusion à L'Enéide (livre IV, vers hog-h11). — 41. Aenéas, Enée. — 12. Se départit, se sépara. — 43. Sans avoir rien mangé qu ‘une salade. — 14. Qui était la plus belle du navire. — 45. Espèce de plate-forme. — 46. S'étant cessé, ayant cessé. — 17. Ayant eu, comme on avait eu] .

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