‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 420 sur 532 · VIE · texte numérisé non relu

VIE

2° Rapports de la nature et de l'homme.

Parfois, marchant sur les pas des poètes de l'antiquité, comme Lucrèce et Virgile, ou bien ouvrant la voie aux poètes modernes, La Fontaine à exprimé dans ses Fables les sentiments qui naissent du contact de l’homme avec la nature, tels que l'élan de joie et d'amour com-

muniqué à toutes les créatures vivantes par le réveil printanier

{4 Coché, voiture publique, sorte de diligence. — 2. Etait rendu, était à bout

de force ]

704 LE XVIIe SIÈCLE environ ! le temps Que ? tout aime et que tout pullule dans le monde, Monstres marins au fond de l’onde,

Tigres dans les forêts, alouettes aux champs. er CAN 230 le charme mystérieux de la solitude, la curiosité en présence des phénomènes naturels, le calme et simple bonheur de la vie champêtre

Solitude, où je trouve une douceur secrète,

Lieux que j’aimai toujours, ne pourrai-je jamais,

Loin du monde et du bruit, goûter l’ombre et le frais?

Oh! qui m’arrêtera sous vos sombres asiles ÿ P à Quand pourront les neuf sœurs 5, loin des cours et des villes, M'occuper tout entier, et m’apprendre des cieux Les divers mouvements inconnus-à nos yeux,

Les noms et les vertus? de ces clartés errantes$

Par qui sont nos destins*? et nos mœurs différentes 10, : Que si je ne suis né pour de si grands projets,

Du moins que les ruisseaux m’offrent de doux objets !. Que je peigne en mes vers quelque rive fleurie!

La Parque à! filets? d’or n’ourdira point ma vie, Je ne dormirai point sous de riches lambris :

Mais voit-on que le somme en perde de son prix ?

En est-il moins profond et moins plein de délices ? Je lui voue au désert de nouveaux sacrifices 13, Quand le moment viendra d’aller trouver les morts, J'aurai vécu sans soins {#, et mourrai sans remords.

Ke

la pitié pour l’arbre et la forêt, victimes de l’ingratitude et de la cruauté hypocrite de l’homme Rae ve

(1. Environ : employé ici comme préposition. — 2, Que — où. — 3. Ces. vers rappellent l'invocation à Vénus qui ést au début du De natura rerum de Lucrèce. — 4. L'ombre et le frais : traduction du frigus captabis opacum de Virgile (xre églogue, v. 52). — 5. A partir de ce vers commence une imitation, d’ailleurs très libre, de Virgile (Les Géorgiques, 11, v. 475 et suivants). — 6. Les neuf Muses, — 7. Vertus, propriétés. — 8. Les planètes. — 9. La Fontaine, qui paraît croire ici à l'influence des astres sur les destinées humaines, a pourtant combattu ailleurs l'astrologie (I, 13). — A0. Différentes : l'attribut, joint à plusieurs substantifs, s’accordait alors avec le dernier. — 44. À = avec. . — 42. Filets, fils. — 43. Ce vers signifie qu’il espère aussi bien dormir dans

a solitude. — 44, Soins, soucis.] . . Ne

.… L'arbre étant pris pour juge,

Ce fut bien pis encore. Il servait de refuge

Contre le chaud, la pluie et la fureur des vents ; Pour nous seuls il ornait les jardins et les champs ; L’ombrage n’était pas le seul bien qu’il sût faire : Il courbait sous les fruits. Cependant pour salaire Un rustre l’abattait : c'était là son loyer! ; Quoique, pendant tout l’an, libéral il nous donne, Ou des fleurs au printemps, ou du fruit en automne, L'ombre l'été, l'hiver les plaisirs du foyer.

Que ne l’'émondait-on sans prendre la cognée P De? son tempérament il eût encor vécu.

Un bûcheron venait de rompre ou d’égarer Le bois dont il avait emmanché sa cognée.

. Cette perte ne put sitôt se réparer Que la forêt n’en fût quelque temps épargnée. L'homme enfin la prie humblement De lui laisser tout doucement Emporter une unique branche, Afin de faire un autre manche :

« Il irait employer ailleurs son gagne-pain ; I] laisserait debout maint chêne et maint sapin, Dont chacun respectait la vieillesse et les charmes. » L’innocente forêt lui fournit d’autres armes. Elle en eut du regret. Il emmanche son fer :

Le misérable ne s’en sert Qu’à dépouiller sa bienfaitrice De ses principaux ornements.

Elle gémit à tous moments :

Son propre don fait son supplice.

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