I. — L'ÉDUCATION DANS LES COLLÈGES
Les grandes corporations religieuses, comprenant que le meilleur moyen de s’assurer la domination des âmes c’est de diriger l’éducation de la jeunesse, fondèrent au xvrr® siècle de nombreux collèges qui firent une concurrence redoutable à ceux de l’Université de Paris. Ces derniers s'étaient peu à peu laïcisés : l’Université de Paris, qui relevait au moyen àge de l'autorité ecclésiastique (le légat du pape promulguait alors ses règlements), s'était affranchie de cette tutelle religieuse dans le courant du xvi® siècle ; les fameux statuts, qu'Henri IV avait établis en 1600, et qui la régirent jusqu’à la Révolution, l’avaient placée sous la dépendance directe du roi. Il y eut rivalité au xvrre siècle entre les collèges universitaires relativement laïques et les collèges religieux des Jésuites, des Oratoriens et de Port-Royal.
1° Les collèges universitaires *°.
L'Université de Paris, dont l’histoire avait été si brillante au moyen âge, et à qui au xvi siècle la création du Collège royal de France par François I vers 1530 avait déjà porté un rude coup, n’a plus au xvr® siècle qu’une existence médiocre et obscure. Elle comprenait quatre facultés ; trois correspondaient à notre enseignement supérieur : celles de médecine, de droit et de théologie, la seule qui conserva son prestige au xvu® siècle; la quatrième, la faculté des arts, correspondait à notre enseignément secondaire. L'enseignement primaire, que dirigeait le chantre de Notre-Dame, était donné dans les petites écoles, où l’on apprenait à lire, à écrire et à compter.
Les principaux collèges de la faculté des arts étaient à Paris les collèges d'Harcourt, de Beauvais, les Grassins, le Cardinal-Lemoine et Montaigu, sans compter le collège de Navarre et la Sorbonne. Les enfants y étaient admis à l’âge de neuf ans. On y enseignait surtout le latin, que les élèves devaient parler constamment sous peine d’être punis; une petite part y était faite à l’étude du grec, dont l’enseignement avait été introduit pour la première fois chez nous au Collège royal de France. Le français était très négligé ; pour la philosophie on ne sortait pas d’Aristote (l’Uni-
4. À consulter. — Lantoine : Histoire de l'enseignement secondaire en France
au XVIIe siècle (1874). — A. Silvy: Les collèges avant la Révolution (1885). 2. A consulter. — Ch. Jourdain: Histoire de l'Université de Paris aux XVIIe et XVIIIe siècles (1888, 2 vol.). — M. Targe: Professeurs et régents de collège dans l'ancienne Université de Paris (1902).
722 LE XVIIe SIÈCLE versité de Paris voulut en 1671 interdire l’enseignement des idées cartésiennes, voir p. 531). L'histoire, la géographie, les sciences n'avaient aucune place dans les programmes. Les collèges universitaires essayèrent d’ailleurs au xvri® siècle de copier les méthodes pédagogiques des collèges des Jésuites, dans le vain espoir de retenir la clientèle qui de plus en plus leur Pas pat Les professeurs, pour qui fut maintenue Fobligaæ ton du célibat, manquaient eux-mêmes. LE Erreisé de Paris est au
xvri® siècle en bleite décadence.
2° Les collèges des Jésuites ‘.
La Compagnie des Jésuites, peu après sa fondation en 1540 par Ignace de Loyola, commença à ouvrir des collèges en province et à Paris: Près da leur succès s’afirma, ct leur nombre s’accrat. Créé dès 1563, le collège de Clermont? (situé à Paris rue Saint-Jacques sur l’emplace= « ment du lycée Louis-le-Grand) comptait en 1651 plus de 2000 élèves et en 1675 près de 3000. Au début du xvrri® siècle, en 1710, l’ordre des Jésuites possédait dans toute l'Europe 6r2 ecole ges et 107 pus sans parler de ses nombreuses Universités.
Très grande régularité dans l'organisation de la vie pmtévistire, scie pline assez douce, tel était le régime des collèges des Jésuites. Les punitions y étaient rares, surtout les punitions matérielles ; cependant on ÿ donnait le fouet ; mais les pères avaient confié le soin d'administrer les corrections phy rsiqués à un laïque spécialement attaché à l'établissement | pour cette fonction. Les distractions y étaient fréquéntes, en particulier les réprésentations théâtrales ; on jouait des pièces instructives composées par les pères eux-mêmes, (te que le P. Porée (1675-71 hr) etle P. Ducerceau (1670-1738), dont la plus célèbre comédie était La défaile dx Solécisme.
" Le fond de l’enseignement était celui des lettres classiques. Pour satisfaire au goût dominant des esprits depuis la Renaissance, les Jésuites. demandèrent aux langues anciennes, surtout au latin, le moyen d’orner ct de polir les intelligences, mais en conciliant bien entendu cette cul ture profane avec la formation religieuse des âmes. L'étude purement, littéraire fit d’ailleurs négliger les connaissances historiques ct scientifiques. l’enseignement du latin se développa au détriment du français » les classes se tone en latin, et les enfants étaient même obligés d’employer cette langue dans ko conversations et s’éxposaient à dés punitions s'ils parlaient français. Comme livres, on ne mettait entre les
4. A consulter. — Le P. Ch. Daniel : Les Jésuites instiluleurs de la jeunesse (1880). — Boysse : Le théâtre des Jésuites (1880). — Schimberg : L'éducation morale dans les collèges des Jésuiles sous l'ancien régime (Champion, 1918):