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SUR LES ENFANTS

Les enfants des dieux“, pour ainsi dire, se tirent des règles de la nature et en sont comme l'exception : 1ls n’attendent presque rien du temps et des années. Le mérite chez eux devance

[4. Le personnel attaché au service du roi était très nombreux et formait une hiérarchie très compliquée : 10 000 hommes de cavalerie et d'infanterie constituaient la maison militaire et 4 000 serviteurs la maison civile. — 2. À devoir: on dirait aujourd’hui que Je dois. — 3. Voir p. 740, note 5.]

[4. Fils, petits-fils, issus de rois (note de La Bruyère). — 5. Se tirent de, se mettent en dehors.]

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l’âge. Ils naissent instruits, et ils sont plus tôt des béni parfaits! que le commun des hommes ne sort de l' enfance ?.

(La Bruyère, Les Caractères, chap. n: Du mérite personnel.)

Les enfants sont hautains, dédaigneux, colères, envieux, curieux, intéressés, paresseux, volages, timides, intempérants, menteurs, dissimulés ; ils rient et pleurent facilement ; ils ont des joies immodérées et des afflictions amères sur de très petits sujets; ils ne veulent point souffrir de mal et aiment à en faire : ils sont déjà des hommes.

(Ibidem, chap. x1 : De l’homme.)

Il n’y a nuls° vices extérieurs et nuls défauts du corps qui ne soient aperçus par les enfants ; ils les saisissent d’une première. vue*, et ils savent les exprimés par des mots convenables : on ne nomme point plus heureusement. Devenus hommes, ils sont char gés, à leur tour, de toutes les imperfections dont ils se sont moqués.

L'unique soin des enfants est de trouver l'endroit faible : leurs maîtres, comme de tous ceux à qui ils sont soumis : dès qu'ils ont pu les entamer, ils gagnent le dessust, et prennent sur eux un ascendant qu'ils ne perdent plus. Ce qui nous fait déchoir une première fois de cette supériorité à leur ins est toujours ce qui nous empêche de la recouvrer.

(Ibidem, chap. xr.)

Les enfants commencent entre eux par l’état populaire : chacun y est le maître; et, ce qui est bien naturel, ils ne s’en accommodent pas longtemps, et passent au monarchique. Quelqu'un se distingue, ou par une plus grande vivacité, ou par une meilleure disposition du corps, où par une connaissance plus exacte des j jeux différents et des petites lois qui les composent ;

* [4 Parfaits, achevés. — 2. Ce passage sur « les enfants des dieux », venant immédiatement après le portrait d’Æmile, est une flatterie à l'adresse de la famille des Condés. — 3. Vuls : au xvue siècle nul et aucun étaient employés À au pluriel (voir p. 713, note 1). — 4. D'une première vue, du premier coup . d'œil. — 5. On ne nomme point, on ne donne pas des noms. — 6. Ils gagnent le dessus, ils prennent l’avantage.]

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les autres lui défèrent ‘, et il se forme alors un gouvernement absolu qui ne roule que sur le plaisir ?.

(Ibidem, chap. xr.)

C’est perdré toute confiance dans l'esprit des enfants, et leur devenir inutile, que de les punir des fautes qu’ils n’ont point faites, ou même sévèrement de celles qui sont légères. [ls savent précisément et mieux que personne ce qu ls méritent, et ils ne méritent guère que ce Li ils craignent. Ils connaissent si c’est à tort ou avec raison qu’on les châtie, et ne se gâtent pas moins par dés péinies mal ordonnées * que par l'impunité.

(bidem, chap. x.)

C'est un excès de confiance dans les parents d’espérér tout de la bonne éducation de leurs enfants, et une grande erreur de n’en attendre rien et de la négliger.

(Ibidem, chap. xu : Des jugements.)

3° L'éducation du duc de Bourgogne par Fénelon ‘.

De 1689 à 1695 Fénelon fit, avec le duc de Beauvilliers comme gouverneur; l'éducation dü duc de Bourgogne (1682-1712); petit-fils de Louis XIV, ainsi que de ses deux frères, le duc de Berry et le duc d'Anjou. Il s’adjoignit un lecteur, l’abbé de Langeron, et deux sous-précepteurs : l’abbé de Beaumont, un dé ses neveux qu’il aimait tendrement (il l’appelle dans ses lettres « mon cher Panta »; par abréviation de son prénom Pantaléon); et l'abbé Claude Fleury (voir p: 738, note 2), qui l'avait accompagné dans ses missions en Saintonge et qui avait été précédemment le précépteur des princes de Conti: Dans sa tâche d’édu-: cateur Fénelon apporta autant de zèle que Bossuet, plus de sens pédagogique et peut-être moins de désintéressemént (il semble avoir nourri lambition secrète de devenir le ministre de son élève, s’il régnait un jour).

[4. Lui déférent, ont de la déférence pour lui. — 2. Qui ne roule que sw le plaisir, dont le seul principe est le bon plaisir. — 3. Mal ordonnées, mal distribuées. ]

4. À consulter. — Fénelon : Correspondance avec le duc de Bourgogne, et deux lettres à l'abbé Fleury (sur le plan des études du duc de Bourgogne pour sa 13° et sa 14° année). — Bizos : Fénelon éducateur (Lecène et Oudin, 1886). — D'Haussonville : Le duc de Bourgogne, l'éducation (Revue des Deux Mondes, 1e avril 1897). — Mer Moïse Cagnac: Le duc de Bourgogne (de Gigord, 1922).

LE XVIIe SIÈCLE

Le duc de Bourgogne, selon le mot de Saint-Simon, « était né ter-. rible » : il ne supportait aucune contrariété, cassait les pendules quand elles ne marquaient pas l’heure qu’il désirait, s’emportait contre la pluie lorsqu'elle l’empêchait de sortir; il acceptait difficilement les observations, et nous savons qu’une fois — ce fut sans doute l’occasion pour Fénelon de composer sa fable Bacchus et le faune — il dit à son maître qui le réprimandait : « Non, non, Monsieur, je sais qui je suis et qui vous êtes. » Mais sous ses dehors violents et fiers il cachait une intelhigence très vive et une sensibilité ardente : à ce que nous apprend un passage de la Lettre à l'Académie (chap. v), à huit ans.1l pleurait en lisant des vers de Virgile. Fénelon sut tirer parti dé ces dons en même temps qu’atténuer ces défauts, et faire de cet enfant orgueilleux et emporté un jeune homme docile et pieux. Véritable miracle pédagogique, constaté par Saint-Simon lui-même à la fin de son portrait du duc de Bourgogne, et dû incontestablement aux sages et intelligentes méthodes … du maître.

Pour former le caractère de son élève Fénelon employa les moyens les. plus variés, faisant appel tour à tour à la crainte des punitions, au sentiment de l’honneur, à l’affection ; tantôt il le traitait comme un homme et lui faisait prendre par écrit l’engagement de se bien conduire, tantôt … il savait si bien toucher la corde sensible de son cœur d’enfant que celuici lui disait dans l’abandon de la tendresse : « Je laisse derrière la porte le duc de Bourgogne et ne suis plus avec vous que le petit Louis. » ei

Afin de lui apprendre ses devoirs et d’instruire son ignorance, il s’appliqua à toujours se mettre au niveau de son intelligence enfantine. Convaincu que « tout ce qui réjouit l'imagination faèlié l'étude », et décidé « à ne lui proposer rien qui ne soit revêtu di images sensibles », il composa des Fables! (au nombre de 36) pour le corriger de ses défauts, des Dialogues des morts? (au nombre de 59) pour lui donner toutes sortes de notions d'histoire, de mythologie, de littérature, d’art, de philosophie et déjà quelques conseils appropriés à sa situation, et le roman de Télé: maque * pour le préparer plus directement à son futur métier de roi.

Sa nomination à l’archevêché de Cambrai en 1694 n’interrompit pas n l’œuvre de son préceptorat, qu’il continua de loin. Mais l'affaire du quié- …

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