‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 68 sur 532 · LA BALLADE DES PENDUS · texte numérisé non relu

LA BALLADE DES PENDUS

[Poursuivi pour rixe et condamné à mort en 1463, Villon, s'attendant à être pendu, composa ces vers, dans lesquels il suppose que les squelettes attachés au gibet de Montfaucon adressent la parole aux curieux qui les regardent.]

Freres humains qui après nous vivez,

N’aiez les cueurs contre nous endurcis ;

Car se pitié de nous povyres avez,

Dieu en aura plus tost de vous mercis ?.

Vous nous voiez cy atachez, cinq, sis ;

Quant ‘° de la chair, que trop avons nourrie,

Elle est pieça ! devoree et pourrie,

Et nous, les os, devenons cendre et poudre.

De nostre mal personne ne s’en rie,

Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre !

Se vous clamons!? freres, pas n’en devez Avoir dedaing, quoy que fusmes occis!*

[4. Le remenant, le reste (du latin remanere). — 2. De, depuis. — 3. Extrace, extraction, lignée. — #4. N'ot onceq, n’eut jamais. — 5. Ne, ni. — 6. Trace : du verbe tracier, suivre à la trace. — 7. Ne ceptres. ni sceptres.|

[8. Se, si.— 9. Mercis, miséricorde. — 40. Quant de la chair, pour ce qui est de notre chair. — 44. Pieça, depuis longtemps (étymologie : il y a pièce, espace de temps). — 42. Se vous clamons freres, si nous vous appelons frères. —

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