QUAND IL CAUSE
Ceci n'est pas un paradoxe :
« Si Maurice Barrés avait pu consacrer à chacun de ses électeurs dix minutes de conversation, il eût été élu à l'unanimité. »
Combien n'en ai-je pas vu, de ces hommes réputés « très forts, » venus pour connaître le Uttérateur, bardés de leurs convictions et de leurs préjugés comme d'une impénétrable cuirasse, partir charmés, conquis, dévoués.
Avec quelle élégance il sait vous les démolir, vos « convictions » !
— C'est un causeur aigu, disait Rodenbach.
— Maurice Barrés, le plus fin, le plus
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rare, le plus exquis des causeLirSj affirme M. Anatole France.
— Je crois qu'il enchanterait un auditoire de tigres, opine M. Byvanck.
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PAS TRIBUN : CONFÉIiENCÎER
Son éloquence qui semiL très appréciée au Parlement, comme elle l'est d'ailleurs lorsqu'il fait des conférences devant un public des deux premières « catégories »
(vous vous rappelez : a) les intelligents etc..) est notoirement insuffisante pour les réunions électorales. Déroulède ou Mgr Turinaz conviendraient mieux.
Il le sait bien.
Le débit est monotone, les gestes peu variés. Mais les mots sont d'une rare précision; les phrases se succèdent merveilleusement correctes et élégantes, solidement bâties ; les idées se développent naturellement, amenées par des" raisonnements serrés, des déductions d'une logique irréfutable. Par ci, par là, des pointes d'une
ironie fine et malicieuse, qui ne font pas rire, mais sourire avec ce petit frisson particulier que nous donnent les expressions d'un art délicat.
Cette éloquence n'est pas de celles qui soulèvent les foules; elle est de celles qui font les solides convictions.
Ce n'est pas, croyez bien, que l'enthousiasme lui manque, mais sa voix est vraiment inapte, son imagination rebelle aux périodes enflées et rebondissantes des discours populaires.
Un jour que nous lui exposions ce grave inconvénient dont mieux que nous il se rendait compte, il dit : a Eh bien ! ce soir nous ferons une expérience : je veux dire des choses quelconques... mais avec un entrain de tous les diables... Vous me direz l'efl'et que cela produira... d
Ce soir-là, il dit des choses admirables, — mais il les débita beaucoup plus vite que d'habitude : une volubilité de tous les diables, veilà tout. . .
Jamais il ne prépare ses discours. Plus il improvise, plus c'est parfait.
QUELQUES « SIGNES PARTICULIERS d
Il est habituellement gai ; il rit volontiers ;
Travaille habituellement dans cette • position : les jambes croisées, la cheville du pied droit ramenée sur le genou gauche (. . . « sans crainte nous allongeons la jambe, ayant des chaussettes de soie très soignées. ^ {Barbares, p. 225) ;
.Dans ses moments de perplexité ou « quand il cherche, » a cette autre manie :
saisir de la main gauche les poils de sa lèvre supérieure pour tacher de les mordre- (Jusqu'ici, bien entendu, jamais il n'y est arrivé).
Maintenant, pour les graphologues :
Barres n'écrit jamais que la plume placée entre l'index et le majeur, la main complètement renversée.
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