‹ Notre maître Maurice BarrèsChapitre 23 sur 38 · LES DÉRACINÉS · texte numérisé non relu

LES DÉRACINÉS

Voici non plus de Tidéologie abstraite mais de la sociologie pratique. Les assises du culte du Moi étant posées, Barrés — sans en rien abdiquer, bien entendu, — se consacre à un autre apostolat.

Les Déracinés sont le premier tome d'une trilogie « Le Roman de l'énergie nationale », dont les deux parties à paraître seront intitulées L Appel au soldat et Leurs Figures (cette dernière précédemment annoncée sous le titre de L Appel au Juge),

L'envergure de l'œuvre et son autorité, le souffle d'épopée qui la traverse, son éloquence et son succès, tout cela a été dit et répété dans tous les modes. Passons, puisqu'ici le sens seulement nous importe.

En quelques lignes nous allons résumer

le volume chapitre par chapitre ; cela fait, nous dégagerons la thèse générale.

I. Le lycée de Nancy. — Paul Bouteil- 1er, nouveau professeur de philosophie, passionne sa classe par sa dignité impeccable et ses leçons de morale. Il enthousiasme ses élèves pour les théories kantiennes ; il suscite en eux des ambitions (ce qui est un grand bien) mais sans songer à donner un but réel à ces ambitions (ce qui est un crime car ces enfants emportés par leur confiance et leur insouciance risquent de devenir des dévoyés). Bouteiller, en outre, a le tort de faire miroiter aux yeux de ses élèves des situations sociales où ils ne pourront fournira la société qu'un minimum de services. Devenus hommes, ils pourraient être d'une grande utilité à leur pays s'ils voulaient s'attacher à leur terre lorraine : mais ils n'ont pas été accoutumés à cette perspective. — Bouteiller part, laissant ces jeunes gens sous le coup de ses enseignements, disproportionnés aux capacités intellectuelles et morales de chacun d'eux,

byGoogk

enseignements incomplets qui les poussent, désemparés, vers de fausses directions.

II. Dans leurs familles. — Maurice Rœmerspacher, de Nomeny, excellent élève, type du brave Lorrain, petit-flls d'un agriculteur ; était destiné à la médecine.

François Sturel, de Neufchâteau, fils d'une veuve qui se sent un peu déclassée dans cette province rudimentaire et désire pour son fils des destinées plus élevées.

Ses vieilles tantes en auraient voulu faire un avocat dans le pays.

Suret-Lefort, de Bar-le-Duc, fils d'un homme d'affaires véreux. Intelligent et actif.

Henri Gallant de Saint-Phlin, de Varennés, fils de gentilhomme campagnard ; très attaché au sol et aux traditions de sa province ; moral très pur.

Henri Racadot, de Custines, petit-fils de serfs ; esprit sournois, violent, sans générosité ; son père s'est enrichi par des moyens inavouables.

Antoine Mouchefrin, de Longwy, fils d'un photographe sans fortune ; boursier

byGoogk

du lycée : peu sympathique d'aspect ; presque difforme.

Alfred Renaudin, fils d'un modeste contrôleur des contributions indirectes; est casé par Bouteiller comme mouchard de Gambetta dans un journal opportuniste.

III. Leur installation a paris. — Sturel s'installe à Paris : esprit tourmenté d'ambition, avide de devenir un individu.

Il fait un brin de cour à Thérèse Alison, jeune fille que son expérience de la vie mondaine rend sceptique et, au milieu des plus grandes tentations, politique et prudente. Rencontre de Mouchefrin et Racadot qui, récemment débarqués eux aussi, s'affirment comme deux fripouilles avérées ; puis de Renaudin, très important, Suret- Lefort, grave et austère. Ils se réunissent un soir pour attendre à la gare Rœmerspacher qui est pour eux le summum de la science et de la sagesse.

IV. Les femmes de sturel sont Thérèse Alison à qui il fait une cour platonique sans grands résultats et une Arménienne plus

byGoogk

facile, Astiné Aravian, qui par ses récits orientaux trouble l'esprit sentimental de Sturel en qui elle provoque le rêve des splendeurs asiatiques.

V. Un prolétariat de bacheliers et DE FILLES. — Les jcunes Lorrains se sont assimilé l'esprit de leur milieu ; ils ne sont plus des Lorrains, mais des individus incolores. Preuve par le détail des jeunes gens. Racadot et Mouchefrin surtout n'ont rien gardé de leur caractère originel ; ils sont parvenus au dernier degré de la misère et de l'avilissement.

VL Un hasard que tout nécessitait, c'est l'occasion qui leur arrive par l'intermédiaire de Renaudin de faire du journalisme; car sans qu'ils s'en soient doutés c'était là le but de leur existence à Paris.

Toutefois Racadot et Mouchefrin sont exclue de cette bonne fortune et ils en ragent. . .

Vie de Portalis, aventurier politique dépourvu d'honnêteté et pétri d'ambition.

VIL Visite de Taine a Rœmerspacher.

— Taine vient faire visite à Rœmerspacher ;

de Texemple d'un platane, il tire pour le jeune philosophe une haute règle de vie.

Sur son conseil, Rœmerspacher et Sturel décident de réunir en un groupé leur petite colonie dispersée. (Voir sur ce chapitre, Bourget : Essais de psychologie^ chez Pion).

Page 1