RUE DE MÉZIÈRES
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Paris, le 15 août 1898.
A Monsieur Jules Lemaitre
DE l'académie française.
Mon cher Maître,
Permettez-moi de vous dédier ce livre, qui n'a rien de littéraire, et veuillez ne pas vous étonner de cet hommage.
j • Si la littérature n'était pas venue à noire aide, si, dans vos « Opinions à répandre », dans vos conférences, vous n'aviez pas reproché à notre jeunesse
*^ a avoir un goût trop prononcé pour le fonctionnarisme et V administration, de ne pas faire preuve
-w d'assez d'initiative individuelle et d'esprit d'entre- ^ prise, nous aurions eu beau répéter à satiété ces
VI ventes, même du haut de la tribune du Parlement; nous ne serions pas arrivés à secouer lopinion publique, à l'impressionne^*, comme vous l'avez fait par votre intervention.
Cest un très grand service que vous nous avez rendu, et je vous en exprime modestement ma reconnaissance en vous faisant hommage de cette étude sur
la marine marchande, la première de nos indush^ies nationales^ celle qui exige le plus d'initiative, de courage, de savoir technique et commercial.
Toutefois, votre patriotique entreprise n'est pas achevée. Il serait même dangereux, à mon avis, de trop se réjouir des résultats obtenus et de les considérer comme définitivement acquis. Les initiatives que vous avez suscitées, les courages que vous avez stimtdés ne risquent-ils pas de se heurter contre les prescriptions surannées de nos lois et contre Vétat d'âme qui domine encore dans le Parlement? — Voiis avez converti le pays, mmi cher Maître-, ce sont ses représentants qu'il s'agit de conquérir à présent.
Il est urgent que nos législcttemr* consentent à abaisser les barrières qui se dressent devant les jeunes Français désireux de s'établir à l'étranger ou dans nos colonies. Il faut également que Von renonce dans les Chambres à considérer indistinctement., sinon comme des coquins, tout au moins comme des suspects et des parias, les honnêtes citoyens qui, en s' occupant de commerce, contribuent à la richesse et à la grandeur de la nation.
Puisque 7tul de nous ne peut se mettre au-dessus des lois, il faut qu'eUes soient en harmonie avec nos besoins nouveaux et que ceux qui les font soient pénétrés de l'efficacité des doairines que vous propages^. En l'état, je vous avoue que nous autres, commer* çants, q[ui sommes des gens simples, nous n'y voyons pas clair et demeurant perplexes.
La notJfveUetùeke que je voudrais TOffêrmrentre^
prendre est i^ude, ingrate même. Je le sais par expérience ^ car la Chambre est restée jusqu'à présent sourde à nos supplications :
On a beau la prier, La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles Et nous laisse crier,
Maia^ si rapide et décisif a été le succès de votre pre^ mier apostolat, que je n^hésite pas à escompter pour vous un nouveau triomphe.
Croyez-moi votre bien dévoué^
J. Charles-Roux.
Thoune, le 21 août 1898.
A Monsieur J. Charles-Roux
A>CIEN DÉPUTÉ.
Cher monsieur,
Votre lettre et votre dédicace m^arrivent ici après d'assez longs détours.
Cette dédicace d^une étude sur noire marine marchayide m^honore infiniment et me surprend un peu. J'en suis d^autant plus touché que je Valtendais moins.
Je n'ai pas besoin de vous dire que bien des choses dans votre livre sont hors de ma compétence. Mais j'en ai aimé V excellente méthode, la clarté d'exposition et, par-dessus tout, le généreux esprit.
Oui, il faudrait maintenant convertir à cet esprit, à ces idées, les représentants du pays. Vous pensez bien que je ne me fiai te pas d'y réussir à moi tout seul. Mais, puisque beaucoup d'honnêtes gens ont paru s'intéresser et s'associer à l'effort de ma bonne volonté, vous pouvez être sûr que je continuerai, selon mes moyens, à répandre des opinions qui, si elles devenaient la foi et la règle de la majorité des Français, sauveraient notre patrie de la déchéance dont elle est menacée.
Veuillez agréer, cher monsieur, avec mes félicitations et mes remercîments, l'assurance de mes senti-
ments bien dévoués.
.Iules Lemâitre.