CURÉ DE L'ILE-BIZARD
A F Auteur,
G. A. Nantélt Ecuyer, M. P. P.
Mon Cher Ami,
Je tous remercie de m'avoir envoyé, en épreuves, les feuillets de la brochure que vous préparez sur le " Nord de l'Ottawa " ; la lecture m'en a été aussi attrayante pour la forme qu'instructive par le fond. Il serait à souhaiter que des exemplaires en fussent distribués dans toutes nos familles, pour faire connaître à nos habitants surtout les immenses ressources agricoles qui gisent oisives à leur porte, et pour leur faire toucher, comme du doigt, la facilité qu'ils ont d'établir leurs enfants dans cet indépendant et noble état de cultivateur, qui fait la gloire et la force de notre nationalité.
Non seulement vous avez puisé vos renseignements aux sources les plus saines ; mais on voit, par votre livre, que vous avez fait sur le sujet des études longues et sérieuses, que vous vous êtes donné la peine de visiter bon nombre d'endroits de cette vallée dont vous décrivez les richesses, et que vous vous êtes occupé de colonisation d'une manière pratique. Vivant, en quelque sorte, au foyer de l'esprit colonisateur, vous n'avez pas échappé à l'influence de cet apostolat patriotique, dont l'action ne s'est pas contentée de faire surgir vingt clochers au sein de la forêt, mais qui, par la parole, par
la presse, par des sacrifices personnels, par des démarches nombreuses, par des instances réitérées, a contribué, pins que toute autre cause peut-être, à faire par toute la province, nolens volem, du défrichement de nos terres publiques la grande question nationale.
Avec tous les vrais Canadiens, je fais des vœux pour la construction, sous bref délai, de votre chemin de fer. Vous nous dites quels services il rendrait aux colons de la Kouge, de la Lièvre et de la Gratineau. J'ajouterai, pour l'avoir vu de mes yeux, qu'il ouvrirait, à l'est et au nord du lac Képawé, une section de pays incomparable : une plaine, de plus de trente lieues carrée,:, entourée de trois côtés par l'Ottawa, baignée par les lacs Bouleau, des Iles, Doré, du Loup, Brûlé et Grassy, traversée par les rivières Képawé, du Nord et la Loutre, sans montagnes. Les bois y sont variés, la végétation vigoureuse, le sol bon. Lancez-y une voie ferrée, et, avant vingt ans, on y verra naître, comme par enchantement, des villes, des villages et cinquante belles paroisses.
Souhaitant à votre livre tout le succès qu'il mérite, croyez que je suis toujours avec une haute considération, Mon cher Monsieur,
Votre très dévoué serviteur,
J. B., Prêtre.
Isle-Bizard, 1er sept. 1887,