LE BOSPHORE
à la nature le soleil, la brise et mille combinaisons de couleurs qu'on ne s'explique pas.
On murmurait à mes oreilles que tel immense palais était celui des sultanes au rebut, tel autre la prison des princes du sang, soupçonnés d'aspirer à l'empire. Ces indications qui, en toute autre occasion, eussent réveillé mes antipathies pour le peuple qui supporte cet abaissement , accepte cette tyrannie et entretient de ses sueurs de tels maîtres et de tels abus, m'ont laissé insensible. La vision qui se déroulait devant nous, étouffait tous ces gémissements de harems, de prisons, de tours murées et des malheureuses victimes qu'ils renferment. Elle me faisait oublier ces longs murmures du pauvre paysan criant pitié, depuis Jérusalem jusqu'ici, à un souverain qui ne l'écoute pas; elle éclipsait ce spectre hideux d'un homme, quelquefois fou, le plus souvent scélérat, commandant à des millions de créatures qui souffrent, se battent, meurent pour lui, alors qu'il est lui-même à la merci de quelques femmes qui le trompent.
Notre départ, à cinq heures du soir, nous a permis de voir une dernière fois Constantinople au soleil couchant. C'est peut-être le beau moment. Adieu !