‹ Notre voyage aux pays bibliques (volume 2)Chapitre 171 sur 216 · LE TOMBEAU DE M. LENORMANT · texte numérisé non relu

LE TOMBEAU DE M. LENORMANT

lieu de recherches scientifiques qui sont demeurées sa gloire, et la municipalité de la ville a voulu élever à cet ami de la Grèce un monument funéraire sur la hauteur de Colone. Otfried Muller, mort un an après lui, repose à ses côtés, sous un cippe moins chrétien. Nous cueillons des fleurs écloses entre les pierres sur cette terre brûlée par le soleil, et nous les déposons pieusement sur ces tombes solitaires. Hélas! le marbre y est maculé d'inscriptions aussi sottes que leurs auteurs. Les sculptures ont été mutilées par le plomb de tireurs désœuvrés , qui ont eu l'impudeur de transformer en point de mire ces monuments de la reconnaissance nationale. On dit qu'à Missolonghi le chef-d'œuvre de David d'Angers, une jeune fille accroupie et déchiffrant, au milieu des hautes herbes, le nom de Botzaris, a subi le même sort. Le peuple athénien d'autrefois n'eût pas laissé insulter les morts dont l'État avait fait les funérailles. Une rose blanche toute fraîche, trouvée au sommet de la tombe de M. Lenormant, nous dit cependant qu'un cœur ami a fait ici, comme nous, un récent pèlerinage. Tombant à genoux, nous prions pour ces champions de la science, morts à Athènes comme des soldats au champ d'honneur.

A travers le lit desséché du Cycloborus, nous revenons vers la ville pour aller, sur l'ancienne route de Marathon, chercher la trace du Cynosarge. Le Lycabette, que nous longeons, est étincelant de lumière. Ce rocher conique, deux fois plus haut que

LE LYGABETTE — CYNORSAGE ET LE LYCÉE 259

l'Acropole, et qui ne semble avoir joué aucun rôle dans l'antiquité, nous préoccupe depuis notre arrivée. Non pas que j'aie la moindre velléité d'en faire l'ascension par le soleil ardent qui brûle nos têtes, mais je trouve que cette colline sans souvenirs dans le passé , avec une simple chapelle dédiée à saint Georges dans le présent, n'a jamais été traitée selon ses mérites.

Le sanctuaire des Anges, au pied de la montagne, marque à peu près le lieu où l'école Qynique prit son nom avec Antisthène. C'est le philosophe austère qui faisait consister la vertu dans le mépris de la richesse et de tous les plaisirs. Socrate lui criait : « Antisthène, ta vanité perce à travers les trous de ton manteau ! » Comme il allait fermer son école faute de disciples , Diogène de Sinope s'attacha à lui et le dépassa par ses excentricités, sans toutefois trouver avec sa lanterne, et encore moins sans former avec ses paradoxes , beaucoup d'hommes indifférents à tout, et citoyens de l'univers, en cessant de l'être de leur patrie. Le Gymnase du Cynosarge avait été fondé près d'un temple d'Hercule, où Diomas, rendant au dieu son premier hommage, avait vu une chienne blanche (de là son nom) dérober une partie de la victime pendant le sacrifice. On n'élevait dans ce Gymnase que les fils de familles étrangères à Athènes.

Le Lycée près de l'Illissus était mieux fréquenté. Apollon en était le protecteur. C'est là qu'Aristote créa l'école célèbre des Péripatéticiens ou Promeneurs , rivale de celle de Platon , dont il avait été

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