SITE DE L'ANCIENNE CORINTHE
qu'inspire le gigantesque au milieu des ruines silencieuses. Les hommes, dans leur fureur, ont eu beau tout niveler ici, ni les Hérules, ni Alaric, ni les Vénitiens, ni les Turcs de nos jours, n'ont modifié ce site incomparable. Convenons que, sur ce plateau rocheux qui se dérouie à cinquante mètres au-dessus de la plaine et à cinq cents au- dessous de l'Acropole, la place était bien trouvée pour une grande ville, étendant ses deux bras à l'orient et à l'occident, et attirant à elle, par Léchée, Schœnus etCenchrées, le commerce des deux mondes. Je comprends qu'on ait hésité un moment entre Athènes et Corinthe quand il a fallu donner une capitale au nouveau royaume de Grèce , et il n'est pas sûr que le percement de 1 isthme ne rende pas à celle-ci son ancienne splendeur.
C'est sur une sorte de place publique, à peu près déserte et entourée de maisons modernes récemment détruites, que notre voiture s'arrête. Quelques habitants assez misérables s'empressent de nous offrir, pour monter à l'Acro- Corinthe, des chevaux que nous refusons. Ces haridelles n'ont rien de commun avec les belles bêtes qu'on nous donnait en Orient. Je suppose que les fougueux coursiers qui entraînaient les chars dans l'arène olympique renieraient aussi toute parenté avec de si tristes bidets.
Ce que nous acceptons plus volontiers , ce sont les avances d'un maître d'école du pays qui, Pausanias à la main, est en train d'étudier avec quelques élèves les ruines dont le sol est jonché.