‹ Notre voyage aux pays bibliques (volume 2)Chapitre 6 sur 216 · L'ILE DE CHYPRE · texte numérisé non relu

L'ILE DE CHYPRE

écume qui couronne leur crête mobile forme encore, coup sur coup, le berceau vaporeux où la poésie antique avait fait naître Vénus. A part ce ravissant spectacle de la mer qui l'entoure, l'île où nous allons aborder est indigne de son antique réputation. Râpée, brûlée, sans végétation, hérissée de montagnes abruptes, il n'est pas possible de ne pas demeurer interdit devant sa décevante laideur.

On l'appelait jadis la Bienheureuse. En ce tempslà d'immenses forêts de pins, de cyprès, de cèdres, de frênes, couvraient ses pics aujourd'hui dénudés et y maintenaient une bienfaisante fraîcheur. Elles servirent à construire des flottes , à édifier des palais , à fondre le cuivre et l'argent des mines inépuisables de l'Olympe, et, comme au dire de Strabon1, on ne parvenait pas à disputer aux forêts toujours envahissantes assez de terre pour l'agriculture , on laissa à chaque particulier le droit de tout abattre et de se déclarer propriétaire du sol qu'il défrichait, aussi bien que des bois qu'il avait coupés. Convenons que, dans la suite des âges, le triomphe des bûcherons a été complet.

Partout où notre œil pénètre avec la lunette , à peine s'il distingue quelques maigres oliviers au milieu des champs d'orge ou de blé déjà moissonnés. De loin en loin quelques cyprès font seuls tache noire sur la teinte grise de la terre et des rochers.

1 Géogr , liv. xiv à la fin.

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