‹ Nous tousChapitre 26 sur 86 · DARCIER · texte numérisé non relu

DARCIER

Nymphe dont l'œil ébloui Semble un diamant,

La Chanson perd aujourd'hui Son dernier amant.

Elle ne verra jamais

Un autre Darcier, Et ne sait plus désormais

Que balbutier.

Oh! Darcier! je le revois!

Le rythme précis Se dessinait dans sa voix

Aux sons adoucis.

3 TOUS

Pourtant courbé sous le dieu,

Pâle, ivre de jour, 11 était brûlé du feu

D'un immense amour.

Peuple, du peuple fourbu Dévorant les pleurs,

On eût dit qu'il avait bu TouU'< ses douleurs,

Et de sa lèvre, ù tourment

Providentiel!

Pressé douloureusement

L'éponge de fiel.

Dans ses chants éblouissants De haine et d'orgueil,

On entendait les accents Des mères en deuil,

Judas, hypocrite et roux,

Comptant ses écus, Et les sanglots de courroux

De tous les vaincus.

nous rou*.

Tous ces martyres bu riant-.

Tous ces pleurs, l'affront D'Eve, dont les flancs sanglants

Toujours saigneront;

Il en voulait en effet

Prendre la moitié, Car ce génie était fait Surtout de pitié.

( >D entendait dans sa voix Qu'en vain nous pleurons,

Des Marseillaises, parfois Des bruits de clairons,

Le cri de la Vérité Superbe et fatal Et le regret irrité

Du sombre Idéal.

Aussi parmi nous fut-il,

Et nul n'a dit : non, Un artiste fier, subtil,

Digne de ce nom,

Donnant, ce consolateur.

Pour nous enchanter,

icle d'un chanteur

Qui savait chanter!

28 décembre 1883.

rous.

Page 1