PAS DE NEIGE
Paris, lorsque vient la froidure, Aime, pendant la saison dure, A s'orner de martre et de vair.
Désireux d'embellir ses fêtes Par toutes ces toisons de bêtes, Il a dit au bonhomme Hiver :
0 vieil Hiver, père des glaces !
Qu'il neige sur mes larges places Et sous mes horizons étroits, Comme là-bas, dans la Norvège, Pour que je voie un peu de neige En mil huit cent quatre-vingt-trois!
Oh! que la neig* , de son lustre, Blanchisse mon bitume illustre.
Pour que, poète essentiel,
impare, en mes épigrammes, L;i neige et les lys de mes femmes 5 lys tombés du ciel!
Tel, rêvant que sa face usée Fut blanche comme une épousée, Paris, en son désir goulu, Demandait que la neige pure L'enveloppât de sa guipure.
Le vieil Hiver n'a pas voulu.
Il a dit : 0 ville de Floi Qui toujours vois tes lys ''clore Et tes diamants refleurir; Ville folle, heureuse, adulée, Pour toi la neige irnmacui Allons, tu t*en ferais mourir!
Quoi ! tes histrions et tes gi Sous^leui - semelles incongru a Feuleraient la neige au Banc pur, La neige, divine pucelle, Dont l'àpre candeur étincelle Sous les caresses de l'azur!
Non. La neige avec orgueil touche Les champs nus ou l'été farouche Faisait ruisseler des épis Qui sont la joie et la richesse.
Mais toi, courtisane et duché- Marche sur les riches tapis.
La neige est faite pour les cimes
Où nous, les Dieux, nous nous assîmes;
Pour les monts, où la Vérité
N'entend pas de sourdes huées,
Et voit déchirer les nuées
Par le vol de l'aigle irrité.
Toi, promène-toi dans la boue ; Bt, plus tard, quand le soleil joue, Dans tes bois aux sentiers fleuris.
Mais quant à la neige divine, Je la garde pour la ravine.
Tu t'en ferais mourir, Paris.
Laisse au chamois la neige blanche.
Mais toi, peureux de l'avalanche.
Au son du luth et du hautbois Dont la molle chanson t'effleure, Foule, suivant le jour et l'heure, Ta pourpre, ou ton pavé de bois !
4 janvier 188i.
v,i s TOUS.
,. ON LES IIdXORE
Philis, quand le vôtre fleurit, Montrant sa blancheur, souffletée Par le zéphyr, subtil esprit, Dans la robe décolletée;
Colline que jouxte un ravin, Lorsqu'il apparaît dans le groupe Des lys purs, tel qu'un Grec divin L'eût pris pour moule de la Coupe;
Quand, suavement exigu, Trésor que la lumière arrose, Rougit sur son sommet aigu Un folâtre bouton de rose ;
84 WOUS TOUS.
Oh! combien, sans comparaison, Dans sa blonde neige endormie.
On le préfère avec raison A — celui de l'Académie!
4 janvier 1884.
nous ro