CLOVIS HUGUES
Les députés ont de ces fugues!...
Ils sont une meute aux abois.
Donc, ils ont chassé Clovis Hugues, Comme un sanglier dans les bois.
Tels des vieux, tombés en enfance.
En lui criant : Yade rétro!
Ils le chassent, avec défense De porter le nom de Pietro.
La Chambre ingénue et profonde Arrache de son sein Clovis, Pour assurer la paix du monde.
Para bellum, si pacem vis.
Entant-, mangez des prunes d'enté! — Loin des vertigineux lambris Cl «vis a dû fuir. Comme Dante, Il est exilé... dans Paris!
Hier encore il était membre.
Il ne l'est plus. Destins railleurs!
Il n'entre jamais dans la Chambre, Hélas! Ni moi non plus, d'ailleurs.
Misérable porteur de lyre, Il n'entendra pas, longs ou courts, Ainsi que des chiens en délire Aboyer les vagues discours.
Oisif après ces catastrophes, Et portant le suprême affront, Il caresse les belles strophes Ayant des rimes sur le front.
Passant inutile, poète, Échanson des généreux vins, Il entend frémir dans sa tète Les ailes des rvthmes divins ;
NOUS Tin lui
Il s'unit au peuple, à la foule, Plein de pitié, baigné de jour, Bercé par celle grande houle
D'où sort un long sanglot d'amour ;
Il mêle à sa voix forte et pure Les soupirs, les cris douloureux.
L'hymne effaré de la nature El la plainte des malheureux;
Ame que tout espoir enchante De sa tragique passion, Il s'extasie, il rêve, il chante... — Il n'a plus de profession.
il janvier 1884.
m MHS |