MICHELE
Michelet, qui peignit la mer
Et les tumultueuses moires
Dont s'éblouit le flot amer,
Nous revient, jeune, en ses Mémoires.
Oh! jadis, tordu par le vent De l'incantation magique, Plongé, palpitant et vivant, Dans l'Histoire au gouffre tragique,
Il la vécut, il la souffrit, Tout pâle de ce qu'il enseigne, Ayant dans son vaillant esprit Les douleurs du peuple qui saigne;
Guerroyant avec Jeanne d'Arc Et faisant fuir l'Anglais superbe Et, lorsque Louis dans son parc Triomphait, se nourrissant d'herbe.
Avec ses mots heurtés, flottants, Eloquents en d'étranges suites, Je le vois, pâle et maigre, au temps De ses leçons sur les Jésuites.
Sa parole en flots lumineux
Roulait, assujettie au nombre,
Et ses beaux yeux vertigineux
Avaient l'air de deux grands trous d'ombre
Plus tard, revenu des enfers Que la sombre Histoire devine , Et des doux paradis offerts Par la nature âpre et divine;
Ayant vu les charmants réseaux Que la mer tremblante reflète Et les feuillages pleins d'oiseaux Et la montagne violette;
Quand d'un pas cruel et p:
Vint derrière lui rage austère, —
Indulgent, pensif, engraissé, Ne voulant pas encor se taire
Ni cesser d'être un voyageur, Proie offerte à la vie ardente, 11 eut alors un air songeur De vieille femme, — comme Dante.
il février 1884.
110 NOUS TOCS.