VIEUX JEU
Vous dont brillait la gloire éparse, Nous délaissez-vous, comme ingrats, Apothicaires de la Farce?
Voici venir le mardi-gras;
Cependant, — sans doute on vous triche, Voyageurs d'Aix et de Cognac ! — Je n'ai pas vu que nulle affiche Annonçât encor Pourceaugnac.
Ce jour-là, tout ruisselant d'aise, Le bon bourgeois, c'était son dû, Voyait, en emportant sa chaise, Pourceaugnac s'enfuir, éperdu.
Alors, oh ! que d'apothicaires, Minces, grands, petits, bedonn
Avec des jambes en équera s Et de longs nez désordonnés!
Et, par le Styx! que de seringues, Dont les porteurs affreux, galants, Graves comme des camerlingues, Ou sauvages et turbulents;
Troupes par des troupes rejointes, En leur effrayant magasin Braquaient les redoutables pointes Vers le fauteuil du Limosin !
Des filles aussi, grandes bringues, Jouaient, en habit travesti, D'étranges porteurs de seringues Suivant Pourceaugnac investi.
Et des enfants, encor précaires.
Jouaient, ouvrant leurs yeux de jais.
De tout petits apothicaires Braquant de tout petits objets.
Mai- quoi! la Farce est abolie Autant que TAlmanach Liégeois :
On ne veut plus de sa folie.
Jeunes élèves et bourgeois.
Soyez gais, mangez des meringues!
Mais amusez-vous, gravement.
Les matassins et les seringues Ne sont plus dans le mouvement.
26 février 1884.
roi a roi
GRlCE
Taisez-vous, reines à l'œil C'est assez do propos en l'air
Et d'épigrammes; Vous troublez notre bon repas.
0 femmes, ne nous dites pas
Do mal des femmes!
Vous traînez Eve dans le jour.
Et vous nous dites que l'Amour
A des calices Où tout est fiel et trahison.
Laissez-nous boire ce poison
Avec délice- '
Dans votre discours, où tout nuit.
La brune, pareille à la nuit.
Et sa sœur blonde Et la rousse au front décevant Sont fuyantes comme le vent
Et comme Tonde.
Avec votre babil d'oiseau, Sans cesse vous nous dites, au
Clair de la lune :
Les femmes ne font rien de bien ; Je sais qu'elles ne valent rien,
Car j'en suis une! —
C'est par elles que le cœur vit; Car tout en elles nous ravit,
Lys, neige et rose, Et nous les servons à genoux.
Il suffit que le rien pour nous
Soit quelque chose.
>US. îil
Nous les mêlons à dos destins :
Les aimons sons Les satins
Et sous les moii Et notre rais >n Les absout, Et nous ne voulons pas du tout
De vus Mémoires.
Laissez là vos jeux biseautés.
Respectez un peu des beautés
Qui sont les vôtres, Et surtout ne dégoûtez pas Les autres de ces fiers appas.
C'est nous, les autres!
27 février 1SS4.