‹ Nouveau cours de grammaire francaise, Volume 2 (volume 2)Chapitre 28 sur 109 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

EXERCICES

166. Exercice oral ou écrit. — 1° Lire le morceau suivant en indiquant les changements d'orthographe et de prononciation survenus depuis cette époque.

2° Transcrire le même morceau avec l'orthographe moderne.

L'Éducation de Gargantua.

COMMENT GARGANTUA FUT INSTITUÉ PAR PONOCRATES EN TELLE DISCIPLINE QU'IL NE PERDOIT HEURE DU JOUR.

Quand Ponocrates cogneut la vicieuse manière de vivre de Gargantua, délibéra aultrement l'instituer es lettres : mais pour les premiers jours le toléra, considérant que nature n'endure mutations soubdaines sans grande violence. Pour donc mieulx son œuvre commencer, supplia ung sçavant médecin de celuy temps, nommé maistre Théodore, à ce qu'il considérast si possible estoit remettre Gargantua en meilleure voie. Lequel le purgea canoniquement avec elébore d'Anticyre, comme faisoit Timothée, et par ce médicament luy nettoya toute l'altération et perverse habitude du cerveau. Par ce moyen aussi Ponocrates luy lit oublier tout ce qu'il avoit appris soubs ses antiques précepteurs, comme faisoit Timothée à ses disciples, qui avoient esté instruicts soubs aultres musiciens. Pour mieulx ce faire, l'introduisoit es compagnies des gens sçavans, qui la estoient, à l'émulation desquelz luy creust l'esprit et le désir d'estudier aultrement, et se faire valoir.

Après, en tel train d'estude le mit qu'il ne perdoit heure quel-

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conque du jour : ains tout son temps consommoit en lettres et honneste sçavoir. S'esveilloit donc Gargantua environ quatre heures du matin. Cependant qu'on le frottoit, lui estoit leue quelque pagine de la divine Escriture haultement et clairement, avec prononciation compétente à la matière, et à ce estoit commis un jeune page nommé Anagnostes. Selon le propos et argument de ceste leçon, souventes fois s'adonnoit à révérer, adorer, prier et supplier le bon Dieu,

duquel la lecture montroit la majesté et jugemehs merveilleux

Son précepteur répétoit ce qu'avoit esté leu, lui exposant les poincts plus obscurs et difficiles. Eux, retournant, considéroient Testât du ciel, si tel estoit comme l'a voient noté au soir précédent : et quels signes entroit le soleil, aussi la lune pour icelle journée. Ce faict, estoit habillé, peigné, testonné, accoustré et parfumé, durant lequel temps on luy répétoit les leçons du jour d'avant. Luy-mesme les disoit par cœur, et y fonda quelques cas practiques concernans Pestât humain, lesquels ils entendoient aulcunes fois jusques deux ou trois heures, mais ordinairement cessoient lorsqu'il estoit du tout habillé. Puis par trois bonnes heures luy estoit faicte lecture. Ce faict, issoient hors, toujours conférans des propos de la lecture, et se déportaient en Braque, ou es prés, et jouoient à la balle, à la paulme, à la pile trigone, galantement s'exerçans les corps comme ils avoient les âmes auparavant exercé. Tout leur jeu n'estoit qu'en liberté : car ils laissoient la partie quand leur plaisoit, et cessoient ordinairement lorsque suoient parmy le corps ou estoient autrement las. Adonc estoient très bien essuyés et frottés, changeoient de chemise, et doulcement se pourmenans alloient voir si le disner estoit prest. Là attendans récitoient clairement et éloquentement quelques sentences retenues de la leçon. Rabelais (1485-1553).

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