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celui-ci encore plus que celui-là : on n'est' vériiablement et complètement eu retraite que par un entier dégagement de toute préoccupation étrangère. Plus nous nous éloignons des créatures , [)ius Dieu s'approche de nous ; il aime à Irouver seule Tàme qu'il vient visiter dans sa grande miséricorde. Mais il y a des exigences d'état, de position, de santé qui ne permettent pas à tous de se séparer également du monde ou de s'en tenir séparés pour la même durée de temps. De là trois sortes de retraites pour les ecclésiastiques , chargés du ministère pastoral : retraites générales, retraites particulières, retraites mixtes, qui participent sous quelques rapports'aux avantages des deux autres.
Ilï. — La première se fait en commun, sous la présidence de l'évêque, qui invite chaque année une partie notable de son clergé, ou même tout son clergé, partagé en deux retraites , à ressusciter kl grâce qui est en lui par rimposition des mains*: (V Doux repos après les combats du Seigneur et les fatigues de l'apostolat, sainte réunion des frères assernhJés dans ta même maison, avec un cœur uuanime-. sous la conduite du chef, ou plutôt di père, que Dieu a préposé au gouvernement de i famille; bienheureuse solitude où l'air est plus pur le ciel plus ouvert, la lumière plus vive, Dieu phi sensible au cœur , et le cœur plus disposé aux
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émotions de la foi , aux attendrissements de la piété ; bains fortifiants où les conducieups des peuples, ces aigles spirituels, sentent se renouveler la vigueur de leur jeunesse ; école céleste, où tous les saints prêtres , tous les dignes pasteurs se sont formés à la pratique des vertus, qui nous rendent agréables à Dieu et utiles aux hommes. •> (Mgr Giraud, arch. de Camb.)
11 est incalculable le bien qui peut résulter, et qui résulte en eiîet , de ces retraites générales , image si touchante du collège apostolique se pressant autour de Jésus-Christ. Tous les genres de grâces s'y trouvent réunis, et dans les circonstances les plus favorables pour en assurer l'efticacité. Voilà pourquoi il ne faut pas s'étonner si nos vénérables évéques , convaincus que c'est ici une question de progrès ou de décadence, de vie ou de mort, mettent tous leurs soins à régulariser dans leurs diocèses et à rendre obligatoires les retraites sacerdotales, et si les bons prêtres s'y portent avec tant d'empressement et d'édihcation. Il faut avouer cependant que plusieurs causes pourraient eji diminuer beaucoup les heureux résultats , ou même les paralyser entièrement ; qu'on nous permette iVen signaler quelques-unes.
IV. — On a souvent répété que le recueillement est l'âme des retraites ; rien n'est plus vrai. On dirait presque avec la même vérité que le silence est l'âme du recueillement : or, le silence et le recueillement rencontrent îles obstacles dans ces
réunions nombreuses. Monseigneur Plantier, évèque de Nîmes, dans un discours sur ce sujet, se demande quelles sont les sources d'où jaillit ordinairement l'esprit de dissipation pendant ces jours de grâce et de salut. Il en remarque trois principales : légèreté, épancliements de Tamitié, affaires.
(( L'un parlera, parce qu'il n'a pas le courage de se taire. Il n'entre malheureusement ni dans ses goûts , ni dans ses habitudes de réfléchir, rien ne leffraie comme l'idée de se rapprocher de luimême et de converser avec Dieu seul. Il cherche un confrère, qui, partageant ses répugnances, éprouve comme lui le besoin de causer. S'il le rencontre, ils se dissipent ensemble, et abrègent par de futiles entretiens des journées , qui leur sembleraient aussi pesantes qu'interminables, s'il fallait les passer dans la continuité du recueillement.
» Pour quelques-uns, l'amitié supplée ou vient en aide â la légèreté- d'esprit. On n'a pas vu depuis longtemps certains confrères qu'on affectionne... Que de secrets bouillonnent, impatients d'éclater!. Que de choses , amères ou heureuses , se sont accomplies dans le presbytère et la paroisse où l'on habite î Que de choses dans le diocèse ! que de choses dans l'Église î que de choses dans l'État et le monde politique î Qu'il sera doux de faire sur tout cela un mutuel échange d'impressions , de jugements!.. Et voilà un sujet de dissipation en i pour la retraite. »
^Quelquefois aussi n suni h> all;iirt'> qui >f s liai-
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- iit de troubler le silence et le recueillement. a On a des difficultés dans sa paroisse , on est en lutte avec sa fabrique , on ne s'entend pas avec les autorités locales , peut-être même est-on tristement engagé dans des questions d'intérêt et d'argent... Comment sortir de ces embarras? Voilà ce qu'on vient chercher : on ne poursuivra pas un autre but pendant ces saints jours, o
Si l'on veut que la retraite porte ses fruits , il est de toute nécessité que chacun s'assujettisse au règlement, surtout à la loi du silence. On doit donc pourvoir, autant qu'il est possible, à ce que chaque prêtre ait sa cellule, où il se retire dans Tintervalle des exercices , pour méditer en particulier ce qu'il a médité en public , pour noter les lumières, les grâces qu'il a reçues , les résolutions qu'il a prises, etc. Il est aussi fort à désirer que tous ceux qui se proposent de faire les exercices, les commencent et les finissent ensemble. Arriver le deuxième ou le troisième jour de la retraite, ou partir avant la clôture, c'est nuire au bien général, sans profit pour soi-même.
V. — Une illusion des plus dangereuses, et que nous croyons très-commune , consiste à n'apporter à la retraite qu'une coopération en quelque sorte toute passive , au lieu d'y coopérer activement. Voici l'idée que saint Ignace nous donne des exercices : Sicut deamhulare . ire, currcre . sunt c.rcrcitia corporalia : ita eliam quilibet modus prœparandi el dispourndi (Dumam ad loUcndm à se omnes III. 26.
affectiones inordinalas . et postquàm quis eas siislulerit ; ad qnœrendnm et inveniendam voluntati' dh'inam. in vitœ siiœ disposîtioue. ad salutem aru mœ, vomntur exercltia spiriiuaUa ; et voici ce qii dit à cette occasion un habile commentateur du précieux li^Te composé dans la grotte de Manrèse : Corporaliter e.xerretur, non qui aJiiim ambutaittein eurttem, currentem, spedat tel audit . sed qui ipambulat, ipse il. ipsecurrit.
Faire une retraite, ce n'est donc pas prêter ui oreille attentive à celui qui exhorte, réfléchit, pri* contemple à haute voix; c'est s'exhorter, réfléchii prier, contempler soi-même. Il faut agir . payer . sa personne; il faut s'exercer. Écoutons encore r excellent maître de la vie spirituelle : >< On trompe si on veut toujours lire ou prier vocalemei; ou écouter de pieux discours... J'accorde que r< soit touché parfois de la bonne lecture, ou des p; rôles qu'on a entendues ; mais que l'on terme le livre, que celui qui parle se taise, la componction s'envole à l'instant, pour ne revenir qu'avec le livre, ou le dévot entretien... Il faut que le silence de h» méditation nous tienne lieu du livre et de la prédication : autrement craignez qu'en apprenant toujours vous ne parveniez jamais à la sagesse. D'«>n vient , hélas ! qu'il y a si peu de contemplatif même parmi les ecclésiastiques et les religieux instruits , même parmi les théologiens, sinon de l.i répugnance presque insurmontable (ju'on êj'rouvt se trouver seul en présence de soi-même , poui
^'appliquer à une réllexioii sérieuse et ap4)roibndie *? >>
YI. — Le choix des sujets à traiter dans nos re- (raites, s'il n'était conforme au but qu'on doit s'y i)roposer , porterait un coup mortel à cette admilable institution. Quel est ce but? (( Un entier renouvellement, » répond saint Vincent de Paul. K Celui qui fait bien la retraite passe à un autre état ; il n'est plus ce (ju il était. » En nous introduisant dans cette solitude, où il veut nous parler au cœu}- -. Dieu dit à chacun de nous comme à son prophète : Ecce consliiai te hodiè.., ut evellas el (lest nuis.. , (H œdifices et plantes, (jereui.i. lo.) Nous y trouverons en effet les moyens les plus propres à opérer en nous un changement radical , tel que le demande Celui qui a daigné nous y conduire , tout ce qu'il faut pour détruire et pour édifier, pour arracher et pour planter. Mais parmi ces moyens, le premier peut-être en importance est la méditation de ces énergiques vérités qui remuent l'àme jusque dans ses profondeurs, cbiaulcut et fécondent
' Falkmtur qui volunt semper vcl legcrc, vel orarc vocalitor, vel dcvotiouis verba à loqueiilibus accipcre... Esto namqiic compungaiilur intérim talcs ad Icclioiicm vcl sermon cm : abstuloris librum aul vorbiini, abibit illico coinos conipunclio, non aliter quàm cum libro aut verbo revcrsura... Sit aicclilatio silcns liber luus, sit prsdicalio, alioquin videas, ne semper disce^^, iiunquàm ad sapicnliam pcrvenias... El iindè, proi> dolor^! tanta rarilasconleniplanlium, etam ai>ud Hlteralos Eiclejiajlicos (.1 l'iciigioïos, iaio Tlioolugo-î, iiisi quia vix suslinol aliquis sccum solus esse, secmu diii nic.iitari. Gers. lOper. t. m de itvjst. IheoL praclic.j
2 Osée. 2.4.
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Je stérile désert '. Supprimer la méditation des fins dernières : la mort, le jugement, Fenfer, c'est en quelque sorte supprimer la retraite. La connaissance de nos devoirs nous manque beaucoup moins que la volonté sincère de les remplir ; e'es! principalement sur la volonté qu'il faut auir.
YII. — L'attrait du bon prêtre pour la retraite générale n'est pas douteux, et il nous paraît solidement motivé. Toujours il accueille avec joie l'annonce du jour où elle doit s'ouvrir et l'invitation qui lui est faite d'y prendre part. Mais s'il est privé de cet avantage, n'a-t-il aucun moyen de compenser une perte qui l'aftlige ! Il sait dans un temps ou clans un autre se dégager pour quelques jours des soins du ministère , se trouver une solitude de quelques jours dans un séminaire , dans une communauté , chez un confrère ou dans sa propre demeure ; et là, aidé d'un li^Te et de sa bonne volonté, il vaque en particulier à ses pieux exercices. Dieu, que l'on trouve toujours quand on le cherche dans la droiture et la simplicité , bénit ses efforts ; il l'éclairé , il lui inspire de saints désirs , de sages résolutions, et s'il avait eu le malheur de s'abaisser] trop vers la terre, il se relève vers le ciel.
Vin. — Enfin il est une troisième classe de retraites , que nous appelons mixtes , parce qu( n'étant précisément ni générales ni particulières, sans avoir autant d'avantages que les premières,
' Vox Doniini coiiciUi'îi.ti? «Icserlum. Ps. 2S. 8.
elles en ont plus que les secondes. Quelques communautés religieuses, à des époques déterminées, admettent les ecclésiastiques qui désirent s'y réunir pour faire en commun les saints exercices. Un directeur propose les points de méditation, donne des avis, et ordinairement fait une conférence ou une exhortation , quelquefois l'une et l'autre. Nous ne pouvons trop conseiller ces retraites , quand elles sont possibles. Le recueillement n'y rencontre pas les mêmes obstacles que dans les réunions plus nombreuses ; ce qui n'empêche pas qu'on y reçoive la leçon du bon exemple et la grâce attachée à Taudition de la parole de Dieu ; la foi s'augmente en nous par le même moyen dont Dieu se sert pour nous la donner : Fides ex cwditn. C'est en vue de ces deux dernières classes de retraites , et surtout de la seconde , (jue nous avons dressé les tables suivantes.
CHOIX DE SUETS