Espèce. Proustite (Beudant
Syn. : Argent antimonié sulfuré^ ou Argent rouge (en partie), Haûy; Liéktes Rothgiltigerz, Warner; Rubinblendej Hausnaann; Arsensilherblende , Naumann.
Cette espèce est isomorphe avec la précédente, et a été pendant longtemps confondue avec elle. Werner avait déjà indiqué la séparation des deux argents rouges, d'après la différence de couleur de leur poussière, qui est le rouge sombre dans la pyrargyrite (dunkles Rothgiltigerz), et le rouge clair dans la proustite (lichtes Rothgiltigerz). Mais c'est Proust qui le premier a fait connaître la cause de cette différence, en montrant qu'elle était le résultat d'une diversité dans la composition. L'argent rouge de teinte Jfoncée est composé de soufre, d'argent et d'antimoine, tandis que 1 argent à poussière d'un rouge clair est formé de soufre, d'argent et d'arsenic. C'est pour rappeler q^ue cette distinction a été faite pour la première fois par le chimiste Proust, que Beudant a cru devoir donner à l'une des espèces* le nom de Proustite,
470 8ULPURE8 MULTIPLK8
Caractères essentiels.
Composàion chimique : Ag^As,* ou argent arsénié sulfuré; en |X)ids, argent 65,38^ arsenic i5,i6; et soufre 19,4^.
Forme cristalline : Rhomboèdre obtus de i07°49\ Les formes cristallines et les combinaisons dans cette espèce sont les mêmes que dans la pyrargyrite ; il n'y a que de légères différences dans les angles ; les deux substances offrent d'ailleun les mêmes clivages, les mêmes degrés de dureté et de ténacité; leur densité est aussi à très-peu près égale. Ce qui les distingue surtout, c'est que les cristaux ont plus rarement l'aspect métalloïde ; ils sont assez généralement transparents et rouges en masse, d'un rouge de cochenille ou de carmin, et leur poussière est toujours d'un rouge clair ou rouge aurore; ils sont enfin fusibles au chalumeau, en donnant des vapeurs arsenicales très-prononcées, et laissant ensuite un bouton d'argent. '
Analyses de la proustite de Joachimsthal :
1« Far H. Rose. 2o Vu Froiut.
Sulfure d'arsenic. . . . 25,oo Sulfure d'argent. . . . 74)35 Sable et oxyde de fer. . o,65
La proustite s'offre comme la pyrargyrite, en cristaux, en concrétions ou en masses amorphes ; on la trouve dans les mêmes lieux et dans les mêmes gisements que cette dernière espèce; seulement elle est beaucoup plus rare. Les échantillons les mieux caractérisés viennent de Joachimsthal en Bohême; et de Johanngeorgenstadt, Annaberg, et Schneeberg en Saxe. On la trouve aussi à Andreasberg au Harz ; à Kongsberg en Norwège; à Scbeainitz en Hongrie, à Sainte-Marie-aux-Mines dans les Vosges et aux Ghalanches, dans le Dauphiné; à Guadalcanal en E^^goe; au Mexique, au Pérou et au Chili.
APPENDICE. XANTBOOOIIB.
On doit rapprocher de la proustite un minéral qui s'en éloigne bien peu par sa composition, comme aussi par sa forme, qui paraît être un rhomboèdre ; c'est celui qui a été décrit par Breithaupt sous le nom de Xanthocone^ parce que sa poussière est jaune. U a été trouvé dans la mine Himmelsfiirst à ]Sii>isdorf|
Soufre. . .
Arsenic. . .
Argent. . .
AHOMBOâ>RIQUBS. 47'
^piis de Freiberg, en petites tables hexagonales, minces comme des feuilles de papier, et disséminées dans un calcaire spathique. Ced cristaux tabulaires sont d^un jaune orangé, et comparables foar la couleur à la greenockite ; et leur forme parait analogue à celle du fer spéculaire des volcans; c'est-à-dire qu'elle se termine latéralement par des faces inclinées également sur les bases et alternativement en sens contraire. L'imperfection des cristaux ne permet que des mesures approchées : M. Breithaupt a cru JÊùvoîr conclure de celles qu'il a prises, que la forme dont ils «dérivent est un rhomboèdre aigu de yi^Sa'. Le contour des la- ^mes offré^ aussi des traces d'un second rhomboèdre, plus aigu que le premier, et qui en proviendrait par la loi de modification e^ : dans celui-ci, l'angle des arêtes culminantes est de 63^1 8'. Ces formes appartiennent à une série cristalline, trèsvoisine de celle de la proustite (i). Les cristaux de xanthocone présentent des clivages rhomboédriques parallèles aux faces du rhomboèdre fondamental, et en outne un clivage basique.
M. Plattner, qui a analysé ce minéral, en a retiré les proportions suivantes : argent 64,2; arsenic i3,499 et soufre 2i,3; ■c'est-à-dire que les trois éléments composants sont entre eux : : g : 6 : 30. On remarquera que ces rapports sont très-voisins de ceux que donne la proustite, savoir : 9 : 6 : 18. 11 y a seulement une certaine quantité de soufre en excès, dont Plattner
eiplique le rôle, en supposant que le xanthocone est une com-
I iif binaison ou un mélange de deux atomes de proustite 2. Ag As,
et d'un atome d'un nouveau sulfure d'arsenic et d'argent, qu'il
représente par Ag' (As' •S-'^). Mais le sulfide As' S^ est un composé dont on n'a pas jusqu^à présent constaté l'existence dans la nature. Le xanthocone n'est peut-être pas encore parfaitement connu dans sa forme: il a été regardé par M. Breithaupt comme identique avec la Rittingérite dont il sera bientôt question, et qui est une espèce klinorhonibique ; il se rapproche aussi beaucoup de la Feuerblende, autre espèce du cinquième système ; enfin nous venons de voir qu'il présente de grandes analogies avec la proustite; sa détermination comme espèce particulière n'est donc pas encore bien assurée.
Le xanthocone a une dureté de 2 à 2,5 ; il est aigre, et facile
(1) Le rhomboèdre de Tl^Vs & P<>ur équiaie un rhomboèdre cubolde de 03» «uviroD ; et le rhomboèdre fondamental de la proustite engendre, par la
jBodification t^U, un cubo'ide d'à pen près 91».
Âm^ 8ULFUBE8 BIIILTIPLBS
à briser. Sa densité =5,1... 5,3. Il -est transparent àun assez baot degré, a un éclat adamantin, et une couleur d'un brun-jaunàtre ou jaune orangé. Il fond très-aisément dans le matras, devient d'un gris de plomb, et donne un léger sublimé de sulfure d'arsenic ; avec le tube ouvert, on obtient des vapeurs d'acide sulfureux et arsénieux; sur le charbon, après avoir donné des fumées sulfureuses et arsenicales, il abandonne un bouton d'argent.
On le rencontre sous la forme de lames cristallines, et qAL quefbis aussi en petits rognons à structure grenue ou lamellaire^ dans la mine Himmelsfarst, près de Freiberg, où il est accom«^ pagn^ de psathurose et autres minerais d'argent.
V^ Tribu. Klinobeombiques.
29« Espèce. BIiAmoTBiTB (H. Rose).
SyD. : Hemiprismatische Rubin-hlende, Mohs; Undbinargtddm, WeiM.
Ce minéral a été confondu pendant longtemps avec l'argent rouge sombre ou argent antimonié sulfuré; c'est Mohs qui le premier l'en a séparé, à cause de sa cristallisation en prismes klinorhombiques; mais il lui supposait la même composition que celle de la pyrargyrite. Henri Rose a fait voir que si la composition qualitative était la même, il y avait une différence essentielle dans les proportions relatives des éléments, le minéral en question renfermant beaucoup moins d'argent; et c'est à raison de cette circonstance qu'il lui a donné le nom de Miargynie (àe (leieav, moins, et âp^upoç, argent). Les formes cristallines de cette espèce ont été déterminées par Mobs et Naumann.
Caractères essentiels.
Composition chimique : Ag 4-b. En poids, argent 35,86; antimoine 4^979) ^^ soufre 3i,35.
Système cristallin : Klinorhombique. /
Forme fondamentale : Le prisme klinorhombique p mm (fig. 293, pi. 3ij, dans lequel les pans m, m font entre eux (en avant) un angle de 8g^38\ et la base p s'incline sur l'axe ou sur l'arête aiguë antérieure, de 98^24'. L'inclinaison de p sur m eHL de g2^^o\ Les trois axes de ce prisme a, 6, c sont entre eoi»
KL1NORHOMBIQI7S8. 4?^
à peu près, comme les nombres i,o4 : i : o,36. L'octaèdre klinorhombique, que détermine ce système d'axes, a pour angles dièdres des arêtes culminantes (en avant) gS^Sg' et go^SS' ; des arêtes culminantes latérales 92^62', et des arêtes à la base 152044'.
Caractères distinctifs.
Géométriques. — Le type qui domine dans les cristaux est tantôt le type prismatique, comme le montre la figure 298^ et tantôt le type bipyramidal, résultant de la combinaison de plusieurs prismes obliques, et dans lequel prédominent les faces d, d de Naumann, qui font partie de l'octaèdre fondamental et sont inclinées Tune sur l'autre de 95^59', plus les faces ^, ^ du même auteur, inclinées entre elles de 106,21'. Dans les cristaux du premier type, la base p est striée horizontalement, tandis que les pans m, m le sont dans des directions obliques. Dans le second type, les faces qui font partie des zôjies obliques, sont striées parallèlement à leurs bords de combinaison. Des clivages imparfaits s'observent parallèlement aux faces verticales m, et A*.
Physiques. — Densité : 5,35. — Dureté =32...2,5. Elle est fragile, et sa cassure est imparfaitement conchoïde.
Aspect : éclat métallique, ou adamantin passant au métallique, avec une couleur d'un gris de plomb ou gris d'acier tirant sur le noir ; opaque, excepté dans les lames très-minces, qui paraissent d'un rouge de sang par la lumière qu'elles transmettent. Poussière, d'un rouge de cerise foncé.
Chimiques. — Se comporte au chalumeau comme la pyrargyrite.
Sa composition est, d'après l'analyse de H. Rose :
Soufre 21,95
Antimoine 39, i4
Argent 36,4o
Cuivre 1,06
•Fer. 0,62
Ce minéral n'a encore été trouvé, d'une manière certaine, qu'en petits cristaux, implantés ou disséminés, dans la mine Neue-Hoffnung Gottes, près de Braiinsdorf, en Saxe. La forme la plus simple de ces cristaux est celle que représente la figure
474 SULfUBIS MULTIHAS
393, et qui se compose du prisme fondamental, modifié sur les angles supérieur et inférieur par une facette triangulaire O9 inclinée sur Taxe de 5o^jo\ Maïs on rencontre aussi des formas plus compliquées, du type pyramidal : 1^ une forme composée des faces p^ 0, /i^, g^y et d*une série de prismes obliques, doBt les faces se montrent en avant dans la pyramide supérieure, et parmi lesquels on distingue le prisme cf, d de qS^Sq', et le prisme fifàc ii5°54'. — Incidences de p sur p = 106° 16'; de «/sur A*=i35°7'j dep sur /i* = 98°a4'; de 0 sur A* = i39**5o\ a^Une autre forme, composée d'une face oblique en avant, inclinée sur l'axe de4i°34\ <rune autre face n, comprise comme celle-d dans la zone des faces h^ et o, et inclinée sur Taxe de 17^38*, et enfin de plusieurs prismes obliques, dont les faces sont placées en avant dans la pyramide inférieure, et parmi lesquels nous citerons le prisme g, g de Naumann, dont Fangle est de 106^2 1', et le prisme p, p (du même auteur), dont l'angle est de
La miargyrite est jusqu'à présent un minerai des plus rares; il est probable cependant. qu'on la retrouvera dans plusiem des localités où nous avons indiqué la présence de l'argent rouge. Selon toute pro})abilité, la substance décrite par Hausmann sous le nom de Fahles RothgiUigerZy et qui est assex répandue dans les filons d'Andreasberg au Harz, notamment dans les mines Gottes Segen, SainUJacobs GUtck^ et j^bendrôthe, doit être rapportée à la miargyrite. Celle que Breithaupt a désignée par le nom de Hypargyrite^ parait n'être, d'après l'examen qui en a été fait par Plattner» qu'une miargyrite, dans laquelle une notable partie de l'antimoine serait remplacée par de Farsenîp; elle vient des mines de Glausthal, dans le Harz.
26« EspÈci. BimiNÉbuTB (Zippe).
M. Zippe a décrit sous ce nom^ et ainsi nommé en l'honneur du conseiller Rittinger, un minéral qu'il regarde comme une nouvelle espèce^ et qui provient d'un des filons de Joachimsthal en Bohème, où il est associé à la proustite et à d'autres minerais argentifères. La rittingérite est en petits cristaux tabulaires, d'un brun-noirâtre, à poussière d'un jaune orangé, comme le xantbocone, dont elle se rapproche encore par sa composition ,* mais elle parait différer de celui-ci par sa forme, qui estcdk d'une table klinorhombique, modifiée sur les arêtes des hjsK
ELLUÏQKHOMBIQIXES. 4?^
Elle a aussi de grands rapports avec Fespèce suivante, là Feuecblende, mais n'offre point, comme elle, un 3liva£;e net et facile dans un sens. Les petits cristaux de rittingërite ont été mesurés par Schabus, et rapportés au système klinorhombique, bien que la base n'ait qu'une très-faible inclinaison, la déviation de Taxe principal, dans le plan de la petite diagonale, n'étant que de I^34^ La forme fondamentale est un prisme klinorhombique pmniy dans lequel m sur m= 126°! 8', et p sur m = 91*^24'; ou bien, un octaèdre presque ortborbombique, dont les angles, dans la section principale, sont de i^o^i', et i4i^; dans la section orthodiagonale, de go°4^'j ^^ ^^^ arêtes de la base, de 96°! 8\
La densité de ces cristaux est encore inconnue. Leur dureté est faible; ils sont fragiles. Ils sont d'un noir de fer ou d'un brun-noirâtre sur leurs grandes faces, translucides dans la direction de Taxe principal, et vus dans ce sens, au moyen de la lumière transmise, ils paraissent d'un jaune de miel passant au rouge hyacinthe. Leur éclat est submétallique ou adamantin. Ils fondent très-aisément au chalumeau, en développant une odeur arsenicale, et en abandonnant beaucoup d'arg'ent. Les essais auxquels M. Zippe les a soumis, conduisent à les considérer comme composés de sulfure d'argent, et de sulfure d'arsenic et d'antimoine. Nous avons dit que M. Breithaupt avait considéré la rittingérite comme identique avec le xantbocone ; mais MM. Zippe et Kenngott ont contesté cette assimilation.
27« Espèce. Feuerblendb (Breithaupt).
M. Breithaupt a donné ce nom à un minéral qu'on trouve dans la mine Kurprinz, près de Freiberg, et aussi à Ândreasberg au Harz, et qui, par sa forme cristalline, ses groupements, son * tissu lamelleux dans un sens, et l'éclat nacré qui se montre sur les plans de clivage, rappelle tout-à-fait les habitudes des cristaux de stiibite et de heuiandite. Ses cristaux sont en tables rhomboïdales, assez minces, transparents, d'un rouge hyacinthe ou rouge de feu; leur éclat est perlé ou adamantin; ils sont trèstendres, flexibles et faciles à couper ; leur dureté = 2, comme celle du gypse; leur densité =4>^* ^1^ ^^ comportent au chalumeau comme la pyrargyrite. La détermination de leur forme cristalline, et celle de leur composition chimique, laissent encore beaucoup à désirer. Selon MM. Brooke et Miller, leur forme fondamentale serait un prisme klinorhombique dont lç3 pfW8
47^ SULFURES BfULTlPLES
feraient entre eux un angle de iSg^ia'. D'après les essais de MM. Zincken et Plattner^ ils seraient coinposés de soufre, d'antimoine et d'argent, et contiendraient 62,3 pour cent de ce dernier métal; comme le xanthocone. La Feuerbleude aurait donc une certaine analogie avec ce minéral; et, comme le fait remarquer M. Naumann, elle serait peut-être au xanthocoue ce que la pyrargyrite est à la proustite.