‹ Nouveau cours de minéralogie, comprenant la description de toutes les espèces minérales avec leur applications directes aux artsChapitre 1 sur 69 · RUE HAUTEFEUILLE · texte numérisé non relu

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5 i.* Division de t Histoire naturelle.

V Histoire naturelle proprement dite est la science qui a pour objet la distinction et la connaissance approfondie de tous les êtres, que l'on observe tant à la surface que dans l'intérieur du globe terrestre; elle parvient à les décrire exactement et à les classer selon leurs rapports naturels , en tenant compte de tous leurs caractères, c'est-à-dire de toutes les propriétés communes ou particulières qui constituent leurs analogies ou leurs différences.

Le partage de tous les êtres qui composent la nature en trois grandes divisions appelées règnes , remonte aux temps les plus reculés. Le règne minéral comprend tous les êtres qui sont dépourvus de vie ; le règne végétal, tous les êtres vivants qui sont dépourvus de sensibilité et de mouvement volontaire; et te règne animal, tous les êtres vivants qui sentent et se meuvent à leur gré. L'histoire naturelle se subdivise en autant de branches correspondantes, qui sont : la Minéralogie, la Botanique et la Zoologie.

La plupart des naturalistes modernes ne font que deux grandes classes de tous les êtres naturels, savoir : le règne organique et le règne inorganique. Les animaux et végétaux ont cela de commun, qtfîb résultent de l'assemblage d'un certain nombre Cours de Minéralogie. Tome I. i

a NOTIONS PRÉLIMINAIRE».

de parties appelées organes, qui sont les instruments de la vie : on peut donc les désigner en commun par le nom tfétres vivants, ou de corps organiques. Les minéraux étant privés de vie, sont par cela même dépourvus d'organes : ce sont des êtres bruts, ou des corps inorganiques.

§ 2. Caractères qui distinguent les êtres vivants des corps

bruts.

Les principaux caractères qui distinguent les êtres vivants, sont d'avoir une/arma déterminée, qui est généralement la même pour tous les individus de chaque espèce, du moins, lorsque ces individus ont atteint leur développement complet ; de présenter à l'intérieur une structure essentiellement hétérogène, puisqu'elle résulte de la combinaison de divers organes ou éléments organiques, le plus souvent distincts à l'œil nu, et mécaniquement séparables; de ^accroître par intussusception, c'est-à-dire par le développement de toutes leurs parties à la fois, en recevant dans leurs masses de nouvelles molécules, qui vont s'interposer entre les anciennes en les écartant; enfin de passer successivement par toutes les phases principales du grand phénomène de la vie, qui sont : la naissance, la croissance, la reproduction et la mort.

Rien de semblable n'existe chez les êtres bruts; ils n'ont point de forme essentiellement déterminée : leur forme peut varier à l'infini, par suite de la manière dont se (ait l'accroissement de leur masse, et de l'indépendance des parties qui la constituent.Toutes les fois que, dans la même masse, il n'y a point un mélange accidentel d'espèces différentes, ils ont une structure homogène ou mécaniquement simple, en sorte que les plus petites parties, prises séparément, représentent exactement l'ensemble dont elles possèdent toutes les propriétés. Us diffèrent encore sous le rapport de leur origine et de leurs modes d'existence , d'accroissement et de destruction. Tandis que le corps organisé naît toujours d'un autre corps, semblable à lui, et qui l'a précédé; le corps inorganique n'est point engendré par des êtres analogues et préexistants, il est formé de toutes pièces et par des éléments hétérogènes; et pour que cette formation ait lieu, il suffit qu'une circonstance fortuite mette en présence les atomes qui composent ses molécules , et que leur attraction seule détermine à se réunir. Tandis que le corps organisé ne peut se maintenir et

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s'accroître que par<nutrition , c'est-à-dire par le transport et le dépôt de nouvelles molécules dans toutes les parties de la masse, de sorte que sa composition varie et se renouvelle sans cesse ; le corps inorganisé s'accroît à l'extérieur seulement, par simple juxt a-position de molécules nouvelles contre la masse déjà formée, qui n'éprouve plus de changement en elle-même. Enfin, tandis que les corps organisés ont une croissance et une durée limitées, il n'y a point de limite nécessaire à l'accroissement et à la durée des corps inorganiques : ne renfermant en eux aucune cause réelle de destruction, ils peuvent continuer d'exister, tant que persistent les circonstances qui ont permis leur formation, et tant qu'aucune force étrangère à leur nature ne vient désunir ou décomposer leurs molécules.

Ajoutons encore, comme caractères distinctifs entre les deux classes d'êtres, que les corps organisés sont composés chimiquement d'un très-petit nombre d'éléments, dont les plus généraux sont : l'oxygène, l'hydrogène, le carbone et l'azote , et que les combinaisons de ces éléments ont peu de stabilité; tandis que la composition chimique des corps bruts est très- variée; qu'ils sont, pour la plupart, des combinaisons des soixante éléments dont les chimistes modernes admettent l'existence, et que ces combinaisons sont généralement remarquables par leur fixité ou leur résistance à la décomposition.

§ 3. Distinctions à établir entre les corps inorganiques.

On peut établir des distinctions entre les corps inorganiques eux-mêmes, si l'on vient à les considérer sous le rapport des circonstances de leur formation. En effet, il en est qui ne se produisent que dans l'intérieur des corps vivants, et sous l'influence immédiate de la vie, comme les sucres, les gommes, les résines, etc. D'autres, au contraire, se forment toujours au sein de la nature inerte, sans aucune participation des forces vitales, comme les sels, les pierres, les métaux, et, dans cette vaste catégorie, on peut encore distinguer ceux qui se produisent avec ou sans le concours de l'industrie humaine. Enfin, il en est dont l'origine est mixte en quelque sorte, en ce qu'ils proviennent de matières organiques qui ont été longtemps enfouies dans le sol, et y ont changé de nature par suite des décompositions qu'elles y ont subies: tels sont, parmi les combustibles charbonneux, le lignite et la houille.

4 flottons prIlimikàires.

L'étude de tous les éorps inorganiques compris dans la première division, et de ceux de la seconde qui sont formés artifi- SieUement dans les usines et les laboratoires de chimie, est orlinairement renvoyée à cette dernière science; les seuls corps bruts, que Ton considère comme étant du domaine de l'histoire Naturelle proprement dite, sont ceux que la nature produit d'elle-même sans l'intervention de Fhomme ni d'aucun autre être vivant (i), ceux que nous extrayons ordinairement du sein de la terre par le moyen des fouilles que nous y pratiquons, et qu'à cause de cela l'on désigne sous le nom de minéraux (2).

$ 4- Objet de la Minéralogie .

La Minéralogie est la science qui a pour objet l'étude des minéraux, c'est-à-dire des corps inorganiques qui ont été formés naturellement, et qui existent dans la composition de la masse de la terre et de ses dépendances immédiates. Elle se partage en plusieurs branches , d'après les différents points de vue sous lesquels leé minéraux peuvent être considérés : i° la minéralogie physique^ ou l'étude des caractères, et l'on pourrait presque dire la physiologie des minéraux; car cette partie de la science correspond parfaitement à ce que l'on nomme dans les règnes organiques, l'anatomie et la physiologie comparées (3). Elle étudie

(1) L'habitude où l'on est, de limiter ainsi le champ de la science qui nous occupe, vient de ce qu'on a voulu conserver à la minéralogie le caractère d'une science purement descriptive, se rapportant exclusivement, comme la botanique, à ce qui existe dans la nature. Hais les composés formés avec notre participation dans les laboratoires et les usines, qu'on appelle asses improprement des produits artificiels, n'eu sont pas moins des œuvres de la nature; car, dans l'acte de leur formation, c'est bien elle qui agit encore et toujours d'après les mêmes lois, notre rôle se bornant à lui servir de simple préparateur ou d'aide intelligent. Ainsi donc, la séparation que l'on établit entre les productions Immédiates de la nature et les produits analogues de nos laboratoires, est fort peu rationnelle, et elle a des inconvénients graves, dont s'aperçoivent aisément les minéralogistes dassiflcateurs. Maintenant surtout que la minéralogie tend à se rapprocher de plus en plus de la chimie minérale, on sent mieux l'avantage qu'il y aurait à ne pas rompre ainsi les affinités naturelles de corps de formation semblable, et qui demandent à être étudiés comparativement et classés d'après les mêmes principes. En les comprenant tous dans le même tableau, on' comblerait bien des lacunes que présentent nos méthodes actuelles, et par là on rendrait cellesci moins imparfaites. %

(2) On leur donnait anciennement, et on leur donne encore dans quelques langues étrangères, le nom de fossiles, dont le sens étymologique est exactement le même.

(3) Plusieurs minéralogistes allemands, M. Naumann entre autres, la dési-

VOTIONS PB^UfflNAIBES. 5

en effet les différents caractères des* minéraux, les variations qu'ils peuvent subir d'une espèce g une autre, et les corrélations qui existent entre eux dans le même corps. a° La minéralogie systématique, on les principes de la classification des minéraux dans un ordre méthodique, propre à faire ressortir leurs analogies et leurs différences. 3° La minéralogie descriptive ou historique, comprenant l'histoire de chacune des espèces de minéraux connus, et la description détaillée dçs diverses variétés dont elle se compose. 4° La minéralogie géognostique, qui s'occupe des rapports que les minéraux ont entre eux dans le sein de la terre, de leurs associations naturelles, de la forme et de la position des masses qu'ils constituent, des circonstances et de? époques relatives de leur formation. 5° La minéralogie technologique f ou cette partie de la science qui est relative aux applications qu'on peut faire des minéraux à nos usages, nos besoins et même nos plaisirs, par conséquent à ce qu'on appelle généralement les arts utiles et les arts d'agrément.

S 5. Définition des minéraux. — De {Espèce et de C Individu en minéralogie.

De tout ce que nous avons dit précédemment, et surtout des notions générales que nous pouvons emprunter aux sciences physiques, il résulte que le minéral, lorsqu'il est réduit à l'état de pureté, doit être considéré comme une masse formée par l'aggrégation de molécules physiques, identiques entre elles sous tous les rapports, et par conséquent par leur forme, leur structure et leur nature chimique. Par molécule physique , nous entendons ici le dernier degré de division opérée dans un corps ypr la chaleur seule. Cette première vue, si claire et si simple en elle-même , va nous permettre de nous faire , par anticipation, une idée très-juste du caractère propre de la minéralogie, de ce qui la distingue des autres parties de l'histoire naturelle, £t de ce qu'on doit entendre dans cette science par les mots d'individus, d'espèces et de variétés.

Les molécules d'un minéral, éléments invisibles de sa masse, sont adhérentes entre elles, sans pour cela être en contact im-

gnent en effet sous ce nom de Physiologie. On pourrait aussi l'appeler la Cris* topographie comparée, car on verra que la recherche des lois qui régissent las différents caractères porte principalement sur les minéraux considérés à l'état cristallin.

médiat ; elles sont maintenues dans une dépendance mutuelle, et retenues à distance les unes des autres par les forces d'attraction qu'elles exercent les unes sur les autres, et les forces répulsives que développe en elles le principe de la chaleur. Les molécules physiques du minéral sont donc dans une sorte d'équilibre plus ou moins stable, qui dépend entièrement des circonstances dans lesquelles le corps est placé, puisqu'en changeant sa température, on voit souvent sa masse passer par des états divers de consistance, tels que l'état solide, l'état liquide, et l'eut gazeux ou aériforme.

Un minéral n'étant qu'un aggrégat de molécules semblables, simplement apposées les unes aux autres , on peut partager sa masse en portions de plus en plus petites, lesquelles sont toujours de même nature que la masse primitive; mais quelque loin que l'on pousse cette division, on ne peut jamais obtenir,que des masses de moindre volume , et non des molécules isolées, auxquelles nous ne saurions atteindre à cause de leur excessive petitesse. Diviser mécaniquement un corps, ce n'est pas faire plusieurs parties distinctes d'un tout, qui aurait été d'abord réellement simple et continu; ce n'est qu'augmenter la séparation d'une certaine quantité de ses molécules qui se trouvaient déjà hors de contact , jusqu'au point de rompre complètement leur adhérence, laquelle ne peut exister ni se maintenir qu'autant qu'elles sont à de très-petites distances les unes' des autres.

De ce que le minéral est un pur assemblage de. molécules , dont le mode d'aggrégation peut varier à l'infini, il suit que des corps de même nature (ou qui sont composés de molécules semblables) pourront offrir de grandes différences dans leurs caractères extérieurs , suivant que leurs molécules seront plus nu . moins rapprochées et disposées d'une manière régulière ou confuse. Cette variation dans les caractères extérieurs d'une même substance est telle, qu'il y a quelquefois plus de diversité d'aspect entre deux minéraux de même espèce (ou formés des mêmes molécules)' qu'entre deux minéraux d'espèce différente et dont les molécules n'ont rien de commun entre elles. De là , la nécessité de distinguer soigneusement, parmi les caractères d'un minéral , ceux qui n'expriment qu'une simple différence dans l'arrangement des particules , d'avec ceux qui en représentent une dans la nature même de ces molécules : ces derniers sont évidemment d'une plus grande importance que les autres. Or, ce qui distingue plus particulièrement la minéralogie des autres

branches de l'histoire naturelle, c'est que, dans les corps organisés, les caractères de première valeur se tirent de propriétés extérieures, toujours apparentes et par conséquent faciles à saisir, tandis que dans les minéraux les propriétés les plus essentielles pour la distinction des espèces sont en même temps les plus cachées et les plus difficiles à dévoiler.

Ce que Ton étudie de préférence dans un animal ou dans une plante, c'est l'organisation de l'être, c'est-à-dire la forme, la structure et la position de ses organes , qui presque toujours tombent sous les sens , et non pas la nature chimique de ses molécules. Dans les minéraux, au contraire, ce sont les caractères qui expriment la différence de nature des molécules, que l'on doit mettre en première ligne : ceux qui tiennent à l'aspect extérieur, à la forme et à la structure de la masse, n'ont qu'une importance secondaire, et ce sont cependant les seuls dont l'observation puisse être immédiate. C'est là ce qui rend si difficiles en minéralogie la distinction et la classification des espèces, bien qu'elles soient peu nombreuses, tandis que dans les règnes organiques, où le nombre des espèces est incomparablement plus considérable, on parvient bien plus aisément à les reconnaître et à les ranger dans un ordre méthodique.

Nous avons dit qu'un minéral consistait dans une agglomération de molécules semblables : cette proportion est vraie en général, mais elle ne Test pas d'une manière absolue,* car il est des masses qui sont complexes sous les rapports physique et mécanique, c'est-à-dire qui sont un mélange de parties, visibles ou invisibles, de nature différente. Nous reviendrons bientôt sur ce cas particulier; mais pour l'instant nous en ferons abstraction , et raisonnerons comme si toutes les masses minérales existantes sur le globe terrestre, étaient parfaitement pures et simples quant à leurs éléments moléculaires. En nous plaçant à ce point de vue, il nous sera facile de découvrir le véritable fondement de Yespèce et de la variété en minéralogie.

Prenons en effet deux masses minérales quelconques, A et B, que nous supposerons homogènes et pures, et comparons-les sous le rapport de leur composition moléculaire ; il arrivera de deux choses l'une : ou les deux4 masses seront formées d'une même sorte de molécules a, a, a... ou bien elles seront formées de molécule de nature différente, la masse A de molécules a, a, a..., la masse B de molécules b, 6, 6... Dans le premier cas, il pourra y avoir dans les deux masses des différences extérieures,

9 votiob* ntuuntAiiut.

tenant uniquement au mode d'aggrégation des molécules; iqafe quelle que soit la diversité d'aspect des deux masses, il est impossible que nous ne jugions paseette différence comme bien moins importante que celle qui résulterait, le second cas échéant» -de la non-identité des molécules, c'est-à-dire des véritables éléments physiques de la masse, dans les deux corps A et B. Par cette remarque, nous sommes naturellement amenés à dire que deux minéraux sont de même nature, de même composition chimique et moléculaire, en un mot, de même espèce, lorsqu'ils sont composés de molécules similaires, quelle que puisse être d'ailleurs la différence des aspects sous lesquels Us s'offrent à nos yeux; et que deux minéraux sont d'espèces différentes, lorsque les molécules qui forment l'un diffèrent de celles qui composent l'autre. Le caractère essentiel de l'espèce minérale réside donc dans la molécule physique , qui ast , comme nous l'avons déjà dît, le véritable élément du corps. Il est fâcheux, sans doute, que des éléments d'une aussi grande importance, et sur lesquels nous serons obligés d'arrêter sans cesse notre pensée, échappent complètement à nos sens par leur infinie petitesse , et que nous jbus puissions les apercevoir que par les yeux de l'esprit ^ mais on verra bientôt que la science nous fournira les moyens, nonseulement de nous convaincre de leur existence réelle, mais •encore de reconnaître à des caractères certains, s'il y a, entre deux corps que l'on compare, identité ou diversité de molécules. Or, c'est tout ce qu'il importe de savoir pour la distinction et la délimitation rigoureuse des espèces.

Il existera donc autant d'espèces minérales différentes qu'il y aura de corps composés de molécules diverses. Nous examinerons et dirons bientôt en quoi consiste cette diversité de moMeulss; mais auparavant établissons ae que l'on doit entendre ,par variétés dans une espèce»

L'espèce minérale, d'après «e qui précède, peut être définie : la collection de tous les minéraux, qui sont composés de molécules de môme nature,, quel que soit lour mode d'aggrégation, c'est-à-dire, la réunion de tous les coçps, dans chacun desquels toutes les molécules sont identiques entre elles et avec celles des autres corps. Cette définition laissant dans une indétermination complète le mode de réunion des molécules dans la masse, on conçoit dès-lors qu'il puisse y avoir, santcbangement •d'espèce, un écartement ou un rapprochement plus ou moins considérable des molécules, des modes d'aggrégation plus ou

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moins régulier», plus ou moins confus, d'où résultant des variations notables dans las caractères extérieurs, des modifie** lions accidentelles de forme , de structure et d'aspect : telle eft l'origine des variétés en minéralogie. Tous les minéraux de la même espèce , qui diffèrent assez dans l'arrangement de leurs molécules, pour qu'il s'ensuive une différence sensible dans les caractères extérieurs, constituent autant de variétés particulières dans cette espèce; tous ceux qui appartiennent à une même variété, et qui ne sont que la copie , la répétition les uns des autrès, sont considérés comme des individus semblables de cette rariété, et par conséquent aussi delà même espèce.

Aùm, le calcaire est une espèce , dont les molécules sont das groupes d'atomes , de forme et de composition chimique bien déterminées, et qui comprend uu grand nombre de variétés de lormes, de structures et d'aspects : le calcaire rhomboédrique;le jsalçqire prismatique; le calcaire transparent et incolore (dit spath • d'Islande); le calcaire saccharoïde (ou marbre statuaire); le calcaire compacte fin (marbres coma&uns, pierres lithographiques); les calcaires grossiers (pierres à chaux, pierres à bâtir); la craiey qui est un calcaire blanc et friable, etc. Tous ces minéraux, «d'aspects si différents, sont des variétés d'une même espèce mi* nérale, parce qu'ils sont formés par une aggrégation de molécules semblable?; de même, le quart est une seconde espèce minérale, qui comprend, au nombre de ses variétés, une foule .de corps bien connus et d'aspects très-divers : le cristal de roche, fui est limpide et incolore comme le verre ; Yaméthyste, qui est .une pierre vitreuse, d£ couleur violette; les agates, pierres translucides et potiss&bles, qu'on emploie dans la bijouterie; las sitex, ou pierres à fusil; les sables et grés communs; les jasfMt etc.

Ces deux exemples suffisent déjà pour montrer jusqu'où peut aller ia variation dans les caractères extérieurs d'une même substance minérale; elle est telle, avons-nous dit, qu'il y a quelquelois plus de diversité, sous le rapport du faciès, entre deux minéraux de même espèce, qu'entre deux autres minéraux dfcf- ,pèoes Aifëreptes, dont les molécules peuvent n'avoir rien de Aovunun outre elles. Nous citerons comme exemples de corps, qui offrent une ressemblance apparente, quoique étant de nature et d'espèce différentes, le calcaire et le gypse blanc fibreux; les marbres et les jaspes de mêmes nuances; le sulfate de baiffte et le carbonate de plomb bacillaires ; le calcaire -et la Juur-

10 mm NOTIONS PRÉLIMINAIRES.

sténite sacdnaroïdes , etc. Ces corps ont une telle ressemblance extérieure , que l'œil ne peut s'empêcher de les confondre , et qu'il faut nécessairement recourir à quelque épreuve physique ou chimique, si Ton veut éviter une méprise.

S 6. Preuves de ? existence des Espèces dans le règne minéral.

Revenons un moment encore sur la définition de l'espèce minérale. Des naturalistes philosophes, qui se sont plu à comparer les principes et la marche des différentes parties de l'histoire naturelle, ont prétendu qu'il n'existait en minéralogie ni espèces, ni individus; et cela, parce que s'étant trop préoccupés de Tidée qu'on se forme ordinairement des espèces organiques, ils n'ont pas séparé dans leur esprit le fait de l'existence de ces espèces considérées en elles-mêmes, et indépendamment des causes qui les produisent, de celui de leur propagation par voie de génération successive. Bien que dans la nature ces deux faits paraissent toujours concomitants, il n'y a point entre eux un rapport tellement nécessaire , que le premier ne puisse être conçu sans l'autre. Dans les règnes organiques, Tes individus d'une même espèce naissent les uns des autres; c'est un fait qui parait constant; mais ce mode de propagation des individus ne constitue point la véritable essence des espèces, elle consiste unique- . ment dans un type d'organisation défini, bien arrêté, susceptible d'une détermination rigoureuse, et se répétant exactement le même dans un grand nombre d'individus. Un type déterminé, que plusieurs corps répètent exactement, qui est reproduit sans altération dans ses caractères essentiels, soit seulement dans l'espace, soit dans le temps et dans l'espace tout à la fois , voilà ce qui constitue réellement une espèce : peu importe la manière dont s'est opérée ou peut s'opérer encore cette multiplication des individus. Que l'on fasse pour un moment abstraction du phénomène de la génération, en supposant permanente la création actuelle, les espèces n'en seront pas moins bien limitées que dans l'état réel des choses ; elles se distingueront toujours facilement les unes des autres par les caractères qui leur sont inhérents, par les différences qui ressortent de leur organisation ; et ne voyons-nous pas fréquemment les zoologistes reconnaître de nouvelles espèces parmi les corps organisés fossiles, pour lesquels

le phénomène de la vie, et par conséquent aussi le fait de la génération, n'existe plus (i).

En minéralogie, il y a des espèces, par la seule raison que les molécules intégrantes des minéraux ont des types de composition aussi bien déterminés que les types des différentes espèces organiques. Ainsi, la molécule du spath d'Islande est un assemblage défini d'atomes élémentaires* groupés dans un certain ordre et sous une certaine forme, la forme rhomboédrique, je suppose ; d'où l'on voit que le type moléculaire dépend de plusieurs conditions que nous pouvons assigner : la nature, le nombre et l'arrangement des atomes composants. Dans le règne minéral, il n'y a point de génération, et par conséquent on ne peut là rattacher l'idée de l'espèce à un phénomène de ce genre, comme on le fait en botanique ou en zoologie. Mais, dans aucun cas, cette liaison n'est d'une nécessité absolue. Nous l'avons dit, et nous croyons devoir le répéter : partout, en histoire naturelle, ce sont l'existence et la fixité de types rigoureusement déterminables, qui constituent l'essence des espèces, et c'est la répétition exacte du même type dans plusieurs corps, ayant chacun une existence à part, qui fait les individus.

Au surplus, s'il n'y a point de génération proprement dite en minéralogie, il y a un autre fait qui en tient lieu ou qui en est comme l'équivalent : c'est celui de la reproduction constante, dans tous les lieux et dans tous les temps, de corps absolument semblables, par les mêmes éléments agissant les uns sur les au* très dans des circonstances pareUfes.. Que les chimistes de Paris, de Berlin ou de Stockholm, mettent en présence des atomes de mêmes sortes, en réglant de la même manière leurs proportions relatives, ainsi que toutes les conditions de l'expérience, et nous sommes parfaitement sûrs qu'ils obtiendront tous exactement les mêmes produits. Ainsi, dans chaque formation de corps inorganique, il y a comme une sorte d'organisation fixe, ou au moins de composition et de structure moléculaire, qui est de nature à se reproduire invariablement; et c'est cette identité de reproduction qui établit la réalité et la perpétuité des espèces dans le règne minéral (a).

(1) Il est si vrai que ce n'est pas la génération successive des individus qui constitue l'espèce organique, que celle-ci cesserait d'exister évidemment, si des modifications' continues et progressives avaient lieu dans les individus qui naissent les uns des autres.

(2) Il importe de remarquer ici que la fixité des molécules, et par consé-

1? COTIONS P»ÉI4MrNÀlE*S.

$ 7. Preuves de F existence de véritables individus.

Il est facile de démontrer qu'il existe aussi en minéralogie de véritables individus. On a nié leur existence, parce que prenant le mot individu dans son sens propre , et s'en tenant aux apparenées, on ne pouvait reconnaître le caractère de l'individualité dans les masses minérales , qui sont susceptibles d'être divisées sans éprouver de changement dans leur nature. Mais ce caractère rigoureux existe dans chacun des éléments de la masse en particulier, c'est-à-dire dans la molécule, qui a le privilège de ne pouvoir plus être divisée, sans subir une véritable décomposition ou sans être détruite. Ainsi, en minéralogie, il y a des individus proprement dits, ce sont les molécules; mais ce qui est le propre du règne inorganique, ces individus ne se présentent jamais isolés $ et il nous est impossible d'en obtenir un séparément par la division mécanique , parce que nous sommes forcés d'interrompre cette opération bien avant le terme où elle aurait atteint sa limite naturelle. L'individu minéralogique se dérobe à nos sens , mais il a une existence tout aussi réelle que l'individu organique. L'essence dé chacun consiste dans une aorte de type , de structure, ou d'organisation déterminée; la •seule différence qu'il y ait entre ces deux espèces d'individus, c'est que, dans l'individu minéral, l'organisation se trouve dans un état statique ou de repos absolu, tandis que, chez l'individu organique, l'organisation est dans une sorte d'équilibre mobile, dans un état continuel de mouvement ou de vie, qui est une des conditions de sa permanence. <

Les molécules, comme on vient de le voir, sont les individus proprement dits du règne minéral ; mais ce sont les individus de la science théorique. Dans la pratique , on est dans l'usage de transporter ce nom aux masses minérales elles-mêmes , qui ne sont que des multiples de l'individu véritable, à l'exemple de ce

quent aussi celle dfts espèces, ne doivent point s'étendre d'une manière absolue : il faut que les circonstances dans lesquelles leur formation a eu lieu restent sensiblement les mômes, pour qu'elles n'éprouvent point de variation. Un changement notable dans la température, la pression, ou les autres conditions physiques qui influont sur l'état des corps, peuvent amener la destruction subite ou la modification graduelle des molécules, et par conséquent produire le passage, soit brusque, soit insensible, d'une espèce à une autre. Dans le règne minéral surtout, la fixité des espèces est purement relative : elle est subordonnée à l'ia- *ariabu\té des milieux qui les entourent.

itofidiré taÉLfMtttAnifis. i3

qui Se fait en botanique , et même dans quelques parties de M zoologie: Les masses minéràleè , en tant qu'elles sont formées par le groupement d'individus moléculaires semblables, sont des espèce* d'i^fcridualités composées, que l'on peut comparer à ces aggrégatiomVd'ânimaux, si communes dans les classes inférieures, ou bien encore à ces plantes, aux tiges ramifiées, qui offrent différents degrés de végétation, et, par conséquent, âtt- Ùtnt de générations successives sur là même souche. Or, te botaniste n'hésite pas à dénommer et i décrire chaque pied (Tune plante phanérogame, comme un des individus de l'espèce, attendu qu'il en est la représentation la plus éômpiète. Ainsi ftit le minéralogiste, de chacune des masses soumises à son observation, et dans laquelle il voit un individu, lorsqu'elle est pure, c'eôt-à-dire, lorsqu'elle n'est qu'une même molécule répétée un grand nombre de fois.

§ 8. Diverses classes de variétés.

Nous venons de prouver qu'il existe en minéralogie de véritables individus et de véritables espèces; nous avons vu que là définition de l'espèce minérale comporté l'existence d'individus d'aspects divers ou de variétés. Examinons maintenant s'il n'y aurait pas une distinction importante à faire patmi les v&rîtéfés d'une même espèce.

Si le nombre des espèces réellement distinctes , qui composent le règne minéral , est fort petit, en comparaison de celui des espèces Végétales ou animales, en revanche les variétés de chaque espèce sont beaucoup plus nombreuses en minéralogie, et leur distinction a plus d'importance que celle des variétés dans les règnes organiques , parce que celles-ci ne sont en général que des modifications fort légères d'un type primitif, toujours reconnaissable , tandis que les premières expriment defc différences plus considérables, qui vont quelquefois, comme nous l'avons déjà dit, jusqu'à changer totalement les qualités extérieures du corps. Aussi l'espèce minérale peut-elle se subdiviser en variétés de différents ordres , selon le degré de leur importance relative.

Or, puisque les variétés tiennent en général aux différente modes d'aggrégàfion dés molécules, on doit distinguer d'abord deux cas principaux : celui où l'arrangement dés molécules est régulier, et celui où il est ftrégtffier. De là deux classes dô va-

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rtétés : les variétés à structure régulière, ou variétés cristallines, et les variétés à structure irrégulière, ou variétés amorphes. La cristallisation, cette propriétés! remarquable des corps inorganiques, que nous étudierons bientôt avec toute l'attorion qu'elle mérite , est généralement reconnaissable à un^aouble caractère : une structure régulière à l'intérieur de la masse , et une forme extérieure pareillement régulière; mais de ces deux caractères le premier est le fondamental ; car le second peut manquer, et, quand il existe, c'est toujours conjointement avec le premier, auquel il est subordonné. Un arrangement régulier des molécules d'un corps est donc ce qui constitue essentiellement Yétat cristallin. Or, cet état est, à proprement parler, l'état de perfection des substances inorganiques, celui où elles jouissent de toutes leurs propriétés» et où ces propriétés se montrent le mieux en rapport les unes avec les autres. 11 est en même temps le meilleur indice de l'existence d'un type moléculaire invariable, d'une composition chimique définie , et par conséquent de la réalité des espèces. Aussi la spécification porte-t-elle principalement sur les variétés cristallines, ce qui assigne à cette classe de variétés le premier rang et le plus haut degré d'importance. Ce sont, en effet, les seules qui soient immédiatement et complètement dé ter minables par elles-mêmes, c'est-à-dire, dans lesquelles on puisse reconnaître tous les caractères de l'espèce avec certitude et sans l'intervention d'une ou de plusieurs autres variétés. Celles de la seconde classe ne peuvent être rattachées à une espèce connue qu'avec plus ou moins de probabilité, à l'aide de quelque épreuve chimique fort simple, ou bien elles ne peuvent être déterminées que d'une manière médiate, au moyen des passages insensibles qui s'observent dans la nature, et s'établissent par une série d'intermédiaires, entre la variété que Ton veut connaître et une autre variété déjà connue ou susceptible d'une détermination immédiate.

§ 9. Distinction de plusieurs sortes de masses minérales.

On peut encore distinguer les variétés d'une espèce minérale, eu égard à leur composition moléculaire, en variétés pures ou simples, et en variétés impures ou mélangées. Il existe dans la nature beaucoup de masses minérales, qui sont simples quant à leurs éléments moléculaires, c'est-à-dire, qui sont dans toute leur étendue formées de molécules de même sorte : c'est à ces

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masses seulement que la définition de l'espèce minérale s'applique immédiatement et sans difficulté. Mais on rencontre aussi fréquemment dans la nature d'autres masses, qui sont homogènes ou simples en apparence , quoiqu'elles résultent du mélange intime de molécules diverses, appartenant à des espèces différentes. Le plus souvent, parmi ces sortes de molécules, il en est une qui prédomine dans la masse, de manière à en constituer la plus grande partie; et les autres molécules n'étant point en assez grande quantité pour masquer ou altérer notablement les caractères que cette masse emprunte aux molécules prédominantes, on cçnsidère ces molécules additionnelles comme étrangères à la masse, dont l'espèce est alors déterminée seulement par les premières molécules. La présence des autres est regardée comme accidentelle, et ne sert qu'à établir une variété de plus dans l'espèce. On voit par là que les masses qui ne sont simples qu'en apparence, peuvent, tout aussi bien que celles qui le sont en réalité, être rangées dans les divisions de la méthode minéralogique (i). On aura, seulement à distinguer, parmi les individus qui composent chaque espèce, «ceux qui sont réellement simples (minéraux purs) d'avec ceux qui sont mélangés d'une manière invisible (minéraux mélangés), et dont chacun est censé avoir pour fond une substance principale , accidentellement mêlée ou souillée de molécules étrangères.

Parmi les masses minérales, qui sont simples ou homogènes en apparence, il en est qui ne peuvent être rapportées avec certitude à aucune espèce minérale connue, et dont la formation est due, en tout ou en partie, à une réunion mécanique de particules dont on ne peut démêler la nature. Telles sont celles que l'on désigne par les noms d'argile, de schiste, de trapp, etc. On donne à ces masses minéralogiquement indéterminables, le nom d'adétogènes, pour les distinguer de celles dont les éléments sont appréciables, et qu'on appelle par cette raison phanérogènes. Enfin, il est des masses minérales qui sont visiblement hétérogènes, ou dans lesquelles l'œil distingue et reconnaît sans peine plu-

(1) Ce moyen que nous indiquons ici, pour faire rentrer la plupart des variétés mélangées dans les cadres tracés pour les minéraux purs, suppose qu'il y ait une des sortes de molécules qui prédomine notablement dans la masse, ce qui est généralement vrai. Il pourrait se faire cependant que, dans quelques cas, deux espèces de molécules se trouvassent mêlées en quantités numériques égales, ce qui rendrait impossible l'emploi de ce moyen. On verra plus loin, à l'article des Classifications minéralogiques, comment on parvient à se tirer de cette difficulté.

|6 XÙtiôHi tÀÉtlMÛtAftKS.

sieurs parties composantes, plusieurs masses simples d'espèces différentes, agrégées et entremêlées : ce sont les minéraux corn* posés étt les agrégats (tels qne le granke> le gneiss, la syértùe, le porphyre, etc.).

il existé dans la nature un grand nombre de masses adélôgènes, comme aussi de masses phanérogènes, ou d'agrégats qui résultent de l'association de minéraux connus, réunis deux à deuir, trois à trois, etc. ; mais, parmi ces masses, l'histoire nafuttrrelle ne tient compte dans ses classifications, que de celles qui se présentent isatis interruption sur de grandes étendues, à la sutface ou dané l'intérieur de la terre, et qui, par cette raison, peu* vent être considérées comme des éléments notables de la structure du globe. Lés masses qui offrent ce caractère géologique, «ont étudiées d'une manière toute particulière, et décrites avec soin sous la dénomination générale de Roches. Dans l'examen que nous allons foire des principales propriétés des minéraux, il tfe sera question d'abord que des minéraux réellement simples, de ceux qui constituent les espèces minérales proprement dites.

$10. De ta composition moléculaire des espèces minérales, — Existence possible de deux ordres différents de molécules dans te même corps.

À présent que nous avons reconnu l'existence de véritables espèces en minéralogie, et que nous savons que la différence des espèces est due à la diversité des molécules physiques , recherchons en quoi ces molécules peuvent différer les Unes des autres; car c'est là seulement que nous pourrons trouver la source de caractères vraiment spécifiques. Les différences moléculaires proviennent en général, d'une part, de ce que les molécules physiques sont souvent elles-mêmes des groupes ou systèmes déterminés d'une autre sorte de molécules qu'on appelle molécules chimiques, et, d'une autre part, de ce que ces mêlé* cules de second ordre offrent encore ultérieurement une composition atomique très-variée, comme le prouvent les résultats des analyses chimiques.

En soumettant aux divers agents de la chimie tous les minéraux, on reconnaît que la plupart d'entre eux peuvent être décomposés en plusieurs espèces de matières, douées chacune de propriétés différentes, et sur lesquelles l'action chimique de décomposition n'a plus de prise; il en existe, au contraire, un

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petit nombre que Ton n'a pu décomposer par aucun moyen, et que l'on regarde comme des substances simples ou élémentaires, tout aussi bien que celles que Ton extrait des minéraux décomposantes. On donne le nom d'atomes aux plus petites parties matérielles r dans lesquelles les minéraux peuvent être divisés par les actions chimiques, et l'on admet autant d'espèces d'atomes élémentaires, qu'il y a de substances réputées simples. Les atomes simples d'espèces différentes, en vertu de leur affinité les uns pour les autres, se groupent en diverses proportions et de diverses manières, pour composer cette première sorte de mole- , cules, que les chimistes nomment atomes composés , ou molécules chimiques, et qui, malgré leur état plus complexe, échappent à nos sens par leur petitesse extrême aussi bien que les atomes simples.

Le groupement moléculaire peut s'arrêter aux molécules chimiques dont nous venons de parler, et alors la molécule chimique et la molécule physique sont une seule et même chose. Mais il peut y avoir une sorte de surgroupement, par suite duquel plusieurs molécules chimiques semblables se réunissent ensemble pour constituer cette seconde sorte de molécule, qu'on appelle molécule physique, et qui, dans ce cas, est bien distincte de la molécule chimique, puisqu'elle en est un multiple. Cela tient à ce que le principe de la chaleur, auquel on attribue la séparation des molécules physiques, ne divise pas toujours les corps autant que peut le faire l'action chimique. Il en est de la molécule physique comme de la molécule chimique: elle échappe encore à nos sens et ne peut se voir qu'avec les yeux de l'esprit, c'est-à-dire à l'aide des idées théoriques qui en établissent la réalité.

Cette distinction de deux sortes de molécules, l'une chimique, l'autre physique, est de la plus haute importance au point de . vue de la minéralogie : elle peut seule nous permettre d'accorder le langage dé cette science avec celui de la chimie, en ce qui concerne les espèces minérales. Deux corps qui ont les mêmes molécules physiques ont par cela même des molécules chimiques identiques; mais l'inverse n'est pas toujours vrai. Veut-on donner à entendre que deux corps sont formés des mêmes molécules chimiques, sans rien préciser sur la nature de leurs molécules physiques, on peut dire dans ce cas, avec les chimistes, que ces corps ont même composition chimique. S'ils ont, de plus, une molécule physique semblable, nous dirons, avec les physiciens, Cours de Minéralogie. Tome I. *

j8 notions préliminaires.

qu'ils ont même constitution physique :ih sont alors identiques sous tous les rapports, ou, minéralogiquement parlant, de la même espèce. Mais deux corps, de même composition chimique, pouvant être constitues physiquement d'une manière différente, ne sont pas nécessairement de la même espèce au point de vue minéralogique.

$11. Des analogies et des différences de la composition moléculaire.— Isomorphisme.— Modifications isomériques et pokjmorphiques.

Toute molécule chimique est une combinaison définie d'atomes simples, dans laquelle chaque atome d'une espèce entre pour un certain nombre fixe. De plus, les atomes composants étant toujours arrangés entre eux dans le même ordre, cette molécule a nécessairement une forme, une structure et un type de composition déterminés. Les molécules chimiques des diverses espèces minérales, considérées quant à leur composition atomique, peuvent donc se ressembler ou différer entre elles sous trois rapports, savoir : par la nature particulière des atomes qui les composent, par le nombre particulier des atomes de chaque sorte, et par la disposition relative de ces mêmes atomes autour du centre de gravité de la molécule. Si les molécules chimiques de deux minéraux s'accordent sous les trois rapports, elles ont alors une même composition et une même nature chimique. Dans le cas où les molécules chimiques diffèrent, comme la différence peut avoir lieu sous les trois rapports à la fois ou seulement sous une partie d'entre eux, on sent bien qu'il doit exister différents degrés d'analogie ou de dissemblance entre les espèces minérales, eu égard à leur composition chimique.

Deux minéraux que l'on compare peuvent s'accorder ou différer entre eux sous les trois rapports. Dans le premier cas, leur composition chimique est bien réellement la même, et ils sont de même espèce si, de plus, leurs molécules physiques sont semblablement constituées; dans le second cas, les deux minéraux offrent la plus grande somme possible de dissemblances. Entre ces deux cas extrêmes sont compris plusieurs cas intermédiaires, plusieurs degrés de similitude dans les trois caractères fondamentaux de la composition moléculaire. Il peut arriver que les molécules chimiques de deux minéraux soient composées des mêmes atomes, unis en mêmes nombres absolus, mais différem-

NOTIOVS PRELlBflHAIltXS. 19

ment disposés; ou bien, il peut se faire que ces molécules soient formées des mêmes atomes, unis seulement en mêmes nombres relatifs, c'est-à-dire en nombre réellement différents, mais proportionnels. Dans l'un et dans l'autre cas, les deux minéraux donneront le même résultat à l'analyse, sans être pour cela de la même espèce, puisque leurs molécules seront constituées différemment; ils auront seulement même composition chimique apparente.

On donne aux corps qui sont ainsi composés des mêmes parties dans les mêmes proportions relatives, et qui jouissent de propriétés spécifiques distinctes, le nom d'isomères. On voit qu'il faut distinguer deux cas d'isomérie, l'un qui suppose l'égalité dans les nombres absolus d'atomes composants, et l'autre seulement dans les nombres relatifs. Dans le premier cas, les molécules isomères ont des poids atomiques égaux; dans le second cas, ces poids sont différents, mais multiples l'un de l'autre.

Il peut se faire que les molécules de deux minéraux soient composées des mêmes atomes unis entre eux en nombres différents, comme c'est le cas des différents degrés de saturation d'un même acide par le même alcali. Enfin, il est des minéraux dont les molécules diffèrent par la nature de leurs éléments, mais paraissent formées de nombres égaux d'atomes assemblés de la même manière : tels sont le chlorure de sodium (ou sel marin) et le fluorure de calcium (ou spath fluor). Dans les deux cas dont nous parlons, la composition chimique est évidemment différente, d'après le seul résultat des analyses. Mais, dans le second cas, le type de la composition moléculaire est le même, et les deux corps sont isomorphes.

Dans certains minéraux, la composition chimique parait être la même, et la diversité d'espèce ne s'annonce que par des différences dans les propriétés physiques, et notamment dans la forme cristalline dont il sera bientôt question. Les modifications offertes par ces minéraux de même composition apparente ont été appelées potymorplriques, parce qu'on a rapporté le changement de forme à une même substance chimique, que l'on considère comme étant polymorphe. (Ex.: le carbonate de chaux, qui présente deux formes différentes, l'une à l'état de calcaire spathique, et l'autre à l'état d'arragonite.) Mais il est probable que dans les cas de ce genre, les molécules physiques diffèrent, sinon par les molécules chimiques qui les composent, au moins par le mode de leur groupement et par la forme qui en résulte, en' sorte que le poly-

ao NOTIONS PBBUMHllWBfi.

morphisme ne serait qu'un nouveau cas d'îsomérie, se rapportant cette fois à la molécule physique. Nous traiterons ce point avec plus de développement par la suite ; pour le moment, nous nous bornerons à faire remarquer que, s'il en est ainsi, la structure et la forme de cette dernière molécule se trouvent modifiées par le polymorphisme, et l'on est amené à voir dans ce fait, aussi bien que dans l'isomérie ordinaire» le signe d'une modification importante dans la constitution du corps, et par conséquent d'un changement dans l'espèce physique ou minéralogique.

Pour que deux minéraux soient de même espèce, au point de vue minéralogique, c'est-à-dire aient une constitution moléculaire absolument semblable, il faut, de toute nécessité» que leur composition chimique soit la même, et que, par conséquent, ils donnent le même résultat à l'analyse chimique. La composition chimique, telle que l'analyse peut la donner, est donc un des caractères fondamentaux de l'espèce minérale. Mais, comme on l'a vu précédemment, l'analyse chimique ne suffit pas pour nous faire connaître toutes les différences de la composition moléculaire ; il en est qui lui échappent complètement. Elle nous apprend quelle est la nature des atomes élémentaires; quels sont, non pas les nombres absolus, mais simplement les nombres relatifs des atomes de chaque espèce qui entrent dans la composition des molécules ; enfin, elle se tait sur Tune des conditions les plus importantes de la composition chimique, le mode de groupement des atomes. L'analyse ne nous fait donc pas connaître la composition chimique d'une manière absolue, mais seulement d'une manière relative et incomplète. Il n'y a donc point lieu de s'étonner qu'il y ait des composés différents^ des corps d'espèce différente, qui conduisent aux mêmes résultats d'analyse. Or, dans les cas de ce genre, les composés diffèrent toujours entre eux par l'ensemble de leurs propriétés physiques, par les caractères de la forme et de la structure cristallines, de la densité, de la dureté, de ht réfraction, etc. Il est donc nécessaire d'avoir recours à ces caractères physiques et de les ranger comme caractères spécifiques à la suite de l'analyse et des autres caractères chimiques qui en dérivent, afin de suppléer par eux à l'insuffisance de ceux-ci.

* NOTIONS PftBUMINAIRXS. ai

§ 13. Des caractères des minéraux.

Les minéraux nous offrent diverses propriétés ou qualités qui servent à les reconnaître. Parmi ces propriétés, il en est de particulières à certaines espèces, et d'autres qui sont générales, mais qui ne se montrent pas dans tous les minéraux au même degré ni de la même manière. Chaque degré ou mode de qualité devient, pour le corps qui le présente, un signe distinctif, un caractère.

Considérés, soit dans l'ensemble des variétés qui composent une espèce, soit dans la série des espèces qui composent le règne tout entier, les caractères sont loin de présenter tous le même degré d'importance, parce qu'ils sont plus ou moins constants, plus on moins variables. Sous ce rapport, ils peuvent être distingués en caractères de premier ordre, de deuxième ordre, de troisième ordre, etc. Cette inégalité de valeur des caractères résaké aussi très-clairement de l'influence qu'ils paraissent exercer les uns sur les autres, quand ils se. réunissent dans le même être; ik ont souvent entre eux des rapports qui permettent de conclure l'existence et îa modification des uns, de l'existence et delà condition des autres. Ces corrélations de caractères facilitent singulièrement la distinction du corps et la détermination de sa nature, surtout lorsqu'elles ont lieu entre les qualités externes et les propriétés qui se dérobent à l'observation immédiate ; on peut alors prononcer, jusqu'à un certain point, sur la nature intime du corps, d'après son aspect purement extérieur. C'est ainsi que dans les règnes organiques on juge fréquemment des parties qui sont cachées, par celles qui sont apparentes. Les caractères qui exercent l'influence la plus marquée sur les modifications des antres, sont ce que l'on appelle les taractères de premier ordre ou caractères dominateurs; les autres sont, relativement à ceux-ci, des caractères subordonnés, et il en existe de plusieurs degrés.

Les caractères des minéraux peuvent se partager en deux grandes classes: les caractères chimiques et les caractères physiques, dérivant les uns des propriétés chimiques, les autres des propriétés physiques de ces corps. Les caractères chimiques sont ceux qui nous signalent la composition relative du minéral, ou tout au moins sa composition qualitative, c'est-à-dire la nature des éléments dont il se compose : ils exigent, pour se manifester, que l'on analyse une portion du minéral, ou que l'on altère sen-

22 NOTIONS PR&.IMINAIBU. \

siblement sa nature à l'aide du feu ou des réactifs ordinaires de la chimie. Cette classe importante de caractères n'est point susceptible de subdivision, comme la suivante.

Les caractères physiques sont ceux qui demandent pour être constatés, que Ton soumette le minéral à des mesures précises, à de véritables expériences de physique, ou tout simplement à une observation attentive, afin de bien juger de sa forme et de sa structure, et de voir comment il se comporte à l'égard des principaux agents de la nature, la pesanteur, l'attraction moléculaire, la chaleur,' la lumière, l'électricité et le magnétisme. On en distingue de plusieurs genres : i° Les caractères géométriques ou cristallographiques, qui dépendent de la mesure des angles, de l'observation des clivages et du calcul des formes polyédriques. Us sont susceptibles d'une détermination rigoureuse, mais exigent la connaissance des procédés de la géométrie élémentaire. 2° Les caractères physiques proprement dits, tels que la densité, la dureté, la réfraction simple ou double, etc. 3° Enfin, les caractères extérieurs, qui s'apprécient immédiatement à l'aide des sens, qui s'offrent en quelque sorte d'eux-mêmes à l'observation et n'exigent aucune épreuve longue ou difficile, aucun instrument particulier, pour être constatés : tels sont les caractères de la forme en général, de la texture, de la cassure, de la transparence, de la couleur, et généralement tou% ceux dont se compose ce que l'on peut appeler le faciès ou la physionomie particulière du minéral.

Quelques minéralogistes font mention d'un cinquième ordre de caractères, sous le nom de caractères habituels ou empiriques,. Ils ne sont fondés sur aucune propriété inhérente aux minéraux que l'on veut décrire, mais seulement sur certaines circonstances accidentelles, qu'ils offrent cependant assez communément, sur certaines habitudes de coloration, de gisement ou d'association avec d'autres minéraux, qui les signalent à l'observateur et conduisent à les reconnaître d'une manière purement empirique.

Les deux ordres de caractères que nous venons de distinguer sous les noms de caractères physiques et de caractères chimiques, nous offrent cette différence importante, que les uns (les caractères physiques) sont plus particulièrement propres à l'histoire naturelle des minéraux, parce qu'ils sont inhérents aux corps qui les présentent, et que ceux-ci les manifestent pour ainsi dire d'eux-mêmes, soit dans leur état présent, soit dans ces états passagers et purement physiques auxquels on peut les ame-

NOTIONS PB£UMINAIR£g. l3

ner,sans altérer aucunement leur composition essentielle et leur nature chimique; tandis que les autres (les caractères chimiques) résultent toujours d'une décomposition ou d'une surcomposition, généralement d'une altération plus ou moins profonde du corps; que, par conséquent, ils ne se manifestent qu'au moment où ce corps cesse d'être lui-même et où il change de nature.

Il existe sans doute d'intimes rapports entre la minéralogie et la chimie minérale, puisque ces sciences ont toutes deux pour oh jet l'étude des mêmes corps (les corps inorganiques), et qu'elles se servent en général des mêmes propriétés, pour parvenir à les connaître et à les distinguer les uns des autres. Toutefois, elles diffèrent essentiellement entre elles par la manière dont elles procèdent et par l'esprit qui les dirige, par la manière dont elles usent de ces propriétés et dont elles les combinent. Dans la chimie minérale, ce sont les propriétés chimiques qui prédominent, et les propriétés physiques n'y jouent qu'un rôle trèssecondaire. C'est que le chimiste n'a pas seulement en vue de savoir ce que les corps sont en eux-mêmes, mais qu'il se propose surtout de connaître ce qu'ils deviennent et en quoi ils se transforment, quand on les fait réagir les uns sur les autres. Au contraire, le minéralogiste se propose uniquement de savoir ce que sont les corps en eux-mêmes et dans leur état actuel ; son rôle tient beaucoup plus de ceux du physicien et du naturaliste, et c'est ce qui fait que, dans la minéralogie, les caractères physiques ont, sinon en théorie, du moins dans la pratique, une sorte de prééminence sur les autres. Aussi, n'est-ce d'ordinaire qu'après les avoir employés, après avoir épuisé toutes les ressources qu'ils peuvent offrir, que l'on a recours aux caractères chimiques, afin de confirmer ou de compléter la détermination obtenue à l'aide dés premiers. Ainsi donc, en minéralogie, on doit faire une étude toute spéciale, et suffisamment approfondie, des propriétés physiques, et c'est ce qui explique pourquoi l'on commence ordinairement par ces propriétés l'étude générale des caractères des minéraux.

Les propriétés générales des minéraux, les différents caractères qui en dérivent, ainsi que les principes fondamentaux de la science, que nous aurons à étudier successivement, peuvent se résumer en ce tableau, qui servira à indiquer la marche que nous nous proposons de suivre.

NOTIONS FRELIMINA1RS8.

i. Phwwétés

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