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LIVRE TROISIÈME

$ 1. Idée générale des classifications en Histoire naturelle.

Dans le premier volume de cet ouvrage, nous avons fait une étude générale et suffisamment approfondie des différentes propriétés, tant chimiques que physiques, des minéraux. Un minéral quelconque étant donné, nous sommes maintenant en état . d'observer et de déterminer avec précision tous ses caractères, et, en faisant de ceux-ci une énumération complète, de décrire exactement le minéral, d’en former le signalement, et d'établir ce que l’on peut appeler sa caractéristique. Mais il ne suffit pas au minéralogiste de connaître chaque minéral isolément, de le considérer seulement en lui-même, sans aucun rapport avec les autres : il faut encore qu'il les étudie comparativement, qu’il les réunisse par groupes subordonnés, et les range dans un ordre méthodique et rationnel, propre à faire ressortir leurs différents degrés one à ou de différence. Un pareil catalogue de toutes les espèces connues, semblable à la table raisonnée des matières d’un livre, est ce que l’on nomme la Classification des minéraux.

On distingue deux sortes de classifications en Histoire natu-

Cours de Minéralogie. Tome I. 1

relle : 1° les systèmes drtificiels,. dont les divisions sont établies arbitrairement, non sur l’ensemble des propriétés des êtres, mais sur un petit nombre de leurs caractères, choisis parmi les plus tranchés et les plus apparenee Le but qu’on veut atteindre par un arrangement de cette espèce, n’est pas de disposer les corps dans l'ordre le plus propre à faire ressortir leurs rapports, mais seulement de faciliter aux personnes qui ignorent lé nom d’un être placé sous leurs yeux, le moyen de le ou dans Je système, par l’examen de l’objet lui-même; 2° les méthodes naturelles, dont les divisions successives sont fondées sur tous les caractères de quelque importance, et dans lesquelles les êtres sont classés de manière que ceux qui se ressemblent par le plus grand nombre de points, se trouvent le plus rapprochés. Une pareille méthode peut aussi servir à reconnaître un corps et à trouver son nom; mais son principal avantage est de fournir une connaissance complète de chaque être, en le, faisant envisager dans Ses rapports avec tous les autres : les analogies et les différences qu’il offre avec eux se trouvant marquées par la place même qu’il occupe. | . C’est vers l'établissement d’une méthode naturelle que doivent tendre tous les efforts des minéralogistes ; mais leurs essais en ce genre sont demeurés jusqu’à présent plus ou moins imparfaits, et ils le seront peut-être longtemps encore; car, pour qu'une semblable méthode füt parfaite, il faudrait non-seulement connaître et apprécier exactement Îles rapports des êtres que lon veut classer, maïs encore pouvoir les SANDEE tous, ce qui est absolument impossible, lorsqu'on s'en tient à un arrangement purement linéaire. Il ne peut donc point exister en minéralogie de méthodes qui soient parfaitement naturelles, à prendre ce mot dans toute sa rigueur; maïs il peut y avoir des méthodes qui se rapprochent plus où moins dé la vraie méthode naturelle. Celle-ci est idéal vers lequel tendent toutes les classifications RDieiRes qui se perfectionnent et avancent vers leur Put final, à chaque pas que l’on fait faire à la science.

8 2. Notions de l'Espèce minérale.

Quel que soit d’ailleurs le genre de classification que l’on adopte, il offrira toujours un échafaudage de divisions et de subdivisions successives, dont les supérieures contiennent les inférieures, comme dans une table de matières ; ces AUTIeUES,

que Pon distingue par des noms particuliers, tels que ceux de classes, d'ordres, de tribus, de genres, d'espèces et de variétés, se trouvent donc subordonnées les unes aux autres, ét par suite de cette subordination, les corps compris dans l’un des groupes ont entre eux d'autant plus de ressemblance, que le groupe est moins élevé dans la série : car ils possèdent en commun, nonseulement les propriétés qui forment le caractère particulier de ce groupe, mais encore toutes celles qui caractérisent les groupes supérieurs auxquels il appartient. Il est donc clair que si l’on parcourt, en descendant, l'échelle de ces divisions successives, on finira bientôt par en atteindre une qui ne contiendra plus que des corps d’une ressemblance presque parfaite, qui s’accorderont du moins en tout ce qui constitue la véritable essence de ces corps.

Cette division fondamentale, qui est le point de départ de toutes les autres, est celle qui porte la dénomination d’Espèce. Ce n’est pas le dernier terme où s'arrêtent toutes les distinctions possibles entre les êtres que l’on considère : car il y a encore au-delà, des variétés et des sous-variétés; maïs c’est le terme où finissent toutes les distinctions essentielles. L’Espèce est donc la principale unité systématique.

Si nous a ide maintenant ces idées générales à la Minéralogie, la première chose que nous aurons à faire sera de rechercher quel est le fondement le plus rationnel de lEspèce minérale. Dans les règnes organiques, l’Espèce a pour fondement un type déterminé d'organisation, qui se retrouve le même, qui se répète fidèlement dans un orand nombre d'êtres particuliers, qu’à cause de cela nous regardons comme des individus semblables. Dans le règne minéral, l'espèce a de même pour base un type défini de composition atomique, tout aussi constant, tout aussi bien déterminé que les types des espèces organiques ; un type qui se retrouve le mème dans les molécules de beaucoup de corps, et se reproduit toujours sans altération chaque fois que dés atomes de même nature sé rencontrent et réagissent les uns sur les autres dans les mêmes circonstances. Nous ne faisons que répéter iéi ce que nous avons déjà dit ailleurs (1°* vol. pag. 10 et suivantes), lorsque, par'anticipation, nous cherchions à nous convaincre, à laide du raisonnement, de l'existence réelle des individus et des espèces en minéralogie. Ce que nous avons ajouté plus loin (pag. 483), sur l'importance des types moléculaires, sur les différences de ces

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types, non pas seulement chimiques, mais encore mécaniques et géométriques tout à la fois, ne peut laisser aucun doute sur la valeur des propositions suivantes.

L’individu en minéralogie est, théoriquement parlant, la molécule physique ou le groupe atomique, de type déterminé, qui -joue le rôle d’élément dans les masses minérales; autant il existe de types moléculaires différents, autant on doit admettre d’espèces différentes d'individus. Mais les molécules physiques n’étant jamais isolées, et se répétant toujours en grand nombre pour former par aggrégation des masses minérales d’un volume sensible, on est amené naturellement dans la pratique à transporter le nom d'individus à ces masses elles-mêmes; et alors c’est l'identité de molécules qui doit établir entre deux masses minérales, entre deux individus minéralogiques, l'identité d’espèce.

$ 3. Des règles de la spécification en Minéralogie.

C'est ainsi que raisonnait Haüy, lorsque dans son ouvrage il établissait les règles de la spécification des minéraux, et posait les bases de la science, qui, jusque-là, n’avait eu aucun principe pour diriger sa marche. En effet, il est le premier auteur qui ait donné une définition précise de l'espèce, et fixé les caractères qui doivent établir l'identité du minéral; et il l’a fait avec tant de bonheur, qu'aujourd'hui encore, malgré les progrès réels de la science et les principes nouveaux dont elle s’est enrichie depuis la mort du célébre minéralogiste, nous ne trouvons rien à ajouter ni à retrancher aux règles qu'il a établies. J'entends ici les règles qu'il a posées tout d’abord dans la première édition de son livre, où il assigne à l'espèce un double caractère, et insiste sur la nécessité du concours, et d’un concours égal, de la chimie et de la cristallographie ; je ne parle pas de ces principes auxiliaires et de ces règles en quelque sorte provisoires, auxquels il est permis par la suite d'avoir recours, dans les cas seulement où il lui paraissait que la chimie était en retard et n'avait pas dit encore son dernier mot. :

Selon Haüy, l'espèce minérale est la collection de tous les individus inorganiques, dont les molécules physiques sont en tout point semblables, c’est-à-dire de même forme et de même com-

position atomique : elle a donc deux caractères fondamentaux

Le las » F »

d’une égale importance, dont l’un est la composition atomique, que lon déduit de Panalyse chimique, et l’autre est la forme de la molécule physique, ou, ce qui en est l'équivalent, la forme cristalline. Mais ici une observation est nécessaire.

On se rappelle ce que nous avons cherché à établir dans le volume précédent (page 16), que les minéraux sont constitués

généralement de manière que leurs atomes élémentaires sont

d’abord combinés entre eux par affinité réciproque en une pre-

mière molécule, que nous avons appelée molécule chimique, de type et de forme parfaitement définis; et qu ensuite, dans le phas grand nombre des cas, ces molécules chimiques sont groupées de nouveau par petits nombres pour former une seconde espere de molécule, tout aussi bien déterminée de forme que la première, et qui est la véritable molécule physique. Il y a donc, dans les minéraux, deux points fixes différents, auxquels on peut s'arrêter, pour faire de l’un d’eux la base de l'espèce ; et, par conséquent, on conçoit comme possibles deux sortes d’espèces : une espèce purement chimique (fondée uniquement sur l'identité de la molécule chimique ou de substance), et une espèce physico-

chimique ou minéralogique, fondée sur l’identité de la molécule

physique, et partant sur lPidentité de la composition et de la constitution physique tout ensemble.

Or, c’est en effet ce que nous apprend l’histoire de la science: l'éspèce minérale a été faite tantôt d’une manière, et tantôt de l’autre. Les chimistes, se préoccupant avant tout de la composition chimique, ont considéré comme étant de même espèce tous les corps dont la molécule chimique était la même, faisant bon marché de toutes les modifications qui pouvaient avoir lieu en dehors de cette première molécule. Les minéralogistes , au contraire, en leur double qualité de physiciens et de naturalistes, ont attaché avec raison une très-grande importance aux differences de la constitution physique des minéraux, et pour eux le caractère de l'espèce réside dans la molécule physique, ou, ce qui revient au même, dans l’identité de constitution physique, laquelle entraîne nécessairement l'identité de la composition chi-

mique elle-même. Dans cette divergence d'opinions entre les chimistes et les minéralogistes, il n’y a rien qui doive surprendre : on conçoit très-bien que les deux sciences gardent chacune leur point de vue particulier, et qu'en même temps elles puissent parfaitement s'entendre, en tenant compte de la différence des points de départ.

. Ainsi donc, cest l'identité complète de constitution moléculaire qui peut seule établir le fondement de l'espèce minéralo- gique, non-seulement l'identité de la molécule chimique, mais encore celle de la molécule physique. Or, la ressemblance de la composition chimique nous est indiquée par l'analyse; celle de la constitution physique nous est accusée ensuite par la forme cristalline : car, l'observation prouve constamment que, quand les deux caractères fondamentaux s'accordent dans deux minéraux, le même accord a lieu pour toutes les autres propriétés essentielles, pour toutes celles qui dérivent de la structure et de la constitution moléculaires, comme la densité, la dureté et les caractères optiques. Donc, Haüy a eu raison de définir l'espèce : l’ensemble des minéraux qui ont à la fois même composition chimique et même forme cristalline.

De cette définition, il résulte évidemment que l'analyse chimique ne peut pas caractériser seule la nature d’un minéral : car elle ne nous apprend rien de sa constitution physique, et, bien plus, elle ne nous fait connaître sa composition atomique elle-même que d’une manière relative, puisqu'elle ne va pas jusqu’à déterminer le véritable type de la molécule chimique. D’un autre côté, la forme cristalline peut bien nous représenter jusqu’à un certain point la disposition relative des atomes; elle peut même dépendre en partie de leur nombre ; mais elle ne nous dit rien de leur nature, qui cependant exerce une influence sensible sur les propriétés du minéral : par conséquent, l’intervention de la chimie est nécessaire pour compléter la connaissance de l’Espèce. Il faut donc faire concourir à sa détermination les deux caractères ; il nous semble impossible de ne pas admettre une conséquence aussi logique. Aussi, regardons-nous le principe posé par Haüy comme définitivement acquis à la science, et comme devant désormais servir de point de départ à toute classification qui aura des prétentions au titre de méthode naturelle.

$ 4. La définition de l'espèce donnée par Haüy at-elle reçu quel- . que alteinte, par suite de la découverte des faits de l'isomérie, du dèmorphisme et de l'isomorphisme ?

Les noyveaux faits, introduits dans la science depuis l’époque de Haüy, ne sont aucunement contraires à cette règle de spécification. Celui de lisomérie lui est tout-à-fait favorable : car c’est

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