L. - ÉTIOLOGIE
vésicules pouvaient contenir du sang, et quelques auteurs ont indiqué cette circonstance comme constituant une variété du zona qu’ils ont désignée sous le nom de zona hémorrhagique. 11 semble au premier abord que cette forme hématique doive se rencontrer chez les gens affaiblis et cachectiques, mais je dois dire que j’ai vu souvent le sang mélangé à la sérosité des vésicules chez des personnes bien portantes antérieurement, sans que je pusse expliquer cette circonstance, et, en tout cas, je n’ai pas constaté que le zona hémorrhagique fût plus grave que le zona ordinaire.
Étiologie. — Le zona se développe à tous les âges, à peu près également, sauf pour la première enfance, dans laquelle on en observe peu d’exemples. Quoiqu’on ait dit qu’il est plus commun pendant les saisons froides et humides, l’examen impartial des statistiques fournies par les divers auteurs fait voir qu’il a été observé avec une fréquence à peu près semblable dans toutes les saisons. Il atteint également les individus forts, les individus faibles ; aucune maladie, aucun état diathésique ne paraît avoir d’influence sur son développement, et c’est pour satisfaire des idées théoriques qu’on a dit avec Bazin, contrairement à l’observation, qu’il était commun plus particulièrement chez les rhumatisants, chez les individus dits arthritiques ; c’est à tort également que Leudet a considéré la phthisie comme une cause prédisposante du zona ; il y a là, comme pour d’autres maladies chroniques, une simple coïncidence. Mais il semble que la maladie peut se développer, en toute saison, sous l’influence d’une certaine constitution médicale; il est certain qu’après être resté longtemps sans rencontrer un seul exemple de zona, on en observe souvent plusieurs cas en même temps ou à des époques rapprochées ; et ces observations simultanées sont d’autant plus remarquables, que le zona ne figure pas parmi les maladies les plus communes.
Quant aux causes déterminantes, le refroidissement me paraît être celle qu’on peut le moins révoquer en doute ; je l’ai retrouvée bien souvent chez les malades que j’ai eu l’occasion d’observer, et je la considère comme la cause la plus habituelle du zona. On a signalé aussi l’influence possible d’une émotion vive et particulièrement d’un accès de colère ; j’ai rencontré quelques cas pour lesquels cette influence morale pouvait être invoquée à bon droit.
Quelques auteurs ont cru à la faculté contagieuse du zona . Trousseau a observé un zona thoracique chez un jeune homme dont la mère entrait en convalescence d’une maladie semblable, à la même région; et d’après ce seul fait il se demande s’il n’y avait pas là lieu de croire à la contagion. Avec plus d’autorité et avec un plus grand nombre d’observations, Erb ( Neurolugisches Centralblatt, 1er décembre 1882) tend également à admettre que le zona peut se développer sous l’influence d’une infection contagieuse. Pour ma part je n’ai jamais vu un seul fait dans lequel on pût soupçonner la transmission du zona par contagion, et je suis porté à rapporter à l’influence épidémique ou à de simples coïncidences ce qui a été attribué à la contagion.
ZONA. - TRAITEMENT.
On a admis encore des zonas traumatiques : on a cité des cas dans lesquels des zonas s’étaient développés à la suite de coups, de blessures. Le professeur Bouchard a communiqué à la Société de biologie deux observations de zona consécutifs à des contusions ou blessures ; des faits semblables ont été rapportés par le professeur Charcot et par plusieurs autres. Je ne nie pas ces faits, mais dans quelques-uns des cas cités, et particulièrement dans les cas de lésions des nerfs, il s’agit plutôt de ces éruptions zoniformes que j’ai déjà signalées à propos du diagnostic, que de véritables zonas ; dans les autres, l’émotion ressentie au moment du traumatisme a pu jouer un rôle principal dans la production de la maladie ; mais du reste je ne fais pas difficulté d’admettre la possibilité d’un trauma comme cause du zona, quoique je considère ce fait comme peu commun.
Traitement. — Le traitement du zona est très-simple, car il s’agit d’une maladie qui a un cours régulier et dont il faut savoir attendre la terminaison naturelle. On doit surtout empêcher la rupture prématurée des vésicules en les protégeant contre le frottement des vêtements et des objets extérieurs, et en recommandant de ne pas faire usage de topiques émollients susceptibles de ramollir l’épiderme. Pour modérer l’inflammation locale, on se trouvera bien de saupoudrer la partie malade avec de la farine, de la poudre d’amidon ou de lycopode, auxquelles on pourra ajouter un dixième ou un sixième d’oxyde de zinc et un vingtième de camphre, et en ayant soin, pour fixer la poudre, d’étendre préalablement une couche d’huile ou de pommade de concombres. En recouvrant le tout d’une forte couche d’ouate et d’un bandage approprié à la région, on obtient un excellent pansement. Pour protéger plus efficacement encore les vésicules, on a proposé de les recouvrir avec une couche de collodion ; j’ai employé plusieurs fois ce moyen de traitement, et j’y ai renoncé : la pression exercée par l’enduit imperméable est souvent douloureuse, et il m’a semblé que la suppuration et les ulcérations consécutives étaient plus communes.
Lorsque la résolution n’est pas obtenue et lorsque la maladie se termine par ulcération, il ne faut pas se contenter des topiques pulvérulents, et l’on doit alors au contraire faire sur la partie malade des lotions émollientes avec une décoction de laitue ou de guimauve et de pavot, appliquer des cataplasmes de farine de riz ou de fécule de pommes de terre, et, plus tard, lorsque les phénomènes inflammatoires ont disparu, il faut panser les ulcérations avec du cérat ou du cold-cream mélangés à une faible dose d’oxyde de zinc ou de sous-nitrate de bismuth, Si les ulcérations deviennent végétantes, il est quelquefois nécessaire de les toucher avec du nitrate d’argent. Les bains sont rarement indiqués, il vaut mieux s’en abstenir; ils pourraient augmenter les douleurs.
Dans le cas où le zona se termine par gangrène, on devra favoriser le détachement des eschares par l’application de cataplasmes de farine de lin, par des lotions alcoolisées et camphrées, par des décoctions de quinquina, par des solutions d’acide phénique ou de chloral au centième, et en même temps il est indispensable de soutenir l’économie par des pré-
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parafons de quinquina, par des boissons vineuses ou alcooliques et par une alimentation suffisante.
Mais, dans le traitement du zona, l’indication principale est de calmer la douleur, souvent si intense, qui accompagne l’éruption. Pour arriver à ce but, on administrera au début l’extrait d’opium à la dose de 2 à 3 centigrammes matin et soir, l’extrait de belladone ou de datura stramonium à la dose de 1 centigramme matin et soir; en cas de recrudescence périodique de la douleur, on se trouvera bien du sulfate de quinine. Pour obtenir du sommeil, on pourra avoir recours au chloral ou à une injection sous-cutanée de chlorhydrate de morphine, laquelle injection doit être encore employée pour calmer des douleurs trop vives.
Enfin, lorsque la douleur névralgique subsiste après la disparition de l’éruption, il faut alors la combattre par les moyens employés habituellement contre les névralgies, savoir, par les onctions avec des pommades au chloroforme, à l’extrait d’opium, par les vésicatoires simples ou morphinés, et principalement par les injections hypodermiques au chlorhydrate de morphine. En cas de douleurs rebelles, on peut avoir recours à l’électricité sous forme de courants continus, lequel moyen est surtout applicable aux paralysies musculaires consécutives au zona. Enfin, contre des douleurs rebelles accompagnées d’excitations nerveuses générales, j’ai vu souvent réussir les eaux minérales, et particulièrement les eaux de Néris, ainsi que celles de Plombières, de Schlangenbad, de Piagatz, de Wildbad et de Gastein.
Nature du zona. — Après avoir donné la description du zona envisagé comme un genre nosologique bien distinct, il reste encore une question à traiter, c’est celle qui est relative à la nature de cette maladie. La plupart des auteurs modernes ont pensé avec Alibert qu’elle devait être rangée dans les maladies inflammatoires de la peau, maladies locales sans cause diathésique ; les recherches récentes sur l’altération anatomique des nerfs et des ganglions nerveux correspondants à la région atteinte ont agrandi le cercle des phénomènes inflammatoires, et ont démontré que l’éruption était sous la dépendance d’une névrite, mais en permettant toujours de considérer la maladie comme une affection locale. Cependant quelques auteurs ont cru devoir ranger le zona au nombre des maladies générales : pour Borsieri, cette maladie deyait être considérée comme une fièvre éruptive ; sans se prononcer positivement. Trousseau, en se fondant sur la faculté contagieuse très-problématique du zona et sur ses rapports de ressemblance avec l’érysipèle, paraît également pencher vers l’opinon de Borsieri. Tout récemment, dans une leçon clinique (Semaine médicale , 20 septembre 1883), un de nos agrégés les plus distingués, le docteur Landouzy, a rajeuni ces opinions et a cherché ’ démontrer que le zona, analogue aux fièvres éruptives, est une maladie générale infectieuse, A l’appui de cette manière de voir, il invoque la régularité cyclique du zona, la fièvre qui précède et qui accompagne l’éruption ; il insiste sur la coïncidence assez fréquente de plusieurs zonas au même moment, apparaissant sous une forme presque
ZONA. — NATÜRE
épidémique, sur quelques faits supposés de contagion, et surtout sur la non-récidive du zona, procurant ainsi aux personnes atteintes une immunité contre une nouvelle invasion, immunité qui n’existe ordinairement que pour certaines maladies infectieuses spécifiques, telles que les fièvres éruptives, les oreillons, la coqueluche, etc. Malgré ces arguments, j’avoue que je persiste à considérer le zona comme une maladie inflammatoire locale : la circonscription si précise de l’éruption et de la douleur, l’absence assez fréquente de fièvre et de phénomènes généraux, la présence très-habituelle d’une cause banale, telle que le refroidissement, la localisation si nette des lésions anatomiques atteignant le système nerveux, m’empêchent de reconnaître dans cette maladie les caractères d’une maladie générale infectieuse et spécifique, m’engagent à ne voir dans le zona qu’une maladie locale accidentelle, c’est-à-dire en dehors d’une cause diathésique, et me font persister à la considérer comme une névrite spéciale caractérisée par une éruption toute particulière.
Quant à l’opinion qui veut faire du zona une névralgie, opinion émise d’abord par Parrot, je n’ai pas à m’y arrêter ; je n’ai pour la réfuter qu’à rappeler que la douleur névralgique n’est pas constante et qu’il existe dans le zona des lésions anatomiques nerveuses positives qui ne sont pas rencontrées dans les névralgies.
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A. Hardy.
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