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DE LA RÉCOLTE EN GÉNÉRAL

On ne doit récolter les plantes médicinales que lorsqu'elles renferment le maximum de propriétés curatives, c'est-à-dire de principes immédiats. Il convient donc dépasser en revue les circonstances qui influent sur la production et la proportion de ces principes immédiats.

11. Influence de la culture. — Les changements qu'elle produit sont incontestables. On sait que, par elle, on rend inermes les plantes qui sont munies d'épines à l'état sauvage, qu'on transforme en plantes bisannuelles les plantes annuelles en les abritant du froid. C'est par elle que nous voyons le sucre remplacer les acides manque et tannique des fruits des Drupacées et des Rosacées si acerbes à l'état sauvage, que l'on atténue la saveur forte et désagréable des Chicoracées. Néanmoins quelquefois, au point de vue médical, la culture est plutôt nuisible qu'utile ; c'est ainsi que la digitale cultivée est moins active que celle venue spontanément; l'odeur dé certaines Labiées sauvages est plus prononcée que chez les mêmes plantes quand on les cultive. Par contre, les Crucifères, la violette, beaucoup d'Ombellifères aromatiques, les Malvacées gagnent en activité quand on les cultive.

12. Influence du climat. — On ne saurait la mettre en doute. Le ricin, herbacé et annuel à Paris, devient bisannuel ou vivace dans le midi de l'Europe, tandis qu'en Amérique c'est un arbre du port de nos platanes. Le chanvre d'Europe, plus vigoureux que celui d'Asie, donne un hachisch qui ne possède pas les propriétés enivrantes du produit indien . Les arbres qui produisent les baumes de copahu et de tolu n'en laissent point exsuder dans nos climats. Les frênes de nos forêts ne produisent point la manne comme en Sicile. Le tabac de l'Irlande contient à peine la moitié de la nicotine que l'on rencontre dans le tabac de Virginie. Les propriétés ténifuges de l'écorce de racine de grenadier de Portugal surpassent beaucoup celles que possèdent les écorces de France. Les Labiées du Midi sont bien plus riches en essence que celles du Nord ; la menthe poivrée fait exception L'aconit des montagnes est plus actif que celui des plaines. En général, les plantes des climats chauds sont plus riches en principes actifs que celles des climats froids : il faut donc, par suite, récolter chaque végétal dans sa patrie.

13. Influence du terrain. — Elle est reconnue depuis longtemps; en effet, les terrains marins, marécageux ou terrestres pré-

sentent une flore spéciale. Chacun de ces terrains, suivant la nature des éléments qui le constitue, se couvre d'une végétation particulière. C'est ainsi que les chardons, le coquelicot, la ronce, les Labiées, la scabieuse, croissent spontanément dans les sols calcaires ; la saponaire, le tussilage, la laitue vireuse, poussent bien dans les terrains argilo-calcaires ; la germandrée, le rosier sauvage, dans les terrains crayeux ; le chiendent, le pin maritime, le chêne, les fougères prospèrent dans les terrains siliceux ; le chêne-liège dans les terrains schisteux. Suivant d'ailleurs que ces terrains sont secs ou humides, ils modifieront les propriétés des végétaux que l'on y rencontre. Les Ombellifères aromatiques perdent leur odeur dans les terrains humides et paraissent pouvoir devenir vénéneuses. La valériane venue dans un terrain bas et marécageux est presque inerte (Haller). Les Solanées, les Crucifères sont plus actives aux environs des habitations, parce qu'elles rencontrent en ces lieux une plus grande quantité d'ammoniaque. La bourrache, la pariétaire se plaisent dans les sols nitrés; la belladone, la jusquiame, le datura, dans les terrains légers ; la mercuriale , la fumeterre, dans les terres meubles et amendées . Les arbres venus dans les terrains secs et pierreux sont plus denses, plus riches en matières tannantes et colorantes que les individus de même essence provenant d'un sol gras et humide. La digitale possède, dit-on, son maximum d'efficacité quand elle provient d'un terrain granitique et exposé au midi. Les bulbes viennent mieux dans une terre sèche, les racines sèches dans un sol poreux. En général, on doit récolter les plantes là où elles croissent naturellement avec vigueur; on les choisira dans les endroits élevés, dans une belle exposition au levant ou au midi.

14. Influence de l'âge. — L'âge exerce une grande influence sur les propriétés des végétaux ; les jeunes plantes ne renferment guère que de l'eau et des principes muqueux, et, à part quelques plantes mucilagineuses, il n'en est aucune qu'on puisse récolter avec avantage à cette époque, et encore la racine de guimauve trop jeune est-elle moins émolliente que celle arrivée à un âge un peu plus avancé. Il ne faudrait point pourtant pousser le précepte à l'extrême, car les vieilles écorces, les vieilles racines sont à peu près inertes. En général, c'est à l'époque qui précède la fructification que la plante est la plus active ; dès que la graine, ce but dernier de la vie végétative, est formée, le végétal annuel ou bisannuel est épuisé.

0e nombreuses modifications se sont opérées dans l'intérieur de la plante entre le moment de la naissance et celui de la maturation des graines, modifications, qui en altèrent singulièrement les propriétés. En voici quelques exemples : en Suède, on mange impunément les jeunes pousses de l'aconit; le principe amer de la chicorée

n'existe pas dans les plantes jeunes ; l'écorce de garou jeune est vésicante; yieille, elle est presque inerte; les baies de genévrier contiennent, suivant l'âge, de l'essence, puis un mélange d'essence et de résine, et enfin de la résine seulement. La plupart des fruits, d'abord acerbes et astringents, deviennent sucrés en mûrissant. On pourrait multiplier ces exemples.

15. Influence de l'état de santé. —La maladie produisant l'ai* tération des organes et par suite des principes immédiats, il faut choisir les végétaux sains, vigoureux, et rejeter ceux qui sont rabougris et mal venus.

16. Influence de l'état de l'atmosphère. — Les plantes récoltées par un temps sec et chaud se conservent beaucoup mieux que celles recueillies par un temps humide et froid. On choisira donc pour faire la récolte un temps sec ; si la terre est couverte de rosée, on attendra que celle-ci se soit dissipée. Les plantes recueillies dans ces conditions sèchent plus promptement, elles sont moins susceptibles de se pourrir pendant la dessiccation, et elles sont plus actives si on les emploie fraîches. C'est surtout aux feuilles et aux plantes entières que s'applique ce précepte.

17. Influence de la saison. Époque de la récolte. Calendrier pharmaceutique végétal. — En général, on ne doit récolter les plantes ou les parties de plantes que lorsqu'elles ont acquis le maximum de propriétés curatives. L'expérience a fait connaître quel était le moment de Tannée où cet état se manifestait; c'est ce que Van Helmont appelait le temps balsamique. Il est d'ailleurs évident que ce temps doit suivre les phases de la végétation, puisque les diverses parties des plantes, tiges, feuilles, fleurs, fruits, ne se développent que successivement. Pour les plantes bisannuelles ou vivaces, la considération du temps balsamique est subordonnée à celle de l'âge.

Le tableau suivant fait connaître l'époque de la récolte des plantes décrites dans ce livre et qui croissent en France; il faut, en le consultant, ne point oublier que cette époque peut varier d'environ quinze jours suivant la latitude et l'altitude.

janvier.

Aconit (racines).

Polypore amadouvier.

Polypore commun.

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