DÉCEMBRE
Bistorte (racine).
2° De la récolte en particulier. — Des parties qui l'on doit récolter. — Localisation des principes immédiats.
L'expérience nous a appris quelles sont les parties des végétaux les plus propres aux usages de la médecine. Ce sont en général les plus sapides et les plus odorantes ; nous excepterons pourtant les végétaux émollients, qui sont inodores et insipides. Si donc on veut expérimenter une plante nouvelle, c'est le goût et l'odorat qui doivent servir spécialement de guide. A ces données fournies par les sens, on joindra celles fournies par l'analogie. On sait que chez les Labiées le calice est la partie la plus odorante; que dans les Amomées c'est la racine; que dans les Laurinées toute la plante possède une odeur forte; on sait aussi que dans les Malvacées il faux rechercher les principes émollients dans la racine, que dans les Graminées on trouve les matières féculentes dans les fruits.
Les principes immédiats paraissent souvent se localiser dans un organe spécial. C'est ainsi que l'on rencontre les principes acides dans les fruits charnus; l'amidon dans les graines, les racines et les tiges des Monocotylédonées, dans les racines, les fruits, les tubercules des Dicotylédonées; les matières huileuses dans les graines; les substances astringentes dans les feuilles et les écorces. U faut
au moment de la récolte tenir compte du principe que Ton veut utiliser et rechercher parmi les organes d'une plante donnée celui qui le renferme en plus grande quantité.
En effet, un même végétal présente souvent des propriétés diverses; ainsi le fruit du chêne est nourrissant et l'écorce de cet arbre est astringente. Les fleurs de l'oranger sont calmantes, les feuilles toniques, les fruits rafraîchissants, les graines stimulantes ; les fleurs du sureau ne possèdent pas les propriétés purgatives de ses baies. Enfin, il arrive quelquefois qu'un seul organe peut être utilisé en médecine : les fleurs, par exemple, dans le tilleul, le rosier; ou bien la proportion des principes immédiats d'un organe l'emporte tellement, les principes aromatiques dans la racine chez les Amomées, par exemple, que cette partie doit être exclusivement choisie. D'ailleurs, pour certaines espèces, cette localisation du principe immédiat est souvent plus complète qu'on pourrait le supposer : la partie inférieure de la tige de la canne mellifère renferme plus de sucre que le sommet ; les alcaloïdes occupent dans récorce de quinquina une zone spéciale. Cette localisation existe peut-être au même degré dans toutes les plantes, et l'on comprend combien il serait avantageux pour la thérapeutique que la chimie vînt faire connaître le point exact d'un organe présentant le maximum d'activité. Malheureusement cette étude est à peine ébauchée.
18. Récolte des racines, des tubercules études rhizomes. — Les racines doivent être récoltées au printemps, quand les feuilles commencent à poindre; à l'automne, après la chute totale des feuilles et celle de la tige dans les plantes bisannuelles. Il est facile de comprendre pourquoi on choisit ce moment. Au printemps, en effet, la végétation se réveille, la racine élabore de nouveaux sucs devant servir au développement des feuilles. Il ne faut donc pas attendre que ce développement soit complet, car les sucs auraient alors abandonné l'organe qui leur a donné naissance. En automne, les sucs de la tige, n'étant plus nécessaires au développement des graines, redescendent dans les racines, qui prennent ainsi de l'accroissement jusqu'au moment où le froid vient interrompre la végétation.
A laquelle de ces deux époques de l'année faut-il donner la préférence? A ne consulter que l'apparence des racines, on se prononcerait volontiers en faveur du printemps, car à cette époque ces organes sont plus gonflés, plus succulents; mais cet aspect est trompeur, la succulence ne provient que d'un excès d'eau de végétation qui rend la dessiccation difficile; de plus, les racines recueillies à cette époque se conservent moins bien et sont plus sujettes à être piquées par les vers. L'automne est donc préférable. Dans tous les
cas, on devra toujours prendre en considération la durée de la plante. Si le végétal est annuel, il est évident qu'il ne faut point attendre l'automne, car l'individu a parcouru toutes les phases de son développement et va mourir; d'ailleurs, on recueille rarement les racines des plantes annuelles, car elles sont en général inertes. On procédera à la récolte des plantes bisannuelles à la fin de la première année et à une époque de l'hiver aussi avancée que possible. Les racines d'angélique récoltées dans ces conditions sont aromatiques, tandis que celles qui ont été arrachées en juin et dont la tige a servi à préparer la conserve d'angélique ou bien celles des plantes qui ont fourni les graines à l'automne de la deuxième année sont à peu près privées d'essence.
Les racines des plantes vivaces, telles que l'asperge, l'aunée, la réglisse, la valériane, ne seront arrachées qu'après quelques années de végétation ; on les trouve alors remplies de suc coloré et propres à l'usage médical. Du reste, il est certain que, si l'on ne doit utiliser que l'écorce (thapsia, cynoglossé), il est impossible de les récolter plus tôt, puisque c'est seulement alors que ces parties ont acquis suffisamment d'épaisseur.
Quant aux racines des sous- arbrisseaux et des arbres, on les récolte le plus tard possible, sans toutefois attendre qu'elles aient perdu leurs propriétés médicales, et lorsqu'elles sont encore succulentes, flexibles et peu ligneuses.
Les racines, une fois arrachées, doivent être complètement séparées de la terre qui les salit. A cet effet, on les lave, en les agitant avec la main ou avec une pelle de bois, en ayant soin de ne pas entamer l'épiderme. On enlève ensuite les radicelles, les collets, les parties aftérées, on les fend ou on les coupe en tranches. Enfla on les enfile dans des cordes et on les soumet à la dessiccation. Quelques personnes préfèrent sécher les racines sans les laver et faire tomber la terre en les secouant dans un sac en toile.
La récolte des tubercules (pomme de terre, orchis mâle) se fait de la même manière que celle des racines. Celle des rhizomes (canne de Provence, fougère mâle, fragon, bistorte) s'opère dans les mêmes conditions : elle est rendue plus facile par la direction ordinairement horizontale que prennent les rhizomes et leur peu de profondeur dans le sol.
19. Récolte des tarions, des bulbes et des bourgeons. — Les turions des végétaux herbacés sont les bourgeons des nouvelles tiges qui apparaissent sur le collet de la racine. On les coupe peu après leur apparition au-dessus du sol, lorsque les fibres ligneuses ne sont pas encore développées (asperges). L'époque de la récolte des bulbes est l'automne (bulbes de colchique et de scille).
Les bourgeons (sapin, peuplier) doivent être recueillis au printemps, lorsqu'ils commencent à se développer; on les sèche facilement à Tétuve ou au séchoir.
20. Récolte des tiges, des bois et des écorces. — La tige de douce-amère est presque la seule tige indigène usitée. On la récolte en automne après la chute des feuilles, et on choisit les pousses de Tannée; on la fend d'un bout à l'autre, on la coupe en petits morceaux et on la fait sécher. La tige fraîche d'angélique est recueillie en juin et juillet.
Les bois doivent être récoltés en hiver, car à cette époque ils sont plus denses, plus riches en matières extractives, d'une dessiccation plus facile. On a proposé d'écorcer les arbres dont on veut récolter les bois. Cette pratique, qui aurait pour effet d'enrichir le bois en empêchant la sève de descendre par les vaisseaux de Técorce, serait sans doute avantageuse, mais elle n'est pas employée. D'ailleurs, à part le bois de genévrier, tous les bois employés en médecine sont exotiques. Ils doivent provenir d'arbres jeunes, puisque le tissu ligneux, qui est inerte, augmente avec l'âge.
Les écorces seront prises sur des individus ou sur des parties d'individus ni trop jeunes ni trop vieux ; dans le premier cas, les principes immédiats ne sont pas encore formés ; dans le second, ils sont remplacés par du ligneux, des sels, etc. Le moment le plus favorable pour la récolte est soit le printemps, soit l'automne. La récolte du printemps est la plus facile, car en ce moment la plante étant en sève la décortication est aisée; il suffit de faire deux incisions circulaires à une certaine distance l'une de l'autre et .de lea réunir par une ou plusieurs incisions longitudinales, pour détacher l'écorce, qu'on divise en lanières; c'est ainsi qu'on procède à la récolte des écorces de chêne, de garou, de sureau, de racines de grenadier, de cynoglosse. L'écorce des branches ne doit être détachée qu'autant que ces branches ont une certaine grosseur et apparu tiennent à des arbres arrivés à leur entier développement. L'écorce du sureau est appelée deuxième écorce, parce qu'on l'a privée de son épiderme en la raclant avec un couteau.
21. Récolte des feuilles. — On doit les récolter au moment où les organes floraux commencent à poindre. Plus tôt, elles sont trop aqueuses, plus tard, les principes immédiats les ont abandonnées au profit des fleurs. Cette règle n'est pas sans exception, car la petite centaurée est plus amère, la mercuriale plus purgative pendant la floraison et la fécondation qu'avant cette époque. Lorsque les feuilles, comme dans les Labiées, contiennent le même principe que les fleurs, et que ce principe augmente par la végétation, il faut atten-
dre la floraison. On a observé que dans cette famille, le principe aromatique allant en augmentant de la base au sommet de la plante, les parties foliacées supérieures diffèrent peu de la fleur; on les récolte ordinairement ensemble : c'est ce qu'on appelle sommités fleuries.
On fera la récolte des feuilles par un temps sec, deux ou trois heures après le lever du soleil ; on rejettera celles qui sont rongées par les vers, salies par la terre, ou bien encore celles qui sont sèches et étiolées.
22. Récolte des fleurs. — On y procède, en général, au moment où la fécondation va s'opérer, ce qui arrive lorsque l'épanouissement commence. Plus tard, les sucs cessent de se porter sur les enveloppes florales, qui dépérissent rapidement. Ce précepte souffre pourtant plusieurs exceptions. C'est ainsi qu'il faut cueillir à l'état de bouton la fleur des Synanthérées (armoise, arnique, camomille, tussilage) dont le développement continue encore à se faire après la cueillette et pendant la dessiccation, car ces fleurs trouvent matière à développement dans les sucs dont sont gorgés leurs réceptacles charnus. On récolte encore en bouton la rose de Provins, parce que les principes colorants et astringents y sont plus développés en ce moment. Les fleurs de bourrache, de camomille, de guimauve, de mauve, présentant des propriétés identiques dans toutes leurs parties, on les récolte entières. Au contraire, on séparera les calices des fleurs de coquelicot, de violette, de roses de Provins, qui non seulement altéreraient la couleur des infusés, mais encore pourraient par leur astringence contrarier l'effet des pétales. C'est à cause.de son astringence que l'on préfère le calice à la corolle du grenadier. Dans la fleur du safran, on ne prend que les stigmates, car c'est la seule partie qui renferme les principes colorants et aromatiques. J'ai déjà indiqué pourquoi les fleurs des Labiées sont cueillies accompagnées des feuilles qui les avoisinent (sommités fleuries) ; il y a ici identité dans l'action des deux organes. Le même précepte est applicable à l'ambroisie du Mexique, à la tanaisie, à la véronique. Les fleurs en cymes, en corymbes, en ombelles sont récoltées avec leur support commun.
Si les fleurs doivent être séchées, on n'en fera la récolte que lorsque la rosée a disparu ; lorsqu'au contraire on doit les soumettre à la distillation (hydrolats, essences), on n'attendra pas que les rayons du soleil aient dissipé en grande partie leurs principes aromatiques.
». 23. Récoite des plantes entières. — Elle rentre en général dans les deux cas précédents, soit qu'on emploie la plante avant la .floraison (fumeterre, laitue, pariétaire), soit qu'on se serve de la
plante fleurie (chardon bénit, gléchome hédéracè, germandrée aquatique, rue odorante, sauge, thym). On récolte la morelle noire quand les fruits sont mûrs.
24. Récolte des fruits. — L'époque la plus favorable à cette récolte varie suivant que les fruits sont charnus ou secs.
A. Fruits charnus. — On les cueille à l'époque de leur complet développement, tantôt avant, tantôt après leur maturité. On récolte avant leur maturité le verjus ainsi que les groseilles, les mûres, dont le suc devient tellement visqueux plus tard qu'on ne peut l'extraire; les coings-, parce que la proportion de leurs principes astringents est moindre quand ils sont très mûrs ; les fruits que l'on veut conserver frais, oranges, citrons, dont la maturation s'achève dans le fruitier. On récolte quand leur maturité est complète les fruits qu'on veut employer immédiatement, berberis, concombre sauvage, fraises, nerprun, sureau. Les jujubes doivent être flétries et les figues pendantes.
B. Fruits secs. — Les fruits déhiscents doivent être récoltés quand la graine et le péricarpe ont acquis tout leur développement, mais avant leur dessiccation naturelle. A la fin de leur vie, il se manifeste dans les péricarpes des changements de couleur qui annoncent des changements chimiques dans le tissu. Les fruits de séné (follicules) sont souvent moins actifs que les feuilles, tandis qu'ils les égalent s'ils ont été cueillis au moment voulu (Matthiole). On en pourrait dire autant des capsules de pavot; il faudrait les récolter dès que la capsule commence à jaunir, pour que leur action fût toujours égale et certaine.
Les fruits indéhiscents doivent être récoltés à des époques qui varient avec les usages auxquels on les destine. Si le péricarpe est la partie essentielle du fruit, on le récoltera avant la dessiccation naturelle : exemple, les fruits secs des Ombellifères, dont le péricarpe renferme l'essence et la résine qui constituent les principes actifs de l'organe. Si, au contraire, on recherche les propriétés qui appartiennent à la graine, on attendra une complète maturité, afin que les différentes parties aient acquis tout leur développement (fruits des Graminées, noix, amandes).
25. Récolte des graines. — On récoltera les graines des fruits charnus à l'époque de la maturité des péricarpes (courge, coing), sans se préoccuper si ces graines sont arrivées ou non à leur complète maturité, parce que, le péricarpe ne tardant pas à fermenter, les graines pourraient être altérées. Au contraire, les graines des fruits secs (ricin, datura, moutarde) étant à l'abri de ces accidents, on n'effectuera leur récolte que quand elles seront parvenues à complète maturité. 11 importe de ne point oublier que, les fruits
HÉRAUD. PLANTES MÉD. t
déhiscents laissant échapper leurs graines à 1 époque de la matarite, la récolte doit devancer le moment où cette déhiscence s'opère. Les graines que recouvre une coque ligneuse (noix, amandes) sont cueillies avec cette enveloppe, qui les garantit de l'action de Pair et des attaques des insectes. Les fruits des Graminées, des Crucifères, des Légumineuses, des Ombellifères, trop petits pour être récoltés isolément, le seront avec leur tige, dont on les détache après dessiccation, soit à la main, soit par le battage.
26. Récolte des principes immédiats. — Elle doit se faire à l'époque où les végétaux les contiennent en plus grande- quantité. La manne, par exemple, s'obtient en larmes pendant les mois de juillet et d'août, en sorte en septembre, à l'état de manne grasse en Octobre et en novembre. La térébenthine de Strasbourg est récoltée au printemps et en automne en Suisse et dans les Vosges ; celle de Bordeaux s'exploite, dans les Landes, de février en octobre. Les huiles fixes sont extraites des semences complètement mûres; l'opium est récolté sur les capsules vertes du pavot, le lactucarium sur les tiges montées et prêtes à fleurir de la laitue cultivée.
Les végétaux exotiques et les produits qui en dérivent nous sont apportés dans un état qui leur permet de se conserver pendant longtemps. Il suffit de les garantir de la poussière, de la lumière et de l'humidité.
Les plantes indigènes qu'on ne peut se procurer fraîches ou qui ne sont pas employées dans cet état doivent, pour se conserver, être amenées à un état de siccité convenable. 11 convient de faire remarquer que quelques plantes ne peuvent subir la dessiccation sans perdre leurs propriétés médicales : telles sont les feuilles des Crucifères, la racine de raifort, la mercuriale; les feuilles d'aconit desséchées sont bien moins actives. D'autres plantes, après dessiccation, présentent une efficacité plus grande sous le même poids, ce qui peut tenir souvent à la diminution de la proportion d'eau, et quelquefois aux modifications qui se produisent dans la nature des principes actifs.
27. Conservation des plantes à l'état frais. — Lorsqu'on peut conserver une plante fraîche, il est bon de le faire. Un procédé qui réussit bien est celui qui consiste à les enterrer dans un sable fin très sec. C'est ainsi qu'on conserve la racine de raifort après avoir coupé le collet, afin que les feuilles ne puissent pas se développer; c'est ainsi qu'opèrent les herboristes de Paris, pour assurer la coo-
sèrvation des rhizomes d'iris et des racines de réglisse et de grenadier. Les progrès de la culture maraîchère permettent de se procurer du cresson pendant toute Tannée; mais on peut prolonger l'époque de la récolte des feuilles fraîches en coupant les fleurs au for et à mesure qu'elles paraissent; de cette manière, les sucs nourriciers ne sont pas détournés au profit des organes floraux, ils affluent daas les feuilles et s'y perfectionnent.
28. Dessiccation des plantes. — La dessiccation est d'autant plus parfaite qu'elle est plus rapide et qu'elle s'effectue à une température plus basse. Les deux moyens qu'on doit combiner pour atteindre ce but sont : 1° une élévation convenable de température; 2» le renouvellement de l'air. Guibourt condamne avec raison le procédé qu'emploient les herboristes et qui consiste à suspendre, devant la maison, des guirlandes de plantes qui restent ainsi exposées pendant longtemps aux intempéries de l'air et à la poussière, ainsi que l'usage du four du boulanger, où les plantes se cuisent et s'altèrent. On peut pourtant avoir recours au séchage à l'air libre lorsque le climat le comporte.
Sécîwir. — Le plus convenable est un grenier aéré, placé de préférence sous les combles, parce que le soleil l'échauffé, exposé au midi, présentant des ouvertures nombreuses pour le renouvellement de l'air. Celles-ci doivent être fermées avec des persiennes qui ne s'opposent pas au courant d'air, mais qui garantissent les plantes du rayonnement direct du soleil, susceptible de les altérer et de les décolorer. Des volets extérieurs permettent de clore entièrement la pièce en cas de pluie. On peut faire du feu dans le séchoir, mais alors on se rapproche des conditions de l'étuve. Les plantes seront placées sur des claies, où on les étalera en couches peu épaisses et on les retournera souvent. On peut aussi suspendre les plantes en guirlandes, en les disposant par paquets espacés, peu serrés et peu volumineux, paquets que l'on désigne sous le nom de bouquets, en terme technique.
Étuve. — Elle présente plusieurs avantages sur le séchoir, car on est libre dy élever la température autant qu'on le désire; l'air . s'y renouvelle bien, et on peut opérer quelque temps qu'il fasse, de jour comme de nuit. Seulement le prix de revient est un peu plus élevé. Je ne décrirai point les divers systèmes d'étuves. Les plantes y sont placées sur des claies en couche mince et retournées souvent. Il est indispensable de ne les exposer d'abord qu'à une température de 20 à 25°, qu'on élèvera plus tard à 35 ou 40°. Employer cette dernière température dès le commencement ou la dépasser plus tard, c'est s'exposer à voir les plantes cuire dans leur eau de végétation.
L'un et l'autre de ces modes de dessiccation présentent des avantages et des inconvénients suivant la nature de la plante qu'il s'agit de dessécher. Les végétaux aromatiques doivent être desséchés au grenier et à la plus basse température possible, parce que l'essence se volatilise facilement. L'étuve sera préférée pour les plantes charnues, telles que la bourrache, les racines succulentes, les bulbes. On devra également avoir recours à l'étuve pour certaines plantes qui, se desséchant trop lentement au séchoir, s'altèrent et fermentent : telles sont par exemple la scolopendre, qui y devient jaunâtre; la mélisse, la benoîte, la véronique, qui y perdent leurs propriétés thérapeutiques.
Séchage à Vair libre. — Il peut être exécuté sans inconvénient dans le midi de la France, depuis le mois de juin jusqu'à la fin de septembre et souvent jusqu'à la mi-octobre. A cette époque, l'air est ordinairement très sec, la température élevée, la pluie très rare. Ce mode de séchage, pratiqué avec les précautions convenables, donne de bons résultats; les figues, les jujubes, les raisins ne sont pas séchés autrement. On peut le mettre en usage pour toutes les plantes ou les parties de plantes moyennement aqueuses (fuméterre, trèfle d'eau, mercuriale, chardon bénit, écorces de chêne et de garou). Les plantes ou les parties de plantes qui ne renferment presque pas d'eau, mais qui sont' riches en principes volatils (thym, romarin, stigmates de safran, ombelles de fenouil, d'anis, etc.), seront séchées à l'air libre ou à l'ombre. On laisse sécher sur pied les plantes dont on récolte les fruits lorsque ceux-ci sont indéhiscents (Graminées, Crucifères, etc.).
Examinons maintenant les précautions particulières qu'exige la dessiccation de chaque partie des plantes.
Les racines, les rhizomes, les tubercules sont d'abord débarrassés de la terre, comme nous l'avons dit; on retranche le collet et les radicelles. On coupe les racines charnues par tranches minces (bryone), ou bien on les fend en deux ou en quatre (ache, angélique), on les étale sur des claies, ou bien on en fait des chapelets en les traversant par une ficelle et on les place à l'étuve ou au séchoir. Les racines peu succulentes sont coupées en tronçons courts qu'on étale sur des claies (bàrdane, patience); celles qui sont minces sont disposées en paquets (valériane, chiendent). Lorsque le cœur ou méditullium est inerte (cynoglosse), on fend la racine et on l'enlève. On prive de son épiderme la racine de guimauve; à cet effet, lorsqu'elle est sèche, on la roule dans un tonneau muni de râpes.
Les bulbes sont desséchés soit à l'étuve, soit au soleil (colchique, scille).
Les tiges y les bois, les écorces, ne contenant que fort peu d'eau, se dessèchent, avec la plus grande facilité, en les exposant à l'action de l'air dans un grenier.
La dessiccation des plantes entières herbacées et des feuilles ne présente rien de particulier; on étale les feuilles grandes et moyennes sur des claies en couches minces, on réunit celles qui sont plus petites en paquets peu volumineux et on les place dans le séchoir ou à Tétuve. Dans ce dernier cas, on élève, après quelque temps, la température à 40 ou 45°. Une dessiccation moins prompte pourrait ne pas empêcher la fermentation. Les plantes aromatiques ne seront exposées qu'à une chaleur de 30°. On reconnaît que les plantes sont sèches lorsqu'elles sont devenues cassantes.
Les sommités fleuries sont disposées sur des claies et recouvertes de papier, ou bien on en fait des bouquets qu'on met dans des cornets de papier, afin de les préserver de Faction décolorante de la lumière. On dispose ainsi les sommités de petite centaurée, de mélilot, d'origan, etc.
La dessiccation des fleurs est plus difficile, car il s'agit de conserver leur odeur et leur couleur. On sépare d'abord le calice s'il y a lieu (roses rouges, violettes, coquelicot), et on les dispose sur des toiles tendues ou dans des tamis au-dessus d'une feuille de papier gris; on les couvre avec une autre feuille de ce papier, et on les dessèche promptement en accélérant d'autant plus cette opération que les pétales sont plus aqueux et plus altérables. Quelques fleurs exigent des précautions particulières ; c'est ainsi qu'il faut isoler le plus possible les pétales de coquelicot, parce qu'ils laissent exsuder en séchant une matière gommeuse qui les fait adhérer ensemble, ce qui les rend très altérables. Si les pétales de violettes sont destinés aux usages chimiques, on les lave d'abord à l'eau tiède pour séparer une matière verte et on les essuie en les pressant légèrement dans un linge. Les fleurs des Synanthérées (camomille, tussilage, etc.), qui ont la forme globuleuse, doivent rester plus longtemps à l'étuve que ne le ferait supposer l'état de dessiccation de leurs pétales, parce que le réceptacle conserve longtemps une eau de végétation qui deviendrait une cause rapide de détérioration.
Les fruits charnus ou pulpeux peuvent être séchés au soleil \dans le midi de la France), au séchoir, à Tétuve, ou au four à une chaleur assez modérée pour ne pas cuire leur chair. Dans ces dernieus cas, on les retire de temps à autre pour les exposer au soleil, notamment quand ils contiennent beaucoup de sucre, parce que celui-ci, entraîné à la surface, ne tarde pas à former une pellicule qui empêche l'humidité intérieure de se faire jour. Cette pellicule s'humecte rapidement lorsqu'on expose ces fruits à l'air, par suite
do courant aqueux qui s'établit entre les couches sèches extérieures et les couches humides intérieures, et, en répétant l'opération, on arrive à une dessiccation convenable.
Les graines bien mûres se conservent sans dessiccation (Graminées). On place à l'ombre et à l'air celles qui sont aromatiques (Ombellifères). Les graines émulsives sont placées au séchoir en couches minces sur des claies ou sur le sol.
La dessiccation des parties des plantes autres que celles que je viens d'énumérer, brou de noix, malicorium de grenade, balaustes, zestes d'orange et de citron, pulpe de coloquinte, macis, stigmates de safran et de mats, poly pore du mélèze, ergot de seigle, ne présente aucune particularité. Vagaric amadouvier est l'objet d'une préparation spéciale. Les galles du chêne, les balles d'avoine, les filaments du cotonnier sont récoltés secs.
29. Déchet que les plantes éprouvent par la dessiccation. — Il ne sera ici question que des plantes décrites dans l'ouvrage. Le chiffre indiqué est celui qui fournit un kilogramme de substance fraîche.