‹ Nouveau dictionnaire des plantes médicinalesChapitre 2 sur 226 · DE LA DEUXIÈME ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA DEUXIÈME ÉDITION

La médecine, dès son berceau, emprunta au règne végétal la plupart de ses remèdes. Plus tard seulement, elle fit appel aux substances tirées des animaux et des végétaux. Les premiers botanistes furent des médecins, et c'est grâce à leurs patientes études que la botanique a devancé les autres branches de l'histoire naturelle dans la voie du progrès.

Cette science, si en honneur chez les anciens médecins, semble pourtant frappée d'une certaine défaveur auprès des praticiens de notre époque. Les causes de cet injustQ discrédit sont nombreuses ; j'en retiendrai deux seulement.

En première ligne, on doit placer la préférence que l'on accorde aux remèdes étrangers sur les remèdes indigènes. Cette préférence ne date pas d'hier ; Pline la signalait déjà. « C'est là, en effet, une disposition naturelle de l'esprit humain, toujours plus porté à estimer ce qu'il ne possède pas ou ce qui est rare et cher, que ce qu'il possède et voit croître à ses pieds » (Virey). Les Chinois recherchent notre petite sauge, les Orientaux notre angélique, notre valériane. Nous leur demandons leur thé, leur séné, leur casse. Notre sol nourrit pourtant des végétaux pour le moins aussi actifs que ceux que produisent les régions lointaines ; l'aconit, la belladone, le colchique, la digitale, le nerprun, la scille, etc., n'ont rien à envier, comme activité, à certaines plantes tirées à grands frais des pays étrangers. A part le quinquina, toutes les plantes étrangères trouvent des succédanés en France.

D'un autre coté, la chimie n'est point étrangère à ce dédain

VI PRÉPAGE DE ÎA DEUXIÈME ÉDITION

pour les études botaniques. Avec la découverte des alcaloïdes, on put croire que l'étude des plantes médicinales était devenue sans objet, puisqu'il a été possible d'extraire, de toutes celles qui présentent une certaine activité, un ou plusieurs principes d'une administration sûre et facile et d'un effet éprouvé. Cette proposition est vraie dans un grand nombre de cas, et, s'il en était toujoursainsi, les médicaments végétaux n'auraient plus leur raison d'être. L'expérience a pourtant démontré que souvent on ne saurait attribuer à l'un des principes immédiats d'une plante, quelque énergique qu'il soit d'ailleurs, les mêmes propriétés médicales qu'à la plante elle-même; la quinine ne représente pas plus le quinquina que la morphine ne représente l'opium ; la digitaline, l'aconitine, suivant leur mode de préparation, présentent des effets thérapeutiques différents.

Et puis cette substitution de la chimie à la botanique, de l'alcaloïde ou de l'extrait à la plante, esUelle toujours possible? Oui, à la ville; mais à la campagne, où le médicament chimique, où le médicament étranger font souvent défaut au praticien, que faire ? Le médecin va-t*il rester désarmé, alors qu'autour de lui la colline et le vallon, la prairie et la forêt lui fournissent de précieux auxiliaires, qu'il peut appeler à lui, enrôler sous ses ordres, à cette seule condition de savoir les reconnaître et les distinguer des espèces voisines, inutiles ou dangereuses? Poser la question, c'est la résoudre.

En thérapeutique végétale, deux écueils se présentent qu'il faut craindre et éviter : la crédulité des anciens, dont la singulière confiance accordait les propriétés les plus actives aux végétaux les plus inoffensifs, et le dédain souvent mal justifié des modernes. Rendre justice aux produits étrangers au sol natal, mettre à contribution ceux que la nature offre journellement à nos yeux : telle est la double tâche que je me suis imposée.

Cette deuxième édition n'est point d'ailleurs une simple réimpression. Le travail primitif a été revu avec soin et a subi toutes les modifications et additions que nécessitaient les récentes acquisitions de la science.

PRÉFACE Dfe LA DEUXIÈME ÉDITION VII

Après avoir indiqué les noms français et latins de chaque planté, oingi que les noms vulgaires les plus connus, je signale la famille et s'il y a lieu la sous-famille dont elle fait partie, et je termine par l'étymologie.

Dans la description qui vient ensuite, je me suis efforcé de rendre aussi exact et aussi complet que possible le tableau des caractères propres à faire reconnaître le végétal ; ces descriptions ont été tracées soit d'après nature, soit, pour les espèces exotiques, d'après les auteurs les plus recommandables; quand la chose est possible, je désigne l'époque à laquelle la fleur arrive à l'épanouissement, le fruit à la maturité. Je complète les indications relatives à la botanique, en faisant connaître le pays daUB lequel croît la plante et les soins à lui donner au cas où il est indispensable de la oultiver.

Je m'occupe ensuite d'énumérer les parties du végétal usitées en médecine, d'exposer les précautions que l'on doit avoir pour les récolter et les conserver ; je passe alors à l'examen des propriétés physiques et chimiques de ces substances, et à l'indication :

1° Des modifications qu'on leur fait subir pour faciliter leur emploi en médecine;

2° Des doses auxquelles on les prescrit ; 3° Des médicaments qu'il faut éviter de leur associer et de ceux qui peuvent les suppléer.

Je termine enfin par l'exposé de l'action que chaque plante exerce sur l'économie animale, et des applications, soit rationnelles, soit empiriques, dont elle a été l'objet.

J'ai fait précéder cette étude : 1° par des considérations générales sur le choix, la récolte, la conservation des plantes, leurs formes pharmaceutiques les plus usuelles ; 2° par une classification des plantes d'après' leurs propriétés médicales avec clef dichotomique. Elle se termine par un mémorial thérapeutique.

L'ordre alphabétique est celui que j'ai adopté. Sans doute il a l'inconvénient de rompre les analogies soit botaniques, soit médicales, que permettent d'ailleurs de rétablir la classification

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