ELLÉBORE BLANC
3 centimètres de diamètre, sur 5 à 8 centim. de long, blancs à l'intérieur, noirs et ridés au dehors, munis ou non de fibrilles nombreuses, jaunâtres, de la grosseur d'une plume de corbeau; sa saveur douceâtre, mêlée d'amertume, devient bientôt acre et corrosive. On la trouve souvent mélangée de racines d'asperges.
Récolte. — Elle arrive sèche de la Suisse. On la récolte au printemps ou à l'automne.
Composition chimique. — La racine d'ellébore contient : vératrine, jervine, acide jervique, gallate acide de vératrine, matière colorante jaune, amidon, ligneux, gomme. La vératrine se trouve surtout dans les radicelles et les couches extérieures de la racine. C'est une substance incolore, pulvérulente, rarement cristalline, d'une grande âcreté, excitant, à très petites doses, de violents éternuements, quand elle est aspirée par le nez ; peu soluble dans l'eau ; soluble dans l'alcool et l'éther, prenant une teinte écarlate sous l'influence de l'acide nitrique froid. Sa composition est représentée par C6*H5*Az20*6 (?). La jervine, C60HwAzH» (?), est un alcaloïde blanc, cristallin, peu soluble dans l'eau, très soluble dans l'alcool. L'acide jervique a pour formule C^R^O* + 4HO (Weppen).
Formes pharmaceutiques, doses. — 1° Poudre, 1 à 3 décigr. comme éméto-cathartique. 2° Teinture, 5 décigr. à 2 gr. 3° Infusion, pp. 60 : 1000 (usage externe).
Action physiologique. — L'ellébore blanc est un poison narcotico-âcre très violent, qui exerce une action très énergique sur la peau et les muqueuses. La poudre inspirée produit de violents éternuements. Administrée à l'intérieur, elle manifeste une saveur acre, provoque la salivation, détermine une sensation de chaleur dans l'estomac ; si la dose est élevée ou toxique, il survient des vomissements, des superpurgations, des accidents cholériformes. Sous son influence, on constate une augmentation dans l'excrétion urinaire et dans la transpiration cutanée. Les contre-poisons sont le tannin et l'iodure ioduré de potassium.
Usages. — On l'a employé comme sternutatoire ; on l'a conseillé à cause de son action émétique, purgative, antispasmodique, dans l'anasarque, la goutte, les congestions cérébrales, les paralysies, le rhumatisme articulaire, la péritonite puerpérale, les affections du système nerveux. On s'en sert sous forme de pommade, de lotions, pour combattre la gale, la teigne, le prurigo, le pytiriasis versicolor, pour détruire les poux; mais son emploi, dans ce cas, n'est pas sans inconvénient, et l'effet de ce médicament doit toujours être surveillé avec soin.
Succédanés. — Le Veratrum nigrum L. possède à peu près les mêmes propriétés et lui est souvent substitué. On se sert, en Amé-
-266 ELLÉTARIE CARDAMOME
rique, d'un autre vératre, le vératre vert (Veratrum vivifie U. S.) ou ellébore des marais, qui a les mêmes usages, mais qui demande à être employé à doses un peu plus fortes; il appartient aussi à la famille des Colchicacées.
Le nom de vératre devrait prévaloir sur celui d'ellébore, car «plusieurs plantes de la famille des Renonculacées portent la même appellation générique; nous citerons : 1° l'ellébore noir (Elleborus niger L.), rose de Noël, qu'il ne faut pas confondre avec le vératre noir : son rhizome, d'une saveur acre et amère, était employé autrefois comme purgatif; il est à peu près inusité, si ce n'est dans la médecine vétérinaire; 2° l'ellébore fétide (Elleborus fœtidus L.), .patte d'ours : employé par les vétérinaires, il est vermifuge; 2° l'ellébore vert L. (Elleborus viridis L.), usité dans les maladies de la j>eau; 4° l'ellébore d'Orient (Elleborus orientalis Lamk), vanté jadis contre la folie.
ELLÉTARIE CARDAMOME. — On donne le nom de cardamomes à plusieurs fruits à graines aromatiques produits par des plantes de la famille des Amomacées. Le cardamome officinal ou cardamome du Malabar est fourni par rELLÉTARiE cardamome (Elletaria cardamomum Whit et Mat., Alpinia cardamomum Roxb., Amomum racemosum, Amome à grappes).
Description. — Racine longue, traçante, noueuse, blanchâtre. Tiges de 2 à 4 mètres, droites. Feuilles alternes, étroites, lancéolées, acuminées, engainantes à la base, vertes, minces. Fleurs blanchâtres, portées par des hampes rameuses qui naissent de la racine et qui sont couchées sur la terre. Ces fleurs forment une grappe longue, irrégulière, articulée, coudée, écailleuse, sortant de petites spathes membraneuses. Calice double, l'extérieur cylindrique, tu- Tmlé, mince, à bord divisé en 2 lobes courts et obtus; l'intérieur a 4 divisions dont trois étroites lancéolées assez semblables entre elles, la quatrième plus grande, élargie au sommet. Anthère double. Ovaire à 3 loges; style grêle; stigmate terminal concave. Fruit (capsule) de la grosseur d'un grain de raisin, à 3 côtes obtuses, sec, ferme, à 3 loges, s'ouvrant en 3 valves par déhiscence loculicide; graines anguleuses, cunéiformes, d'un gris brun, attachées à l'angle interne, d'une odeur et d'une saveur aromatiques. ^ .
Habitat. — Cette plante croît dans les lieux ombragés et humides de l'Inde, la côte du Malabar, les Gâtes près de Mahé. On la cultive à la Jamaïque.
Parties usitées. — Les capsules et les graines. On récolte les capsules en novembre et on les fait sécher sur un feu doux, ce qui change leur couleur verte en une teinte paille. Guibourt distingue -deux variétés de capsules : 1° le Petit cardamome du Malabai
ELLÉTARIE CARDAMOME
(fig. 114), dont la coque triangulaire, un peu arrondie; longue de 1 centim. environ, striée longitudinalement, un peu bosselée, contient des graines brunâtres, irrégulières, d'une odeur forte et térébinthacée. Ce serait le vrai cardamome officinal, celui qui a la plus grande valeur vénale. 2° Le Long cardamome du Malabar (moyen cardamome) est plus allongé, d'un blanc cendré ; ses graines sont rougeâtres (flg. 115). On connaît sous le nom de Grand cardamome
Fig. 114. — Petit cardamome du Malabar.
Fig. 115. — Long cardamome du Malabar.
Fig. 116. — Cardamome de Geylan.
(cardamome de Ceylan) des capsules produites par VElletaria major Smith (Grande ellétarie) (fig. 116). Elles ont 3-4 centim. de long; elles sont pointues aux deux bouts, d'un gris brunâtre et contiennent des graines très anguleuses, blanchâtres, d'une odeur et d'une saveur moins fortes que celles des espèces précédentes.
Composition chimique. — Les graines du cardamome du Malabar contiennent : huile essentielle incolore, huile fixe jaune, fécule, matière colorante jaune, ligneux, quelques sels. L'huile essentielle est d'odeur suave, de saveur brûlante, plus légère que l'eau, soluble dans l'alcool, l'éther, les huiles grasses, l'acide acétique. Elle perd son odeur et sa saveur en vieillissant.
Formes pharmaceutiques, doses. — On rejette les valves, on vanne les graines pour en séparer les cloisons minces qui y restent mélangées. On prépare, avec ces graines, une poudre, dose 2 décigr. à 2 gram., et avec les fruits une teinture.
Usages. — Le cardamome peut recevoir toutes les applications
des aromatiques; néanmoins il est devenu d'un usage très restreint. Le plus ordinairement, on ne l'utilise qu'associé à d'autres substances ; c'est ainsi qu'il entre dans l'alcoolé de cardamome composé, la thériaque, le diascordium. Les parfumeurs mettent son arôme à profit. Dans l'Inde, il est fréquemment employé comme stomachique, excitant, carminatif et comme condiment. ENCENS. — Voy. Plosslée papyracé.
ÉPINE- VINETTE. — Voy. Berberis commun* ERGOT DE SEIGLE. Sclerotium clavus DC, Spermœdia clavus Fries. Seigle ergoté, Ergot. Champignons. Description (flg. 117). — C'est un corps solide, long de 1-3 centimètres, large de 2-4 millimètres, pres- Éj que cylindrique, obscurément quadran-
ÊB gulaire ou triangulaire, plus* ou moins
^Ê arqué, ressemblant à une petite corne ou
mm Qt à un ergot de coq.; d'un brun violet à
OÊ ^Bk l'extérieur, parfois grisâtre, marqué sur
M 'lHfc ^ le côté d'un sillon longitudinal avec des
^H h| m fissures transversales. Son odeur, qui
■■ WÊ H rappelle celle des champignons, se trans-
^B WË ^Ê forme en une odeur de poisson pourri,
^H ÊB wÊ quand il commence à se décomposer. Sa h ^r W saveur, d'abord faible, détermine, plus
^ tard, une astriction particulière dans
Fig. 117. - Ergot de seigle, l'arrière-bouche. Il est ferme, compact; sa cassure est blanche avec une teinte vineuse sur les bords ; sa poudre de couleur cendrée.
Origine. — L'ergot (fig. 118) se rencontre souvent pendant les années pluvieuses sur les épis de seigle. Avant la fécondation et dans les premiers temps qui suivent l'apparition de l'ovaire, il se développe, dans l'intérieur de la glume et à la partie supérieure de l'ovaire resté à l'état rudimentaire, une matière liquide, visqueuse, la sphacélie des céréales (Sphacelia segetum Lev.) ou spermogonie Tul., qui colle ensemble les organes de la végétation et s'oppose à la fécondation. De cette matière gluante (fig. 119, À) va naître un corps mou, visqueux, d'un blanc jaunâtre, 6, qui s'élève, grandit, en entraînant l'épiderme velu de l'ovaire o et en refoulant tellement au-dessous de lui cet organe, qu'on n'en constate bientôt plus l'existence que par la présence d'un point noir. Ce corps est l'ergot, il sort de l'épi (fig. 119, B), en entraînant avec lui la sphacélie a, qui reste attachée à la partie terminale de cette nouvelle production; mais elle se dessèche au bout de quelque temps et manque complètement dans l'ergot du commerce.
Cet ergot est un mycélium tuberculeux; en effet, en le plaçant superficiellement dans une terre humide, à une température douce
Fig. 119. — Ergot de seigle et sa sphacélie.
Fig. 118. — Épi de seigle ergoté.
Fig. 120. — Ergot de seigle portant des Clavieept pur pur ea.
et à l'abri de la lumière, il donne naissance à un certain nombre de sphéries (Claviceps purpurea Tul., Sphœria purpurea Fries) (flg. 120), faciles à reconnaître par leur pied a et leur chapeau globuleux 6, contenant des spores. Ces spores, en germant sur une fleur non fécondée de seigle, reproduisent la sphacélie, d'où sortira Pergot, lequel à son tour, placé dans des conditions favorables, engendrera la sphérie ou champignon parfait capable de fructifier et de se reproduire.
Conservation. — Il s'altère aisément, et souvent il est attaqué par un sarcopte semblable à celui du fromage. On doit le conserver dans un lieu sec et dans des vases bien fermés.
Composition chimique. — Le seigle ergoté contient : ergotine, huile grasse, matière grasse cristallisable, acide cérotique, mycose ou tréhahse, matières extractives et colorantes, albumine, fungine, phosphate acide de potasse et de chaux (Wiggers), formiate de propylamine (Winckler). L'huile est épaisse, insipide, inodore, soluble dans l'éther et l'alcool chaud. Elle est sans action sur l'économie animale, quand elle a été obtenue par expression ; mais elle est très active si on l'a préparée par l'intermédiaire de l'éther, car alors elle renferme la substance active de l'ergot. L'ergotine de Wiggers est d'un rouge brun, pulvérulente, amère, légèrement acre, d'odeur nauséabonde, neutre, ressemblant beaucoup au rouge cinchonique, insoluble dans l'éther et l'eau, soluble dans l'alcool ; sa puissance est 60 fois plus grande que celle de l'ergot. Il ne faut pas la confondre avec l'ergotine de Bonjean, qui n'est qu'un extrait hydro-alcoolique. Le principe sucré, ou mycose, est voisin du sucre de canne et ne réduit l'oxyde de cuivre qu'après une ébullition prolongée. Wenzell a séparé du seigle ergoté deux alcaloïdes particuliers, Yecboline et Vergotine, qui seraient combinés avec un acide spécial, Vacide ergotique. Le premier de ces alcaloïdes résumerait •les propriétés actives de l'ergot. D'après Tanret, l'ergot de seigle renfermerait un alcaloïde, l'ergotinine, C10H40Az4Ol\ substance •cristalline, blanche, se colorant promptement à l'air.
Formes pharmaceutiques, doses. — 1° Poudre, 30 à 40 centigr. ; 4 à 8 fois dans les 24 heures ; on ne la prépare qu'au moment -de l'employer. 2° Décoction, pp. 3 à 4 : 500 d'eau. 3° Sirop, 50 à 400 gr. 4° Extrait, 2 décigr. à 2 gram. b'° Extrait hydro-alcoolique (ergotine de Bonjean), 2 décigr. à 2 gr. et plus. 6° Sirop d'ergotine, 30 à 60 gr., et plus.
Le tannin serait le contre-poison de l'ergot et de ses préparations.
Succédanés. — Plusieurs autres graminées, telles que le blé, le chiendent, l'orge, l'ivraie, YAvena elatiorh., le Dactylis glomerata L.,
VAlopecurus agrestis L., et même plusieurs cypéracées sont frappées par l'ergot. Ces champignons n'ont point été employés, excepté pourtant l'ergot de blé, qui a été considéré comme ne le cédant en rien à celui du seigle.
Action physiologique. — Administrés à doses thérapeutiques, le seigle ergoté et l'ergotine déterminent chez l'homme et la femme non enceinte des troubles légers du côté de l'estomac, de la sécheresse à la gorge, la pâleur de la peau, des douleurs abdominales ; la pupille se dilate, la circulation se ralentit, le pouls devient petit et dur, la diurèse augmente, la sueur et la sécrétion lactée diminuent, se suppriment même, les artérioles se contractent. A haute dose, il se manifeste des troubles cérébraux. Lorsqu'il est mélangé, en quantité notable, à la farine de seigle ou de fromenf, il produit les accidents que Ton désigne sous le nom d'argotisme convulsif, si les symptômes nerveux dominent, et sous celui d'ergotisme gangreneux, quand le symptôme principal est la gangrène des extrémités. Chez la femme enceinte, il survient, un quart d'heure ou une demiheure après l'ingestion, des tranchées et des contractions utérines. Dans ce résumé rapide, trois faits frappent l'attention, car ils peuvent être rapportés à la même cause, c'est la contraction des artérioles, celle de l'utérus et la dilatation de la pupille, qui seraient le résultat de l'action que l'ergot exerce sur les fibres lisses. Cette notion une fois admise, il est facile d'expliquer la plupart des effets de ce médicament et d'en déduire les applications thérapeutiques rationnelles. Par la contraction que subissent les vaisseaux, la pression du sang augmente, l'action diurétique en est la conséquence; la diminution de l'afflux sanguin à la périphérie explique la cessation des hémorrhagies, l'affaiblissement des sécrétions lactée et urinaire, la gangrène de l'extrémité des membres. On trouve la cause de la dilatation de la pupille dans la contraction des fibres radiées de l'iris. Enfin, l'action prépondérante sur l'utérus s'explique par la contraction des fibres lisses de cet organe et des vaisseaux.
Usages. — Le seigle ergoté est employé dans les accouchements difficiles, mais seulement alors que le col est dilaté et qu'il n'existe aucun obstacle mécanique à l'expulsion du produit. L'administration de cette substance ne doit être pratiquée qu'avec réserve, car, trop hâtive ou inopportune, elle peut être dangereuse pour la mère et pour l'enfant. On l'emploie également lorsque la délivrance est tardive, pour favoriser l'expulsion des caillots contenus dans la matrice. L'ergot et ses préparations sont préconisés dans tous les cas d'hémorrhagie, mais surtout dans les hémorrhagies utérines puerpérales ou non. L'action spéciale de ce médicament sur les fibres lisses pourra être utilisée dans les paralysies d'organes formés de
ERYTHREE PETITE CENTAUREE
fibres de cette nature, telles que la vessie, l'intestin. On l'emploie également dans quelques affections du cœur, alors qu'il convient d'obtenir une sédation énergique, mais peu durable. Enfin, à l'extérieur, l'ergotine (dO grammes pour 400 à 200 gram. d'eau) constitue un médicament d'une grande valeur pour arrêter les hémorrhagies causées par l'ouverture des capillaires ou des vaisseaux d'un volume assez faible pour ne pas nécessiter la ligature. ERYTHRÉE PETITE CENTAURÉE. Erythrœa centaurium Pers.,
Chironia centaurium W., Gentiana centaurium L.
Petite centaurée, Herbe au centaure, Herbe à Chiron. Genttanacées.
(TEpvôp6ç, rouge, à cause de la couleur de la corolle.)
Description (fig. 121).
— Plante de 2-3 décimètres, inodore, franchement amère. Racines fibreuses, petites, blanchâtres. Tige grêle vers le bas, quadrangulaire, à rameaux opposés, dichotomes, étalés, ascendants, lisses, glabres. Feuilles opposées, sessiles, ovales, aiguës, entières, à 5 nervures, glabres, d'un vert jaunâtre, les radicales en rosette peu touffue, pétiolées, obovales ; les supérieures, linéaires, aiguës. Fleurs (juillet-août) d'un rose tendre, sessiles dans les dichotomies, pourvues de bractées linéaires et formant par leur ensemble des corymbes compacts et terminaux. Calice cylindrique à 5 divisions étroites, subulées et dressées. Corolle gamopétale, infundibuliforme, plus longue que le calice; tube étroit, strié; limbe à 5 divisions égales, ovales, obtuses. Étamines 5, à peine ouvertes; anthères introrses, se tordant en spirale après l'émission du pollen. Ovaire allongé, linéaire, monoloculaire, polysperme. Style court, bifurqué au sommet, chaque branche porte un stigmate arrondi.
Fig. 121. — Erythrée petite centaurée.