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APPEL AUX FEMMES

« Après ce dernier appel au triomphe de ta » République, voici venir l'heure de conquérir » notre liberté. La question politique tranchée, on 9 va s'occuper de la question sociale. Si nous

» ne sortons pas de noire indifférence, si nous » ne réclamons pas contre notre situation de » mortes civiles, la liberté, l'égalité viewlronl >> pour l'homme; pour nous femmes, ce sera » toujours de vains mots.

» Les ministères se succéderont, la République » de nom deviendra la République de fait; si la » femme se contente d'être résignée, elle conti- » nuera sa vie <£ esclave sans pouvoir se rendre » indépendante de Vhomme, dont le droit seul est » reconnu, le travail seul rétribué.

» Femmes de France,

» Trois projets de loi qui vous concernent sont » en ce moment soumis aux Chambres. Eh bien, » pas une de nous ne pourra les soutenir ou les » amender. Une assemblée d'hommes va faire des » lois pour les femmes comme on fait des règle- » ments pour les fous. Les femmes sont elles donc » des folles auxquelles on puisse appliquer un » règlement?

» L'homme fait les lois à son avantage, et nous » sommes forcées de courber le front. Parias de la » société, debout I Ne souffrons plus que Vhomme » commette ce crime de lèse-créature de donner » à la mère moins de droits qu'à son fils. Enten- » dons-nous pour revendiquer la liberté et la » faculté de nous instruire, la possibilité de vivre

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» indépendantes en travaillant, la libre accession » à toutes les carrières pour lesquelles elles jus- » tifkront des capacités nécessaires ;

» L'association et non la subordination dans » le mariage;

» L'admission des femmes aux fonctions de » juges consulaires, de juges civils, de jurés;

» Le droit d'être électeurs et éligibles dans la » commune et dans l'Etat.

» Femmes de Paris, il ne tient qu'à nous de » changer notre sort. Affirmons nos droits, récla- » mons-les avec persévérance et insistance. Nos » sœurs de la province nous suivront, et les » républicains sincères nous donneront leur con- » cou?\s à la tribune et au scrutin, parce que » émanciper la femme, c'est affranchir la géné- » ration naissante, c'est républicaniser le foyer. »

Tel est cet appel, resté et devant rester sans écho. En le transcrivant dans ma préface, je le faisais suivre de cette seule réflexion :

Le rédacteur du journal qui a cité cette proclamation trouve cela drôle. S'il est encore de ce monde dans vingt ans, il reconnaîtra que cela n'était pas aussi drôle qu'il le croyait le 23 janvier 1879.

Reprenons aujourd'hui cette proclamation, tenons-la pour une expression sincère et jugeons-

la avec l'impartialité à laquelle tout ce qui est sincère a droit, quelle que soit la forme ; tâchons d'établir le vrai, le faux, les contradictions, les résultats d'un pareil manifeste et mettons toute la méthode, toute la justice, toute la clarté, toute la logique possibles dans cette discussion. Ce n'est pas très facile quand on discute de la femme telle qu'elle doit être avec la femme telle qu'elle est, telle que nous l'avons faite, avouons-le, nous les hommes ; car nous l'autorisons, tantôt par notre despotisme, tantôt par notre admiration, tantôt par notre mépris, à dire que tout ce qu'elle a de bon vient d'elle et que tout ce qu'elle a de mauvais vient de nous. Prenons le fond môme des choses et traitons-les avec le même sérieux que l'auteur du manifeste.

La question n'est pas nouvelle. Cette revendication politique des femmes, ce désir de vouloir être associées h l'homme et môme substituées à lui dans le gouvernement de l'État, date de loin. H y a deux mille trois cents ans, Aristophane écrivait sur ce sujet une de ses meilleures comédies, et la tentative féminine a maintes et maintes fois été répétée depuis lors. Prenons la dernière, elle est restée et restera longtemps peut-être sans acquiescement, du moins parmi les femmes. Les raisons de l'insuccès sont bien simples et bien faciles à donner.

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D'abord, nombre de femmes n'ont pas lu ce manifeste ; mais, toutes les femmes de l'univers l'eussent-elles lu, le résultat obtenu eût été absolument le même. Dans quel groupe féminin eût-il pu trouver de l'approbation et de l'appui? Voyons comment se répartit l'espèce féminine dans notre pays et dans tous les pays civilisés.

Il y a d'abord (à tout bonheur tout honneur), il y a d'abord les femmes heureuses dans l'état actuel des choses. Celles-là non seulement ne demandent pas la moindre réforme, mais elles la redoutent et elles traitent de folles ou de déclassées celles qui en demandent une. Il est vrai de dire que le bonheur personnel n'est pas un argument dans une question générale, ce n'est qu'un privilège et il devient aisément de l'égoïsme. Nombre d'hommes aussi avaient trouvé le bonheur dans l'état social au milieu duquel ils vivaient ; cela n'a pas empêché d'autres hommes, ayant à souffrir de cet état social, de faire des révolutions nécessaires, et ce n'est pas fini, quels que soient la satisfaction et le profit que des hommes nouveaux tirent des reformes nouvelles. Il n'y a donc pas à compter sur L'adhésion des femmes heureuses, du moins tant qu'elles seront heureuses, et, en attendant, si elles se comptent, elles verront qu'elles sont loin d'être la majorité.

Il y a les femmes habiles, intelligentes, si vous

aimez mieux, qui, munies de certaines qualités physiques et morales, ont tourné l'obstacle, comme on dit, et faisant ce qu'elles veulent du milieu qu'elles occupent, tiennent les hommes pour des êtres inférieurs et déclarent que celles qui ne se tirent pas d'affaires, comme elles, sont des niaises et des maladroites. Il n'y a pas non plus à compter sur celles-là, encore moins que sur les premières. Non seulement elles ne se plaindront jamais de l'état des choses, mais elles le trouvent parfait et comptent bien qu'il n'y sera rien changé. En tout cas, si le changement arrivait, elles seraient toutes prêtes à en tirer parti comme de ce qui est. Mais, dans cette discussion, la ruse n'est pas plus un argument irréfutable que le bonheur.

Il y a, et c'est la masse, les femmes du peuple et de la campagne, suant du matin au soir pour gagner le pain quotidien, faisant ainsi ce que faisaient leurs mères, et mettant au monde, sans savoir pourquoi ni comment, des filles qui, à leur tour, feront comme elles, à moins que, plus jolies, et par conséquent plus insoumises, elles ne sortent du groupe par le chemin tentant et facile de la prostitution, mais où le labeur est encore plus rude. Le dos courbé sous le travail du jour, regardant la terre quand elles marchent, domptées par la misère, vaincues par l'habitude,

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asservies aux besoins des autres, ces créatures à forme de femme ne supposent pas que leur condition puisse être modifiée jamais. Elles n'ont pas le temps, elles n'ont jamais eu la faculté de penser et de réfléchir. A peine un souhait vague et bientôt refoulé de quelque chose de mieux ! Quand la charge est trop lourde, elles tombent, elles geignent comme des animaux terrassés, elles versent de grosses larmes à ridée de laisser leurs petits sans ressources, ou elles remercient instinctivement la mort, c'est-à-dire le repos dont elles ont tant besoin. Il n'y a donc pas à compter sur l'adhésion de ces malheureuses. Si le journal où se trouve Y Appel aux femmes leur tombe enlre les mains, elles en enveloppent le morceau de hareng salé ou de fromage à manger à la hâte sur un morceau de pain dur, et elles ne le liront pas

même après, par la meilleure de toutes les misons: elles ne savent pas lire. Vienne rémeute, quelques-unes, dans les grandes villes, assassineront, incendieront et se feront fusiller dans le vin, le pétrole et le sang, voilà tout; mais l'ignorance, la misère et la servitude ne sont pas plus que le bonheur et la ruse des arguments en faveur du maintien des choses.

11 y a les femmes honnêtes, esclaves du devoir, pieuses. Leur religion leur a enseigné le sacrifice. Non seulement elles ne se plaignent

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pas des épreuves à traverser, mais elles les appellent pour mériter encore plus la récompense promise, et elles les bénissent quand elles viennent. Tout arrive, pour elles, par la volonté de Dieu, et tout est comme il doit être, dans cette vallée de larmes, chemin de l'éternité bien heureuse. Non seulement celles-là ne réclameraient dans aucun cas, ce que Y Appel aux femmes demande, mais elles ne l'accepteraient pas si on le leur offrait. D'ailleurs, elles ne lisent ni les journaux ni les livres où il est question de ces choses-là ; cette lecture leur est interdite. Si, par hasard, elles avaient connaissance de pareilles idées, suggérées certainement par l'esprit du mal, elles en rougiraient, elles en souffriraient pour leur sexe, et elles prieraient pour celles qui se laissent aller à propager de si dangereuses erreurs et à donner de si déplorables exemples. Il ne faut donc pas non plus compter sur celles-là, quoi qu'elles aient à souffrir de notre état social, puisque la soumission est leur règle, le sacrifice leur joie, et le martyre leur espérance. Mais, pas plus que le bonheur, la ruse, l'ignorance, la misère et la servitude, — la foi aveugle, l'extase et l'immobilité volontaire de l'esprit ne sont des arguments sans réplique.

11 y a celles qui ne sont ni heureuses, ni adroites, ni abruties, ni pieuses, qui ont assez

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de dignité pour vouloir rester dans le bien, assez d'intelligence pour pouvoir être associées à n'importe quel homme, ou pour entrer seules dans n'importe quelle carrière, où il n'est besoin que de volonté, de patience, d'énergie, de probité ; assez d'idéal, de tendresse, et de dévouement pour être épouses et mères ; assez de réserve et de respect d'elles-mêmes pour ne jamais récriminer, et qui, parce qu'elles sont femmes, et femmes ou moins belles, ou moins hardies, ou moins riches surtout que d'autres, se voient refuser, non seulement les sentiments et les joies, mais les positions, les moyens d'existence auxquels elles pourraient prétendre. Trop affinées par l'éducation pour le travail des manœuvres, trop flères pour la domesticité ou la galanterie, trop timides pour la révolte ou l'aventure, trop femmes pour les vœux monastiques sous la pression régulièrement pesante, circulaire et infranchissable de l'égoïsme collectif, celles-là voient, de jour en jour, en sondant l'horizon toujours le même, s'effeuiller dans l'isolement, dans l'inaction, dans l'impuissance, les facultés divines qui leur avaient d'abord fait faire de si beaux rêves et dont il leur semble que l'expansion eût pu être matériellement et moralement si profitable aux autres et à elles-mêmes. Elles sentent qu'elles auraient pu donner, au moins, autant de bonheur

qu'elles en auraient reçu, et elles meurent sans avoir été ni amantes, ni épouses, ni mères. De temps en temps, elles font une tentative individuelle, isolée, avec leurs seules ressources et leurs seules forces dans quelqu'une de ces carrières ou de ces entreprises des mâles, où l'appui si nécessaire de l'homme et de l'argent leur manque presque toujours et qui avorte, ajoutant des soucis pour l'avenir aux tristesses du présent et du passé. Quelquefois une espérance secrète de revanche par le cœur, par l'amour, amène un écart mystérieux, une faute désintéressée et touchante cruellement et silencieusement expiée sans recours à l'assassinat. S'il est un groupe de femmes auquel Y Appel aux femmes devrait s'adresser, où il devrait trouver des nlliées, c'est celui-là. Mais il ne faut pas compter non plus sur ces femmes. Leur intelligence, leur instruction, leurs chagrins, leurs déceptions sans cesse renouvelées, tout leur dit qu'il y aurait autre chose k faire d'elles et pour elles que ce qu'on fait; mais leur modestie, l'habitude de l'effort inutile, la peur du bruit et du scandale ne leur permettent que des adhésions secrètes et des complicités tout intérieures. Elles souffrent, elles doutent, elles se taisent, et, passé un certain âge, elles n'espèrent même plus.

Enfin, il y a les femmes intelligentes, dont

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l'intelligence, grâce à la fortune ou à l'indépendance matérielle, n'a pas besoin d'aller jusqu'à l'habileté; ces femmes ne se considèrent pas seulement comme des êtres de sentiment, de fonction et de plaisir : elles s'intéressent aux grandes questions humaines et sociales; elles lisent, s'éclairent, vivent, sans le pédantisme fustigé par Molière, dans le commerce des esprits supérieurs, et, se faisant accessibles aux idées de progrès et de civilisation en dehors des formules traditionnelles et consacrées, dites « bonnes pour les femmes », elles se tiennent pour aussi capables que les hommes de comprendre, de réfléchir, de savoir et déjuger. Ces femmes-là ne doutent pas que la femme, en qualité de personne humaine, douée d'un cœur et d'un cerveau, tout comme l'autre personne humaine, ne doive avoir un jour les mêmes droits et la même action que celle-ci. Seulement, elles savent que ce progrès, elles ne sauraient le conquérir de prime abord par elles seules, que c'est là, au commencement, œuvre d'homme, et que ce progrès ne peut être que retardé à être violemment et publiquement revendiqué par elles. Dans le groupe des hommes où ces questions de l'avenir s'agitent et qui sont appelés à les traiter un jour dans la politique, groupes qu'elles traversent constamment, elles sont, par leur éducation, par

leurs aptitudes, par leur droiture, par leur morale élevée, large, conciliante, par leurs qualités intellectuelles et morales, par leurs perceptions fines et leur interprétation ingénieuse des choses, elles sont le meilleur exemple et le plus puissant témoignage en faveur de l'égalité sociale, morale, légale de l'homme et de la femme. Mais ces femmes ne sont pas nombreuses, et l'appel publie qui leur est fait ne doit pas compter sur leur adhésion publique. La question, pour elles, est à la fois trop sérieuse, trop complexe et trop délicate pour être livrée aux hasards des discussions en plein air, et compromise par les utopies des impatientes et des excessives, sur lesquelles seulement un tel manifeste pouvait compter, de sorte que les auxiliaires qu'il recrute et qui adhèrent à lui publiquement sont justement celles qui le compromettent et qui éloignent les autres.

D'où viennent l'impatience, l'exagération, l'agilation extérieure de ces adhérentes dangereuses ? De convictions sincères, nous n'en doutons pas, mais plus souvent nées de souffrances, de déceptions, d'erreurs individuelles que d'observations désintéressées. « Ce sont ceux qui souffrent qui crient ! » diront ces femmes. Ce n'est pas douteux ; et, si ceux qui souffrent ne criaient pas. on ne saurait pas qu'ils souffrent.

et personne ne songerait à soulager les maux ou à réparer les injustices dont ils ont à se plaindre, c'est tout aussi évident. Mais la souffrance par elle seule n'est pas plus un argument rréfutable que le bonheur. Toute souffrance a droit à la pitié et à l'assistance ; mais elle est quelquefois la conséquence logique et le châtiment fatal d'une imagination exaltée, d'une insoumission irréfléchie, d'un rêve irréalisable, d'un orgueil trop grand, d'un manque d'énergie et de volonté.

On n'arrive, très souvent, homme ou femme, à craindre et à tenter de détruire un état social, qu'après l'avoir longtemps exploité tel qu'il était. On n'a donc à lui reprocher que de ne s'être pas prêté à certaines combinaisons peut-être trop exigeantes. Ce n'est pas là une raison suffisante pour ceux que l'on veut troubler dans leur repos et leurs habitudes. De la cette résistance instinctive et naturelle à des réformes radicales dont la cause peut être attribuée aux intérêts purement personnels et même mal définis de ceux qui les réclament. « Il faut voir, » disent les gens sans parti pris; mais, pour bien voir, il faut du temps, et les impatients déclarent qu'ils ont bien vu pour tout le monde. Cela n'est pas toujours convaincant.

La personne humaine, homme ou femme, est

continuellement à la recherche du bonheur ; mais le bonheur est relatif et dépend des tempéraments, des caractères, des milieux. Chacun se rêve un bonheur particulier, et celui-là serait le fou des fous qui croirait qu'en donnant à chacun le bonheur particulier qu*il désire, on constituerait le bonheur universel. D'un autre côté, disons-le, au risque de passer pour un esprit paradoxal, si nous ne pouvons pas toujours nous procurer le bonheur que nous souhaitons, nous pouvons toujours nous soustraire aux malheurs qui nous frappent, lesquels ne sont jamais, passez-moi le mot, que des bonheurs qui n'ont pas voulu se laisser faire.

II n'y a pour l'homme que deux malheurs involontaires, qu'il puisse qualifier d'immérités, dont il ait vraiment le droit de se plaindre et auxquels la société doive vraiment assistance et pitié ; ce sont ceux qu'il peut trouver à sa naissance : la misère et la maladie. En dehors de ces fatalités congénitales, ce qu'il appelle son malheur est toujours son œuvre. La vie no réalise pas toutes ses espérances, et alors il se déclare malheureux. Il veut le plaisir, il veut la fortune, il veut l'amour, il veut la gloire, il veut la famille ! Un jour, le plaisir se dérobe, la fortune échappe, l'amour trompe, la gloire trahit, la famille se dissout par l'ingratitude ou la mort;

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alors l'homme maudit la destinée, il crie à l'injustice.

En réalilé le malheur de l'homme se réduit à ceci : qu'il n'a pas été aussi heureux qu'il comptait l'être, qu'il s'attribuait le droit de l'être. Si cet homme qui se plaint tant, avait su pour lui-même ce qu'il savait si bien pour les autres, et ce qu'il leur disait si bien, quand il les entendait gémir en lui demandant de les consoler : que le plaisir est éphémère, que la fortune est changeante, que l'amour est volage, que la gloire est trompeuse, que l'enfant est mortel et souvent ingrat, il n'aurait pas connu les malheurs qu'au lieu et place du bonheur espéré lui ont infligés la famille, la gloire, l'amour, la fortune et le plaisir. Il a joué, avec l'espoir de gagner, il a perdu, il paye. Qu'y faire? Il n'avait qu'à ne pas jouer.

Un homme qui ne se marie pas est sûr d'échapper aux ennuis, aux dangers, aux chagrins du mariage ; un homme qui n'a pas d'enfants est sûr de ne pas en perdre et de ne pas les voir ingrats; un homme qui a de quoi vivre, qui s'en contente et qui ne cherche pas à devenir millionnaire est sûr de ne pas perdre ce qu'il possède ; un homme qui n'a pas de maîtresse est sûr de ne pas être trahi par elle ; un homme qui n'a pas l'ambition des hautes destinées est

sur de ne pas être précipité des sommets, et il se soucie fort peu que la Roche Tarpéienne soit prés du Capitole. Ce n'est pour lui que de la géographie et de l'architecture. Ce qui fait le malheur de l'être humain, toujours en dehors de la misère et de la maladie natives, c'est qu'il met son bonheur dans les choses périssables, lesquelles, en se désagrégeant par la loi des épuisements et des métamorphoses, laissent dans le vide, dans la stupeur et dans le désespoir ceux qui se sont attachés à elles. Tout être qui ne s'attachera qu'aux choses éternelles ne connaîtra pas ces malheurs-là. De là cette sérénité des grands religieux et des grands philosophes ; de là leur mépris bienveillant, charitable et doux pour les infortunes humaines dont ils ont trouvé la cause dans les erreurs et les faiblesses du petit désir humain. Pas de déceptions, pas de fatalités, pas de récriminations pour ceux qui se vouent à l'amour exclusif, sans calculs et sans ambitions terrestres, de la nature, de Dieu, de l'art, de la science, de l'humanité.

Alors, me direz-vous, plus d'action, plus de mouvement, plus d'idéal, plus d'espérances, plus de but, plus de liens, plus de familles, plus de sociétés par conséquent ! La vie, non pas même des animaux, lesquels obéissent encore à des instincts, à des besoins, à des sensations, mais

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des automates et des machines. Ou alors, un monde de raisonneurs, de saints, de contemplatifs, s'extasiant devant la Création sans rien demander, sans rien comprendre à la créature, et, en définitive, la stérilité et la mort pour éviter l'illusion, la* faute et la douleur. Voilà ce que vous nous demandez?

Moi, je ne vous demande rien. J'établis tout bonnement ce qu'on appelle un état de situation. Je me trouve en face de personnes qui se plaignent et qui accusent la société de tous les maux dont elles souffrent. Je cherche si, en effet, collectivement, les hommes sont aussi coupables que certaines personnes le disent, de leurs malheurs particuliers. Je trouve et je prouve que l'initiative personnelle y entre pour beaucoup, je démontre mathématiquement qu'il n'y a vraiment que deux malheurs involontaires et immérités, et — ce point établi — que nous ne saurions poursuivre la réalisation du bonheur humain à travers tous les aléas de ce monde, sans avoir la chance de nous égarer et de nous perdre. J'indique le moyen certain, bien connu, qui est et restera peu usité de n'avoir rien à redouter des douleurs communes, et après ce préliminaire indispensable h mes conclusions, j'en reviens, à Y Appel aux femmes, et je m'occupe de discerner en toute conscience, avec ceux qui ne se croient pas le

droit de tout railler à première vue, ce qu'il faut prendre, ce qu'il faut laisser des revendications féminines qui, par des actes violents ou des manifestes libellés, se proposent et vont bientôt s'imposer à la discussion politique.

Établissons avant tout ceci :

Quand la femme demande à ne pas être esclave de l'homme, et quand, en môme temps, elle croit pouvoir être indépendante de l'homme, elle a tort.

D'abord, la femme n'est esclave de l'homme que quand elle le veut bien, quand elle l'épouse, et rien, légalement, ne la force de l'épouser. Ensuite, elle ne peut pas avoir une vie à part, indépendante de l'homme, puisque l'homme remplit certaines fonctions matérielles qu'elle ne peut remplir, et sans lesquelles sa vie à elle, sa vie à part, sa vie indépendante comme elle la voudrait, n'aurait aucune sécurité, aucune possibilité d'être. Ainsi l'homme est soldat et la femme ne Test pas. Elle dépend donc de l'homme, même si elle reste célibataire, pour la défense do son foyer. Quant à son esclavage, il est, nous le répétons, volontaire; elle est légalement libre, aussi libre, plus libre que l'homme, à partir de vingt et un ans et aucun pouvoir au monde ne saurait lui prendre la moindre parcelle de cette liberté légale, si elle veut la garder, liberté

bien autrement étendue, bien autrement avantageuse, toujours légalement, que la nôtre.

En effet, à vingt et un ans, la femme peut se marier sans le consentement de ses parents ou plutôt en passant outre, A vingt-cinq ans seulement, l'homme peut se marier dans les mêmes conditions; autrement dit, il est, pendant quatre ans de plus qu'elle esclave de la Loi et, sur ce point, dans l'état social, inférieur à la femme. Ce n'est pas tout. L'homme est astreint non de son plein gré, mais par un de ces règlements que la femme l'accuse d'avoir dirigés contre elle seule, l'homme est astreint au service miltaire et, s'il déserte, s'il se révolte, les galères ou la mort. De cet esclavage qui pèse sur l'homme et dont elle est dispensée, la femme ne parle pas. Cette dispense vaut cependant bien quelque chose. La femme est donc mal venue à demander son admission aux fonctions de juge civil et de juré; il n'y a pas plus lieu de lui accorder le droit de diriger l'État qu'il n'y a lieu de lui imposer le devoir de le défendre. Qu'elle soit soldat d'abord, elle sera juge, consul ou juré ensuite.

. Voilà donc, dans ces lois faites par les hommes, de grands avantages sur les hommes concédés à la femme. En les lui attribuant, les lois se sont conformées aux indications de la nature. La

femme leur a paru être organiquement plus précoce, musculairement plus faible que l'homme. La Loi a tenu compte de sa précocité, quant au mariage, de sa faiblesse, quant aux fonctions. La femme lui paraissant plus faible que l'homme, la Loi, dans le mariage, a voulu la mettre non pas sous la puissance, mais sous la protection de l'homme. Là encore, elle a suivi les indications de la nature. L'enfantement, l'allaitement, les soins assidus à donner à l'enfant pendant son enfance, c'est-à-dire pendant dix ou douze ans, tout cela, joint à la faiblesse naturelle de la femme exigeait la tutelle du mari. Cette tutelle devient facilement du despotisme, de la tyrannie, parce que la Loi a dû compenser pour l'homme les trop grands privilèges que, dans l'union conjugale, la nature accorde à la femme et qui sont un danger incessant pour le mari. En effet, avec un peu d'habileté, qui n'est pas rare, la femme peut introduire dans le foyer commun, investir du nom et appeler à la succession de son époux, l'enfant d'un autre homme, tandis que l'homme ne peut jamais, quoi qu'il fasse, imposer légalement à sa femme l'enfant d'une autre femme.

L'homme s'est donc attribué certains droits ou plutôt certaines garanties qui ne le garantissent pas toujours, bien qu'il en abuse souvent à l'égard de ces femmes irréprochables et sacrifiées,

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en laveur desquelles nous demandons le divorce. La femme peut donc avoir à se plaindre de l'homme dans le mariage; mais alors elle rentre dans les aléas de la recherche du bonheur, communs aux deux sexes. Elle a espéré être heureuse par le mariage, elle ne Test pas; elle s'est trompée ; elle paye son erreur. L'homme est soumis comme elle à la même déception, s'il a commis la même faute. Ce n'est pas là une loi spéciale prise en défaut, c'est une loi générale, sans infaillibilité pour les uns et les autres. La femme pouvait éviter les chagrins du mariage ; elle n'avait qu'à ne pas se marier. Rien ne l'y forçait. Elle a cédé à l'espérance d'être plus heureuse par le mariage que par le célibat, soit. La loi humaine, jusque-là, n'a rien à se reprocher. Savez-vous ce qui fait le malentendu dans cette interminable discussion de la revendication des droits des femmes ? C'est que les femmes se trompent de mot dans l'exposé de cette revendication et qu'elles s'en prennent aux lois de ce qui est, encore une fois, l'œuvre des mœurs.

Voilà, je crois, la vérité. Les droits accordés par les lois sont identiques pour elles comme pour l'homme, et, même, nous l'avons dit, s'il y a un avantage, il est en faveur de la femme. La loi lui permet tout ce qu'elle permet à l'homme.

Elle lui donne toute la liberté compatible avec la

sécurité publique, et l'homme n'en a pas plus qu'elle. C'est seulement quand la femme a fait une chose, non pas commandée, mais recommandée par les mœurs, lesquelles n'ont pas de règlement fixe ni . de moyens matériels de contrainte, c'est seulement enfin lorsque la femme a cédé aux conseils et à l'influence des mœurs, toujours avec l'espérance de les utiliser à son profit, c'est alors seulement qu'il lui vient l'idée d'accuser la Loi de son insuccès ou de son erreur. La Loi n'impose à la femme aucun mode particulier d'existence; elle se borne à les prévoir tous, autant que possible, pour le cas où, une difficulté survenant par suite de la mauvaise exécution d'un contrat particulier volontaire, signé par les deux parties, une des deux parties vient réclamer l'intervention du Juge. La femme n'a donc pas à revendiquer les mêmes droits légaux que les hommes ; elle les a. La femme majeure, comme l'homme majeur, est complètement libre : elle peut quitter sa famille, aller, venir, voyager, s'expatrier, se marier, ne pas se marier, acheter, vendre, négocier, entrer dans toutes les carrières en accord avec son intelligence, son instruclion, ses aptitudes, ses forces, son sexe. Elle peut vivre à sa fantaisie et avoir même autant d'enfants qu'il lui plaît, si la nature s'y prête, avec qui bon lui semble.

9G kou veaux lntk'actes.

« Mais celte femme qui vit selon sa fantaisie, » qui a des enfants avec qui bon lui semble, » elle est compromise, déshonorée, honnie. »

Par qui ? Pas par les lois ; par les mœurs.

L'homme qui reçoit un soufflet et ne se bat pas est déshonoré aussi, sans que la Loi s'en mêle. Les mœurs ont établi cette convention que l'homme serait brave et que la femme serait chaste; les lois n'y sont pour rien.

Mais la femme dit : « Le mépris qui tombe sur moi, après ma faute, l'homme qui a été le complice de cette faute, ne le partage pas. Je continue ma roule, la tète basse; il va où il veut, la tête haute. Et si j'en appelle à la Loi, la Loi me répond qu'elle ne peut rien pour moi ni pour mon enfant. C'est une injustice, c'est une infamie. 2 La femme se trompe quand elle parle ainsi. Elle a usé, en abandonnant sa personne, de la liberté que la Loi consacre, mais elle n'a pas accepté les charges et les devoirs que la Loi protège. La Loi n'a rien à voir à cet acte privé. La femme sait que la Loi ne reconnaît que les unions légitimes, elle n'a qu'à ne pas en contracter une autre. Quand elle demande à la Loi de la tirer d'affaire, la Loi lui répond : « Cela ne me regarde pas. Tu as cru devoir te passer de moi avant, passe-toi de moi après.

Ton amant t'abandonne, il ne fallait pas le

LES FEMMES Q L 1 TUfià'T. \)1

prendre ; ton enfant n'a ni nom ni moyens d'existence, il ne fallait pas le faire! Je ne te condamne pas, je ne t'absous pas, je ne te dis rien. Le jour où ton amant voudra t'épouser et légitimer ton enfant, je serai là pour te constituer des droits ; le jour où tu joueras du couteau, du pistolet ou du vitriol, je serai là pour te punir. Jusque-là et ce jour-là môme, tu ne devras t'en prendre qu'aux mœurs qui t'avaient condamnée avant que tu m'eusses forcée d'intervenir. »

La Loi est logique quand elle répond ainsi à la femme. La fourmi aussi est logique quand elle répond à la cigale. Mais il s'agit de savoir si la logique a vraiment réponse à tout. Tant que la Loi a correspondu aux mœurs, les choses ont bien marché, ou tant bien que mal, mais la Loi est faite par quelques-uns et les mœurs sont faites par Tout le monde. Or, Tout le monde n'a pas tant de logique. Tout le monde obéit au tempérament, au caprice, à la passion, aux circonstances, et voilà que les mœurs se sont mises à être beaucoup moins sévères. Les impulsion* naturelles ont pris le dessus sur les conventions sociales, sur les arguments légaux, au nom de la liberté proclamée par la Révolution, au nom de la pitié proclamée par la philosophie, au nom du sentiment proclamé par les littératures et

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propagé par cette grande voix du théâtre, l'étern el complice des fautes de l'amour.

Et Ton a commencé à plaindre celles qu'on avait pris l'habitude de mépriser et de repousser sans discussion. En même temps, il faut bien le dire, les mœurs ne se faisaient pas seulement plus indulgentes, mais plus faciles, en haut comme en bas. La presse a publié par milliers les scandales des hautes classes. Les mauvais exemples donnés dans le monde sont devenus des excuses dans le peuple. Le public a comparé, arbitré, jugé, et le jury, pris dans ce public, a quelquefois imposé, comme nous l'avons vu, aux procès Bière, Dumaire et Tilly, le résultat d'appréciations nouvelles. Voilà, en pleine cour d'assises, Ijb conflit engagé entre les mœurs et la loi, et voilà enfin pourquoi, quand la femme, poussée à bout par la lâcheté de l'homme et la sauvagerie de la loi, et se faisant lâche comme l'un et sauvage comme l'autre, tue et mutile, voilà pourquoi la justice en est réduite à l'absoudre, devant l'opinion qui l'acclame.

Mais toutes les femmes abandonnées par leur amant, trahies par leur mari, victimes de l'ingratitude ou de l'ôgoïsme de l'homme, ne peuvent pas jouer du revolver ou du vitriol et elles n'en souffrent pas moins, pour avoir une douleur moins retentissante et moins meurtrière. C'est

alors que certaines femmes, à qui ces moyens répugnent, posent dans des manifestes exagérés, maladroits, ridicules, des conclusions irréalisables. Elles veulent déclarer à l'homme, dans les lois, la guerre que l'homme leur fait dans les mœurs; elles veulent lui prouver qu'elles peuvent être moralement et intellectuellement leurs égales ; qu'elles peuvent même lui être supérieures. Lasses de voir l'homme, leur prendre impunément l'honneur, la liberté, l'amour, elles veulent lui prendre ses travaux et ses places, et elles s'étonnent du silence ou du rire qui leur répondent. C'est que, tout le monde le sait, et elles le savent tout aussi bien, les femmes ne tiennent en aucune façon à faire le métier des hommes ; leur métier de femmes leur suffit parfaitement. Seulement, celui-là, elles veulent le faire et le faire complètement, en quoi elles ont raison. Alors, elles disent aux hommes: « Ou donnez-nous ce que la nature vous a dit de nous donner, l'amour, le respect, la protection, la famille régulière, ou donneznous ce que vous avez gardé pour vous seuls, la liberté complète dans les lois et dans les mœurs. » Ce dilemme a du bon. Voyons comment cette liberté réclamée par la femme lui arrivera.

Évidemment, au train que suivent les choses,

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l'homme va de moins en moins donner l'amour, le respect, la protection, la famille régulière à la femme. Emporté par la liberté qu'il s'adjuge de plus en plus, il va tendre à supprimer de plus en plus toutes les entraves et toutes les attaches; il va vouloir de plus en plus être maître de lui. Je ne l'en blâme pas. Croire, espérer qu'au milieu de l'ébranlement, de la décomposition et de l'éparpillement de toutes les choses du passé, l'homme va faire un retour sur lui-môme à l'endroit de la femme, et se mettre à reconstituer la famille sur les bases de l'idéal, de l'amour et de l'unité, c'est une erreur nouvelle à joindre à toutes les erreurs connues. La femme va donc être de plus en plus dans son droit de se plaindre et de réclamer. Les revendications personnelles deviendront plus nombreuses et plus inquiétantes; la justice légale ayant déjà désarmé plusieurs fois, les justices individuelles et arbitraires se feront jour et place de plus en plus. L'opinion sera constamment appelée en témoignage, l'émotion sera sollicitée par des avocats habiles, désireux de s'illustrer et de s'enrichir; la question posée dans les faits et souvent, toujours résolue en faveur des accusées, va donc s'imposer à la Loi. Les scandales seront si grands, si contagieux, si applaudis, qu'il faudra se décider à prendre un

parti. Quand, en dehors du mariage, les femmes auront égorgé un plus grand nombre d'hommes et tordu le cou à un plus grand nombre d'enfants; quand, dans le ménage, les hommes et les femmes qui auront été assez bêtes pour contracter des unions indissolubles, auront enrichi les armuriers et les épiciers à force de se tirer des coups de fusil ou de revolver et de se jeter du vitriol au visage, il faudra bien s'apercevoir qu'il y a un vice fondamental de construction dans ce beau monument du Code civil, y faire quelques réparations, y changer quelques pierres de place et aérer davantage les articles trop étroits et devenus inhabitables. De temps en temps, la justice officielle essayera de ressaisir son autorité et de rendre quelques jugements destinés à inspirer une salutaire terreur et à enrayer le mouvement; elle verra alors ce qui se passera. Les jurés et les magistrats seront siffles, hués, maltraités peut-être. Notre magistrature, que t étranger nous envie, sera compromise; notre belle institution du jury, soit qu'elle reste dans la sentimentalité, soit qu'elle tourne à la résistance, sera traitée d'institution caduque et grotesque; personne ne voudra plus être juré, pas même l'auteur du manifeste qui nous occupe, et la réforme, depuis longtemps nécessaire, obstinément refusée, se fera, comme, hélas! se font

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chez nous toutes les réformes, par la violence et les excès.

Dans le mariage, le divorce sera rétabli, fatalement, inévitablement 1 .

Le divorce étant rétabli, la femme étant par conséquent moins opprimée, elle n'aura plus d'excuses de recourir à l'adultère et elle aura moins besoin d'être consolée. L'amant se trouvera éliminé, le prêtre sera remis à son plan respectif, et la femme, ayant conquis plus de droits, aura ainsi acquis plus de valeur.

Voilà pour le mariage, qui, équilibré par des devoirs et des droits équipollents, comme eût dit Montaigne, deviendra pour les contractants à la fois plus attrayant, plus moral et plus sûr.

Quant aux amours libres, ils ne vont faire que croître et embellir, pour une foule de raisons que j'ai développées autre part 2 et qu'il n'y a pas lieu de rappeler ici. La prostitution de la femme va perdre peu à peu son caractère d'autrefois. Sauve qui peut, après tout, dans une société où personne ne s'occupe de son voisin que pour l'entraver, le mépriser ou le détruire. Ce qui fut jadis une honte pour quelques-unes,

1. A l'heure où nous corrigeons les épreuves de cette nouvelle édition, c'est chose faite depuis longtemps.

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