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HALLES ET MARCHÉS

Le premier marché qui, ait été établi à Paris fut si-

tué dans la Cité, au voisinage de la rue aujourd'hui appelée rue du Marché-Neuf; et le deuxième, à la place de Grève. Un autre marché, appelé le marché de V Apport-Paris, se tint plus tard dans le voisinage de la rue Saint- Denis, et fut ensuite transporté, par ordre de Louis VI, près du cimetière des Innocents, dans une place vague appelée les Champeaux ou Petits-Champs. Et puis Philippe- Auguste en établit deux autres qui prirent le nom de Halles.

les halles, place des Innocents. — C’est en 1184 que Philippe-Auguste lit construire , aux Chïûnpeaux , comme nous venons de le dire, les deux premières halles. Par ses ordres, on les entoura d'un mur de pierre avec des pontes qui fermaient la nuit; on y ajouta des galeries couvertes pour la commodité des marchands, et on bâtit, à partir de la pointe Saint-Eustache , les piliers des Halles le long des rues de la Tonnellerie et des rotiers-d’Étain.

On vendait alors aux Halles non-seulement des denrées alimentaires confine aujourd’hui , mais toutes sortes de marchandises. Sous le règne de saint Louis, on établit deux halles aux Draps et une autre pour les merciers et les corroyeurs; sous Philippe le Hardi , une autre encore pour les curdouaniirs ^cordonniers), parce que le cuir dont on se servait au moyen âge, étant préparé à Cordoue , se nommait coedouan.

Les privilèges se multiplièrent, et chaque souverain accordant des droits d’établissement nouveaux, tous les marchands et artisans de Paris eurent aux Halles un marché destiné à leur état. On y voyait un marché aux Tisserands, des étaux à foulons; des halles au Lin, au Chanvre, aux Toiles, au Blé ; des boutiques pour chaudronniers , gantiers, pelletiers, chaussiers, merciers, tanneurs, tapissiers, etc.

Enfin, les principales villes de France cl quelques-unes des Pays-Bas y avaient des boutiques pour leurs marchandises que l’on appelait les Halles de Saint-Denis, de Gonesse, de Lagny, de Pontoise, de Beauvais, de Chaumont , de Corbie, d’Amiens, de Douai, et même de Louvain, de Bruxelles et de Malines.

A diverses époques, les prévôts de Paris obligèrent les marchands de Paris à se rendre aux Halles. Suivant deux ordonnances de 1368 et de 1371, ils étaient tenus d’y venir vendre le mercredi , le vendredi et le samedi , sous peine de quarante sous d’amende. En 1410, un drapier fut condamné à l'amende pour avoir manqué de venir à la Halle un samedi.

Nous avons peu de détails précis sur l’emplacement des divers marchés dont se composaient les Halles. Les lingères et les fripières étaient établies, dès le temps de saint Louis, le long des murs du cimetière des Innocents, depuis le marché aux Poirées jusqu’à la place aux Chais, à laquelle étaient attenantes la halle à la Graisse et la halle des Chaudronniers.

La halle de Beauvais, en partie consacrée à une boucherie qui passait, après la dispersion des bouchers du quartier Saint-Jacques-la-Boucherie, pour la meilleure et la plus grande de la ville, était située entre la rue de la Poterie et la partie de la rue Saint-Honoré appelée alors rue de la Chaussetterie.

La halle au Blé, placée à l’extrémité des Halles, était entourée par les rues de la Cordonnerie , de la Tonnellerie, de la Fromagerie; en 1762, elle fut transportée à l’hôtel de Soissons (voyez ci-après iiai.le au blé). Les cordonniers touchaient à la halle de Beauvais , et se trouvaient séparés, par la rue de la Cordonnerie, de la halle au Blé. Les drapiers occupaient les piliers des Halles.

Le marché à la Marée était placé près de la rue de la

Cossonnerie. Les gantiers et les merciers occupaient les anciens établis des Champeaux. Le dépôt des grains s'est tenu aux grandes Halles jusqu’en 1413. Les Halles contenaient encore un grand noûibre d'étaux que se partageaient toutes sortes de marchands, plusieurs places et deux jeux de paume.

Les Halles, immense rendez-vous populaire, ont joué un rôle considérable dans l'histoire de Paris. C’est là que Foulques de Neuilly vint, en 1201 , prêcher la pénitence avec tant de succès, (pie les hommes se jetaient à ses pieds , des verges en mahi, demandant la correction pour leurs péchés, tandis que les femmes lui offraient leurs bijoux et coupaient leur chevelure; c’est là que les princes allaient haranguer le peuple dans les temps de troubles ; c’est de là que sortirent les bandes qui, sous la conduite des fameux bouchers du parti bourguignon, dominèrent si longtemps la ville.

Sous la Fronde, les habitants des Halles exercèrent l’influence d’un parti puissant, ayant à leur tête le duc de Beaufort, à qui sa popularité et son jargon grossier avaient valu le surnom de roi des Halles.

Sous l’ancienne monarchie, les daines de la Halle jouissaient de certains privilèges dont elles se montraient fort jalouses. Dans les grandes occasions, elles allaient complimenter le roi et lui offrir des bouquets. On les admettait dans la galerie de Versailles, et elles dînaient au château.

Cependant un trop grand nombre d’entre elles prirent une part déplorable aux excès de la Révolution. En 1792, on les vit, les 5 et 6 octobre, marcher sur Versailles à la tète du peuple; et plus tard ce furent elles qui vinrent les premières demander à la Convention la proscription des Girondins. Depuis le règne de Napoléon 1", le rôle politique- des Halles a heureusement cessé.

Une reconstruction presque complète des Halles avait été entreprise sous François 1er et achevée sous Henri II. Alors on perça de nouvelles rues affectées à certains métiers ou commerces, comme les rues de la Cordonnerie, de la Petite et de la Grande-Friperie, de la Lingerie. On rebâtit les piliers des Halles et on restaura le Pilori, qui était situé au marché à la Marée, entre les rues de la Tonnellerie, de la Fromagerie et des Potiers-d’Ëtain.

Ce Pilori, célèbre dans l’histoire de Paris, était une tour octogone surmontée d’une construction en bois tournant sur un pivot et percée de trous dans lesquels on faisait passer la tète de certains criminels condamnés à l’exposition publique. Près du Pilori était un échafaud sur lequel se faisaient des exécutions judiciaires. C’est là que furent décapités les chevaliers bretons sous le roi Jean; le Surintendant Montaigu et le prévôt de Paris , des Essars , sous Charles VI ; Jacques d’Armagnac , duc de Nemours , sous Louis XI.

En 1515, un seigneur, également condamné à la peine capitale, fut exécuté au Pilori des Halles ; mais la maladresse du bourreau le fit tellement souffrir, que la foule révoltée voulut mettre l’exécuteur en prison. Ne pouvant forcer la porte du Pilori, construite dans la prévision d'attaques de ce genre, il l’incendia, et le bourreau, qui s’était réfugié dans un souterrain pratiqué sous l’édifice, périt étouffé.

Près du Pilori s’élevait une croix de pierre au pied de laquelle les débiteurs insolvables venaient faire publiquement leur cession de biens et recevoir le bonnet vert des mains du bourreau. Depuis le règne de Louis XIII, le Pilori n’était plus employé aux exécutions. 11 a disparu en 1785, ainsi que la croix des insolvables.

A la môme époque, on agrandit les Halles par la démolition de l’église des Saints-Innocents et par la sup-

pression de son vaste cimetière, qui forme aujourd’hui la place des Innocents, sur laquelle on a construit, en 1813, des galeries de bois où se vendent des légumes et des fruits.

Deux années auparavant, en 1811, Napoléon 1“ avait ordonné « qu'il serait construit une grande halle qui occuperait tout le terrain des Halles actuelles, depuis le marché des Innocents jusqu’à la halle au Blé ; » mais ce projet demeura sans exécution.

Sous la Restauration, ou construisit le marché des Prouvaires, pour la volaille et la viande, et le marché au Foisson. Sous Louis-Philippe, on se préoccupa sérieusement de l’agrandissement des Halles et de leur assainissement, devenu depuis longtemps nécessaire par l’accroissement de la population et l’encombrement continuel des petites rues qui y venaient aboutir; mais rien ne fut décidé quant aux dimensions à donner à cet immense marché.

Dès ces dernières années, plusieurs projets ont été examinés, plusieurs essais ont été tentés ; et après un examen approfondi de cette importante question , le gouvernement et la commission municipale ont adopté, en 1854, un plan qui doit donner aux Halles centrales de vastes proportions, et dont l’exécution commencée change déjà complètement la physionomie de cette partie de Paris.

D’après ce plan, la place des Innocents formera un carré parfait, et on élèvera sur l’un de scs côtés un grand bâtiment pour l’administration, en remplacement de la halle aux Draps supprimée.

Le plan des nouvelles Halles centrales contient en outre les dispositions suivantes : Élargissement de la rue des Prouvaires; — élargissement de la rue Saint-Denis, de 30 mètres depuis la rue de Rivoli jusqu’à la place du Châtelet, etde 15 mètres dcpuisla rue de Rivoli, jusqu’à la

place des Innocents. — Prolongement de la rue Jean-Lantier sur une largeur de 12 mètres jusqu’à la rue Saint- Denis. — Élargissement des rues de l’Aiguillerie et de Courtalon.

Les nouvelles Halles vont faire disparaître plusieurs tronçons de rues, sur l’emplacement desquelles une partie des pavillons et des caves sera établie.

Ces pavillons, immenses comme périmètre, seront séparés par un grand boulevard de 31 mètres 50 centimètres au droit du chevet de Saint-Eustache, perpendiculaire à l’axe des Halles.

Ce grand boulevard sera orné d’arbres et servira à la circulation générale des voitures et des piétons.

L’administration a compris qu’un grand centre comme les Halles, reformé sur un nouveau plan, devait modifier les anciens tracés de rues : en conséquence, elle a décidé qu’on ouvrirait, à l’extrémité du boulevard des Halles, une place circulaire d’où partiront symétriquement trois rue3 de 20 mètres.

La première, la plus utile sans contredit, se dirigera en droite ligne vers le pont Neuf, en renversant complètement l’horrible rue Tirechappe et coupant en deux la rue Boucher.— Arrivée à cet endroit, cette rue centrale, se confondant avec celle de la Monnaie, s’élargira à 50 mètres pour déboucher sur le pont Neuf.

La seconde rue est dirigée sur les points de renconre des rues de Rivoli et de Saint-Denis, en détruisant la halle aux Draps, coupant la rue de la Limace, et dans laquelle viendront se déverser les rues de la Lingerie, de la Ferronnerie, du Charnier - des - Innocents , des Lavandières-Sainte-Opportunc , de Courtalon et de l’Aiguillerie.

La troisième rue s’arrêtera, pour le moment, au point de rencontre des rues du Roule et Saint-Honoré; plus tard, elle coupera en deux le pâté circonscrit par les rues de

l’Arbre-Sec et du Roule, et donnera en plein dans la rue de Rivoli, juste en face de la rue des Fossés-Saint-Germainl’Auxerrois.

Telles sont les dispositions du nouveau plan adopté par la commission municipale. Jamais, à aucune époque la ville de Paris n’avait entrepris un plus grand ni un plus utile travail.

halle au blé, rue de Viarmes. — Cette balle occupe l’emplacement d’uu hôtel célèbre qui a porté successivement les noms de Nesle, de Bohême, d’Orléans, de la Reine et de Soissons, mais qui a été surtout connu sous celte dernière dénomination.

Bâti au commencement du xm* siècle, par les sires de Nesle, longtemps avant qu’ils fussent en possession de cet autre hôtel fameux que remplace aujourd’hui le palais de l’Institut, il appartint, en 1232, à saint Louis, et c’est là que mourut Blanche de Ca3tille. Philippe de Valois le donna à Jean de Luxembourg, roi de Bohème.

Le roi Jean l’habita, et Charles VI en fit don à son frère le duc d’Orléans. Louis XII y plaça un couvent de filles pénitentes, qui le gardèrent jusqu’en 1572. Alors Catherine de Médicis l'acheta, ainsi que les maisons voisines, le reconstruisit avec magnificence et en fit sa demeure habituelle. C’est là quelle reçut, en 1588, le duc de Guise, la veille de l’entrevue de ce prince avec Henri III.

En 1601, l’hôtel de la Reine fut vendu à Catherine de Bourbon, sœur de Henri IV, et en 1604 au comte de Soissons, par lequel il passa dans la maison de Savoie. C’est là qu’est né le prince Eugène, dont les armes mirent la France en danger. En 1720, le prince de Carignau, dernier possesseur de cet hôtel, fit transférer dans ses jardins le marché aux actions de la banque de Law.

A la mort de ce prince, en 1749, ses créanciers ayant fait saisir et démolir l’hôtel, la ville de Paris acheta l'em-

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