PARIS SOIS LA RESTAURATION
Les quinze auuées de paix dont la France jouit sous la Restauration créèrent dans Taris plus de richesses matérielles et morales qu’il ne saurait en détruire au milieu de toutes ses révolutions. La plus grande partie des embellissements et des entreprises d’assainissement commencés sous l'Empire, furent révisés, continués, achevés sous Louis XVU1 et Charles X.
L’administration municipale dépensa plus de 14 millions pour terminer les canaux de l'Ourcq, Saint-Denis et Saint-Martin ; les marchés Saint-tîermain, Saint-Martin, des Rlancs-Manteaux , des Carmes, furent terminés, ainsi que
l'Entrepôt général des vins, le Grenier de réserve, sans compter le palais de la Bourse.
Quant au régime des hospices et des prisons, il lut considérablement amélioré.
On changea l’éclairage des rues, auquel le gaz fut employé pour la première fois en 1819, quoique ce procédé occasionnât des dépenses onéreuses^
Tandis qu’elle décorait toutes les églises de tableaux et de statues, l'Administration préservait l’antique église abbatiale de Saint-Germain-des-Prés d’une ruine imminente, par des travaux qui compteront dans l'histoire de l'art La statue de Louis XIII reparut sur la place Royale; celle de Louis XIV sur la place des Victoires, et celle de Henri IV sur le terre-plein du pont Neuf Parmi les institutions, établissements ou édifices nouveaux fondés à Paris par la Restauratiou , nous citerons : la Caisse d'épargne (1818), l'école royale des Beaux-Arts \1819i, l'école des Chartres (1821), le musée d’Antiquités égyptiennes ou musée Charles X il 827), l’école centrale des Arts et Manufactures (1828); les églises Notre-Damede-Lorette (1823) et Saint-Vincent-de-Paul (1824); la chapelle expiatoire ou monument de Louis XVI (1825); les collèges Saint-Louis (1820), Stanislas (1822), et Sainte- Barbe (1823); la salle de l’Opéra, rue Lepelletier (1821); les théâtres du Gymnase-Dramatique (1820), du Panorama- Dramatique (construit en 1821, démoli en 1823'. des Nouveautés, aujourd'hui du Vaudeville (1827), de la Renaissance, salle Ventadour, aujourd’hui théâtre des Italiens (1826); enfin les ponts d’Antin ou des Invalides (1829), de l’Archevêché et d’Arcole (1827).
Sur l’espace compris, dans les Champs-Elysées, entre le coprs la Reine et l’allée des Veuves, on traça, vers 1825, le nouveau quartier François l,r, resté jusqu’ici a l’état de projet. Dans l’emplacement du jardin Reaujon, à
droite de l’avenue de Neuilly, commença de s’élever le quartier de la Nouvelle-Athènes, où Balzac, l'illustre romancier, vint mourir en face de la maison située à gauehe, dans l'avenue même où Alexandre Soumet, l'illustre poëte épique et tragique, avait vécu peu de temps auparavant.
L’architecte Constantin, esprit ingénieux, hardi et entreprenant, eut une très-grande part à cette métamorphose des Champs É lysées.
PARIS SOLS LOL1S-P11IL1PPC.
La première année du règne de Louis-Philippe fut tristement marquée, dans l'histoire monumentale de Paris, par la dévastation de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois et par la destruction du palais archiépiscopal. Mais, durant les années suivantes, la capitale répara peu à peu, et même assez rapidement, toutes ses pertes morales, par de grandes acquisitions matérielles.
Elle vit s’achever l’arc de triomphe de l’Étoile (1836), le palais du quai d’Orsav (1840), le palais des Reaux- Arts (1838V; les églises de la Madeleine (1842), de Saint- Vincent-dc Paul (1845), et de Nolrc-Dame-de-Lorette (1836).
L’Hôtel de ville, entièrement restauré, fut agrandi en même temps d'une manière gigantesque. Sur la place de la Concorde , ornée de candélabres et de fontaines , on dressa l'obélisque de Louqsor (1836), pour que ce monument de, l'Orient donnât ses hiéroglyphes à déchiffrer aux monuments de l’Occident; et sur la place do la Bastille, on érigea la colonne de Juillet (1840'.
Trois fontaines monumentales s’élevèrent dans trois différents quartiers : la première, qui est consacrée à la mémoire de Molière, rue Richelieu v i 844) ; une autre,
place Louvois il 837) ; la troisième, place Saint-Sulpice (1847).
Si, plus loin, une heureuse pensée transformait le palais de Versailles en un vaste musée, resplendissant de toutes les gloires de la France, ici le Louvre s’enrichissait de deux importantes collections : le musée Naval et le musée Espagnol. L’hôtel Cluny, restauré, devenait un musée du moyen âge, avant d’ètre annexé au palais des Thermes, pour en conserver les restes précieux.
Le nausée Dupuytren venait offrir des ressources nouvelles à l’école de Chirurgie (1835). Et le goût de la science était satisfait en même temps que le goût du plaisir; car six nouveaux théâtres, savoir : ceux du Palais- Royal (1831), des Folies-Dramatiques (1831), de Beaumarchais (1834), du Panthéon (1832, fermé depuis), Saint- Marcel (1838), le cirque des Champs-Élysées (1840) et le théâtre Historique (1846), multipliaient leurs spectacles sous les yeux du public.
Les ponts Louis-Philippe (1834) et du Carrousel (1835) ont été construits en ce temps, ainsi que les deux passerelles de Damiette et de Constantine, qui, de l’ile Saint-Louis, conduisent, l’une au quai des Célestins, l’autre au quai Saint-Bernard.
La barrière du Trône a été achevée et décorée des statues colossales de Philippe-Auguste et de saint Louis. De nombreuses rues, dont la plus importante est la rue de Rambuteau, ont établi des communications nouvelles, tout en assainissant les vieux quartiers populeux.
Le quai de la Grève a été terminé; les quais Pelletier, de la Mégisserie et de l’École, élargis. De magnitiques embarcadères pour les chemins de fer de Versailles, de Rouen, d’Orléans, du Nord, de Lyon et de Strasbourg ont été construits. Un puits artésien, qui donne environ trois cents mètres cubes d’eau par minute, a été foré
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dans l'enceinte de l'abattoir de Grenelle, et un réservoir destiné à en recevoir les eaux a été élevé près de la place du Panthéon.
Enfin, la vaste entreprise des fortifications de Paris, commencée dans les derniers mois de 1840, se termine avec une promptitude remarquable, quoiqu’elles ne laissent rien à désirer, ni sous le rapport des détails, ni sous le rapport de l’ensemble.
Leur enceinte seule est capable d’arrêter une armée de plus de cent mille hommes. C’est ainsi que Paris, tête de la France et du monde civilisé, devint une place de guerre dans un temps de profonde paix.