NOTRE-DAME DE PARIS
Dès le iv* siècle, il existait, à l’extrémité orientale de la Cité, une église épiscopale, fondée sous l’invocation de saint Etienne, premier martyr. Cette cathédrale primitive était bâtie sur l’emplacement d’un autel que les nautes parisiens avaient élevé à Jupiter, pendant le règne de Tibère, et dont on a retrouvé les restes dans des fouilles faites en 1711 sous le chœur de Notre-Dame.
L’église de Saint-Etienne était encore le seul monument religieux de la Cité, lorsque Cbildebert 1er, fils de Clovis, à la sollicitation de saint Germain, évêque de Paris, la lit réparer et y adjoiguit une seconde basilique qui fut placée sous le patronage de la sainte Vierge.
Ces deux édifices composaient V église sacro-sainte des Farisiens, ou la cathédrale.
Fortunat, évêque de Poitiers, poète contemporain, vante la magnificence de l’église fondée par Childebert. Dans sa pieuse hyperbole, il la compare au temple de Salomon pour la délicatesse de l'art et la richesse des ornements.
11 parle de trente colonnes de marbre qui soutenaient et embellissaient l'édifice, et de vitraux éclatants qui produisaient un effet admirable tant sur les murs que sous les voûtes, au Éver de l’aurore. Du reste, le saint évêque ne nous fait connaître ni le système de construction, ni les dimensions de cette basilique.
Des fouilles faites dans le parvis, en 1847, ont mis à découvert les substructions de l'église de Cbildebert, qui étaient superposées à des constructions romaines. C'est dans la cathédrale de Notre-Dame que Frédégonde se réfugia avec ses trésors, après le meurtre de Chilpéric, comme dans un asile inviolable (584).
Saint -Étienne partageait avec Notre-Dame le titre d’église épiscopale; aussi, les principaux conciles de Paris, sous les deux premières races, s'assemblèrent-ils tantôt à Notre-Dame, tantôt à Saint-Etienne. Quant aux Normands, dont les invasions furent si fréquentes sous la seconde race, ils paraissent n’avoir jamais pénétré dans l’lle de la Seine, quoiqu'on ait prétendu qu'ils avaient incendié Notre-Dame, Lors du célèbre siège de Paris, en 886, la châsse de saint Germain fut portée dans la Cité par les religieux de l’abbaye, et mise en sûreté dans l’église de Saint-Étienne.
Au commencement du siècle suivant, les deux cathédrales de Paris menaçaient ruine ; mais on ne voit pas que la vieille église de Saiut-Étienne ait été restaurée, ha sollicitude des évêques se portait particulièrement sur la basilique de Notre-Dame, devenue le principal siège de l’évêché. Un de ces prélats, Anschéric, la répara sous Charles le Simple en 9U7, et l’archidiacre Etienne de Garlande y fit faire quelques travaux en 1135.
Cependant les proportions exiguës de l’édifice n’étaient plus en rapport avec sa destination, depuis les accroissements considérables que Paris avait reçus. Maurice de Sully, qui, de la plus humble condition s’était élevé par
ses vertus et son rare mérite, à l’épiscopat, conçut le projet, vers l’an 1161, de reconstruire entièrement la cathédrale de Notre-Dame. Après avoir fait abattre l’ancienne basilique, bâtie par Cbildebcrt, il jeta les fondements du magnifique monument que jious voyons aujourd’hui.
En 1163, la première pierre du nouvel édifice fut posée par le pape Alexandre 111, qui, chassé de ses États, s'était réfugié en France. Le grand antel fut consacré, en 1182, par l’évèque Maurice et Ileuri de Château - Marçav , cardinal, évêque d’Albano, légat du Saint-Siège. Une grande partie du chœur étant terminée en 1185, on travaillait dès lors aux ornements extérieurs. Néanmoins, malgré toute l’activité qu’il avait déployée pour hâter ces constructions, Maurice de Sully, mort en 1196, ne les vit pas achevées. Son successeur, Eudes de Sully, continua les travaux jusqu’en 1208.
Dix ans plus tard, on abattit la vieille église de Saint- Étienne, qui aurait nui à l’élévation du côté méridional de la nouvelle basilique, et la masse de l’édifice fut terminée en 1223. Mais il fallut un temps beaucoup plus long pour compléter les innombrables détails de sculpture que nos pères y ont prodigués la triple galerie de la façade, les portails, les vitraux, toutes ces arabesques, ces dentelures, ces eolonnettes, ces statues, ces pierres travaillées à jour, qui font de Notre-Dame un des plus précieux monuments du moyen âge.
Les guerres, les discordes civiles, le manque d’argent, interrompirent fréquemment cette œuvre immense, conçue par un seul homme, accomplie par trois siècles.
L’édifice a été conçu et exécuté sur un plan non moins imposant que grandiose.
On y remarque une grande sé.érilé dans les lignes, une majesté simple dans les formes.
Le grand portail, qui fut terminé en 1223, sous le règne
de Philippe-Auguste, est composé de deux grandes tours carrées et symétriques, qui se lient au pignon de la nef principale. Cette façade n’est pas sans analogie avec les constructions lombardes, par la solidité et la force de ses masses. Elle présente trois grandes portes, dont les voussures et les parois sont chargées de sculptures très^curieuses. Si l’on en croit Sauvai, il fallait, du temps de Louis XII, monter onze marches pour arriver à cette façade, qui semble avoir été conçue d’un seul jet et sculptée par un seul artiste, tant il y règne d’un bout à l’autre la même harmonie dans la même grandeur.
« Il est, à coup sur, dit Victor Hugo, peu de plus belles pages architecturales que cette façade où, successivement et à la fois, les trois portails creusés en ogive, le cordon brodé et dentelé des vingt-huit niches royales, l’immense rosace centrale flanquée de ses deux fenêtres latérales comme le prêtre du diacre et du sous-diacre, la haute et frêle galerie d’arcades à trèfle, qui porte une lourde plate-forme sur ses Unes colonnettes; enfin, les deux noires et massives tours avec leurs auvents d’ardoise, parties harmonieuses d'un tout magnifique, superposées en cinq étages gigantesques, se développent à l’oeil, en foule et sans trouble, avec leurs innombrables détails de statuaire, de sculpture et de ciselure, ralliés puissamment à la tranquille grandeur de l’ensemble, vaste symphonie en pierre, pour ainsi dire, œuvre colossale d'un homme et d’un peuple ; tout ensemble une et complexe comme les iliades et les romanceros dont elle est la sœur; produit prodigieux de la cotisation de toutes les forces d’une époque, où sur chaque pierre ou voit saillir eh cent façons la fantaisie de l’ouvrier, disciplinée par le génie de l’artiste, sorte de création humaine, en un mot, puissante et féconde comme la création divine, dont elle semble avoir dérobé le double caractère : variété, éternité 1
» Et ce que nous disons de la façade, il faut le dire de l’église entière : mesurer l’orteil du pied, c’est mesurer le géant.
« Trois choses importantes manquent aujourd’hui à cette façade . d’abord, le degré de onze marches qui l’exhaussait jadis au dessus du sol; ensuite, la série inférieure de statues qui occupait la niche des trois portails, et la série supérieure des vingt-huit plus anciens rois de France, qui garnissait la galerie du premier étage, à partir de Childebert jusqu’à Philippe-Auguste, tenant en main la pomme impériale.
» Le degré, c’est le temps qui l’a fait disparaître, en élevant d’un progrès irrésistible et lent le niveau du sol de la Cité; mais, tout en faisant dévorer une à une, par cette marée montante du pavé de Paris, les onze marches qui ajoutaient à la hauteur majestueuse de l’éditice, le temps a rendu à l’église plus peut-être qu’il ne lui a ôté, car c'est le temps qui a répandu sur la façade cette sombre couleur des siècles qui fait de la vieillesse des monuments l’âge de leur beauté.
» Mais qui a jeté bas les deux rangs de statues? qui a laissé les niches vides? qui a taillé, au beau milieu du portail central, cette ogive neuve et bâtarde? qui a osé y encadrer cette fade et lourde porte de bois, sculptée à la Louis XV, à côté des arabesques de Biscomette? Les hommes, les architectes, les artistes de nos jours.
» Et, si nous entrons dans l’intérieur de l’édifice, qui a renversé ce colosse de saint Christophe, proverbial parmi les statues au même titre que la grand’salle du palais parmi les salles, que la flèche de Strasbourg parmi les clochers? et ces myriades de statues qui peuplaient tous les entrecolonnementsde la nef et du chœur, à genoux, en pied, équestres, hommes, femmes, enfants, rois, évêques, gendarmes, en pierre, en marbre, en or, en argent,
en cuivre, en cire môme, qui les a brutalement balayées? Ce n’est pas le temps.
» Et qui a substitué au vieil autel gothique, splendidement encombré de châsses et de reliquaires, ce lourd sarcophage de marbre à têtes d'anges et à images, lequel semble un échantillon dépareillé du Yal-de-Grâce ou des Invalides? Qui a bêtement scellé ce lourd anachronisme de pierre dans le pavé carlovingien de Hercandus? N’est-ce pas Louis XIV, accomplissant le vœu de Louis XIII?
» Et qui a mis de froides vitres blanches à la place de ces vitraux hauts en couleur qui faisait hésiter l’œil émerveillé de nos pères entre la rose du grand portail et les ogives de l’abside? Et que dirait un sous-chautre du xvi* siècle en voyant ce badigeonnage jaune dont nos vandales archevêques ont barbouillé leur cathédrale? 11 se souviendrait que c’était la couleur dont le bourreau brossait les édifices scélérés; il se rappellerait l'hôtel du l’etit-Bourbon tout englué de jaune, pour la trahison du connétable; « jaune, après tout, de si bonne trempe,
» dit Sauvai, et si bien recommandé, que plus d'un siècle * na pu encore lui faire perdre sa couleur; » il croirait que le lieu saint est devenu infâme, il s’enfuirait.
» Et, si nous montons sur la cathédrale, sans nous arrêter à mille barbaries de tout genre, qu’a-t-on fait de ce charmant petit clocher qui s’appuyait sur le point d’intersection de la croisée, et qui, non moins frêle et non moins hardi que sa voisine la flèche (détruite aussi) de la Sainte- Chapelle, s’enfoncait dans le ciel plus avant que les tours, élancé, aigu, sonore, découpé â jour? Un architecte de bon goût (1787) l'a amputé, et a cru qu’il suffisait de masquer la plaie avec ce large emplâtre de plomb, qui ressemble au couvercle d’une marmite.
« Qu’il y a loin de là à l’époque où Robert Cenalis, comparant Notre-Dame de Paris ù ce fameux temple de
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Diane à Éphèse, tant réclamé par les anciens païens, qui a immortalisé Erostrate, trouvait la cathédrale gauloise plus excellente en longueur, largeur, hauteur et structure! »
Après avoir lu ccs magnifiques apostrophes sur la manière dont on défigure qufourd’hui l’architecture gothique, il faut visiter la tour du nord, pour voir la cloche si célèbre sous ce nom : le Bourdon, et dont l’immense voix ne retentit jamais que dans les grandes solennités. Elle pèse près de 16,000 kilogrammes; et son battant, 488 kilogrammes. Fondue en 1683, puis refondue en 1685, Louis XIY fut son parrain et Marie-Thérèse sa marraine. Aussi l’appelle-t-on Emmanuel-Louise- Thérèse.
Victor Hugo nous a fait remarquer sur toute la ligne de la façade, au-dessus de l’ordonnance inférieure, les vingt-huit niches royales. Au-dessus d’elles se trouve une fenêtre circulaire nommée la Bose. Chaque face latérale de l'église en ofTre une pareille, délicatement travaillée. La rose du côté du midi est duc au cardinal de Noailles, qui la fit construire à ses frais; elle coûta 80,000 francs.
Enfin, le haut de la façade est décoré par un péristyle composé de trente-quatre colonnes, remarquables par leur longueur et leur ténuité. Elles sont formées chacune d’une seule pierre et supportent une galerie à balustrade. ; .
Deux portails latéraux terminent les extrémités de la croisée au nord et au midi. Celui du nord fut élevé vers 1312 par Philippe le Bel , qui le fit construire avec le produit des biens dont il avait dépouillé les Templiers. Non loin de là se trouve une porte d’une jolie structure, appelée porte Bouge, par laquelle les chanoines se rendaient du cloître à l’église pour les offices de la nuit. Elle fut construite en 1419. Au fond du cadre ogival de cette porte, on voit la figure de Jean Sans-Peur, duc de
Bourgogne , et celle de Marguerite de Bavière , sa femme.
Le portail du midi est du môme style que celui dont
nous venons de parler ; les bas-reliefs qui le décorent
représentent l’histoire de saint Étienne. Il fut construit du temps de saint Louis, sous le pontificat de Regnaud de Corbeil, en 1257, par Jehan de Chelles, maître maçon, ainsi que l’indique une inscription du temps.
Les murs de l’église sont soutenus dans toute leur
étendue par des contre-forts savamment disposés et sur-
montés de pyramides et de clochetons dont l’effet est fort pittoresque.
Une des parties les plus curieuses de l’édifice est la charpente du comble, qu’on appelle la forêt, à cause de la multitude de pièces de bois de châtaignier dont elle est composée. Cette charpente , due aux libéralités du cardinal de Noailles, a été recouverte de 1,236 tables de plomb, pesant ensemble 210,120 kilogrammes.
L’intérieur de Notre-Dame figure une croix latine. Cent vingt piliers de structure différente soutiennent les voûtes et forment une double enceinte autour du chœur et de la nef. Vingt-sept chapelles occupent les travées extérieures des bas côtés, au-dessus desquelles circulent de spacieuses galeries et des tribunes élégantes.
La plupart des ornements sont d’un style moderne, et peu en harmonie avec l’architecture de l’édifice ; mais isolément ils n'en sont pas moins précieux. Nous citerons les bas-reliefs en bronze doré du maltre-autel ; un groupe de marbre, chef-d’œuvre de l'art, représentant la Descente de Croix, exécuté par Nicolas Coustou; la statue de la sainte Vierge, par Antoine Maggi ; le pavé en mosaïque du sanctuaire; les boiseries sculptées ; les tableaux de Jouvenet, Philippe de Champagne, Louis Boulogne, Laurent la Hire et Lafosse; les grilles de fer poli qui ferment
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le chœur, les bas-reliefs qui en décorent l’intérieur et remontent au xiv* siècle; enfin plusieurs mausolées, notamment ceux du comte d'Harcourt et du cardinal de Belloy.
On remarquait autrefois, près du premier pilier de la nef, la statue colossale de saint Christophe, haute de 9 mètres, érigée en 1413 par Antoine des Essarts, chambellan de Charles Yl, en reconnaissance de ce que ce saint lui était apparu pendant la nuit et avait brisé les portes de sa prison. Cette statue fut détruite eu 1785.
Dn autre monument célèbre s’élevait à l’extrémité de la nef et à l’entrée dit choeur : on a nommé la statue équestre de Philippe le Bel, grande comme nature. Ce prince était représenté tel qu’il était en arrivant à Paris après la bataille de Mons-en-Puelle, lorsqu’il se rendit à Notre-Dame, où il entra tout armé pour remercier Dieu de sa victoire. Cette figure, précieuse comme souvenir historique et intéressante pour l’étude des costumes et de l’art à cette époque, fut brisée en 1792, à coups de 9abre, par les Marseillais.
Derrière le maltre-autel se trouve un groupe de marbre appelé le Yœu de Louis XIII, qui, ayant mis son royaume sous la protection de la sainte Vierge, en 1638, fit vœu de réparer le principal autel de Notre-Dame. Ce monarque étant mort avant d’avoir pu l’accomplir, Louis XIV voulut tenir cette promesse sacrée, en posant solennellement la première pierre de cet autel (1099).
Cependant le groupe ne fut exécuté, par Coustou, que vingt-quatre ans après. Il représente une grande croix de marbre blanc sur laquelle est jetée une draperie; au bas on voit la Vierge assise, tenant entre ses bras le corps de Jésus; à ses côtés sont placées, sur des piédestaux, les figures de Louis Xlll et de Louis XIV lui présentant
une couronne. Enlevées pendant la Révolution, les statues des deux rois furent rétablies en 181G.
Connue monument historique, la cathédrale de Paris rappelle de grands souvenirs. C’est là que nos anciens rois venaient, après leur avènement au trône, renouveler le serment d’ètre fidèles observateurs des lois et de, gouverner pour le bonheur du peuple; c’est là qu’ils apportaient les trophées de leurs victoires, et qu’ils adressaient au ciel leurs invocations lorsque quelque grande calamité publique affligeait le pays.
Sous la Convention, Notre-Dame, dévastée, dépouillée de scs objets d’art, mutilée dans toutes ses parties, notamment dans sa façade, fut transformée en temple de la Raison. Sous le Directoire, les théophilanthropes y célébrèrent le'culte de l’Etre suprême; et il s’y tint en 1801 un prétendu concile où assistèrent cent vingt prêtres ou évêques constitutionnels. Le 18 mai 1802, une messe et un Te üeum y furent célébrés en présence des trois consuls, pour le rétablissement officiel du culte catholique. Enfin, c’est dans l'église cathédrale de Notre-Dame que, le 2 décembre 1804, Napoléon 1" fut sacré empereur par le pape Pic Vil.
La porte du milieu du grand portail de l’église Notre- Dame de Paris fut défigurée sous Louis XIV ; on lui a restitué sa forme primitive. La restauration du grand portail et des tours est terminée. Un vient d’achever aussi , au midi de la cathédrale, l’élégante sacristie archiépiscopale, dont l’architecture gothique est en parfaite harmonie avec celle de la basilique métropolitaine.
« Notre-Dame de Paris n’est point du reste, dit Victor Hugo, ce qu’on peut appeler un monument complet, défini, classé ; ce n’est plus une église romane, ce n’est pas encore une église gothique. Cet édifice n’est pas un type. Notre-Dame de Paris n'a point, comme l’abbaye de Tour-
nus, la grave et massive carrure, la ronde et large voûte, la nudité glaciale, la majestueuse simplicité des édifices qui ont le plein cintre pour générateur. Elle n’est pas, comme la cathédrale de Bourges, le produit magnifique, léger, multiple, touffu, hérissé, efflorescent de l’ogive.
» Impossible de la rangeç dans cette antique famille d’églises sombres, mystérieuses, basses, et comme écrasées parle plein cintre, presque égyptiennes au plafond près; toutes hiéroglyphiques, toutes sacerdotales, toutes symboliques; plus chargées, dans leurs ornements, de losanges et de zigzags que de fleurs, de fleurs que d’animaux, d’animaux que d'hommes; œuvre de l'architecte moins que de l'évêque ; première transformation de l’art, tout empreinte de discipline théocratique et militaire, qui prend racine dans le Bas-Empire, et s'arrête à Guillaume le Conquérant.
» Impossible de plqcer notre cathédrale dans celte autre famille d’églises hautes, aériennes, riches de vitraux et de sculptures; aiguës de formes, hardies d’attitudes; communales et bourgeoises, comme symboles politiques; libres, capricieuses, cfl’rénées, comme œuvre d’art : seconde transformation de l’architecture, non plus hiéroglyphique, immuable et sacerdotale, mais artiste, progressive et populaire, qui commence au retour des croisades et finit à Louis XI.
» Kotre-Dame de Paris n’est pas de pure race romane, comme les premières, ni de pure race arabe, comme les secondes.
» C'est un édifice de la transition. L’architecte saxon achevait de dresser les premiers piliers de la nef, lorsque l’ogive, qui arrivait de la croisade, est venue se poser en conquérante sur ces larges chapiteaux romans qui ne devaient porter que des pleins cintres. L’ogive, ’maitresse dès lors, a construit le reste de l’église. Cependant, inexpérimentée e$ timide à son début, elle s’évase, s’élargit,
se contient, et n’ose s’élancer encore en flèches et en lancettes, comme elle l’a fait plus tard dans tant de merveilleuses cathédrales. On dirait qu’elle se ressent du voisinage des lourds piliers romans.
» D’ailleurs, ces édifices de la transition du roman au gothique ne sont pas moins précieux à étudier que les types purs. Ils expriment une nuance de l’art qui serait perdue sans eux. C’est la greffe de l’ogive sur le plein cintre.
» Notre-Dame de Taris est, en particulier, un curieux échantillon de cette variété. Chaque face, chaque pierre du vénérable monument est une page non-seulement de l’histoire du pays, mais encore de l’histoire de la science et de l’art. »