PANTHEON
édifice digne de la patronne de Paris; et, en 1764, pour accomplir, dit-on, un vœu qu’il avait formé pendant sa maladie à Metz, il fit commencer, sur les dessins de l’architecte Soufflot, le magnifique monument que nous ad- . mirons aujourd’hui.
L’édifice n’était pas encore achevé, lorsque l’Assemblée constituante décréta, en 1791, qu’il prendrait le nom de Panthéon et serait destiné à la sépulture des grands hommes. L’empereur Napoléon, en 1806, le rendit au culte, en lui laissant ses ornements philosophiques et son caractère de nécropole des grands hommes. La Restauration lui restitua son nom de Sainte-Geneviève et orna sa coupole des belles peintures de Gros. La révolution de 1830 fit encore une fois disparaître le nom de Sainte-Geneviève, et le Panthéon reprit sa destination révolutionnaire.
« Depuis cette époque, disait en 1851 un historien de Paris, le monument est vide, nu, muet, attendant des grands hommes, sur lesquels on n’a pu rien statuer; attendant un culte, des ornements, des cérémonies, triste et honteux témoignage de notre instabilité, de notre facilité à détruire, de notre impuissance à édifier.
» Quelques curieux parcourent sans respect comme sans émotion cette montagne de pierres qui glace le corps et l’âme, qui est sans but et sans signification; et l'on se contente d’embellir ses abords en attendant qu’on trouve une destination à ce temple de tous les dieux qui n’a plus de Dieu. »
Ce déplorable état de choses a cessé en 1852, et, par l’un de ses premiers décrets, l’empereur Napoléon 111 a rendu définitivement au Panthéon sa destination première et son nom de Sainte-Geneviève. L’année suivante, l'archevêque de Paris y a institué un chapitre de chanoines.
Le plan général de l'édifice représente une croix grecque, composée de quatre nefs réunies par un dôme à leur
centre. Ce magnifique monument, en y comprenant le péristyle, a 113 mètres de longueur sur 85 de largeur, et 83 mètres d’élévation. Sa façade principale se compose d’un vaste perron et d’un portique imité du Panthéon de Rome. 11 présente vingt-deux colonnes cannelées d’ordre corinthien, qui ont 20 mètres de hauteur et 2 mètres de diamètre; elles supportent un fronton triangulaire d’une longueur de 33 mètres sur une hauteur de 7 mètres.
Sur son tympan est un splendide bas-relief de David (d’Angers), représentant la France couronnant ses grands hommes. A sa droite sont rangés : Fénelon, Malesherbes, Mirabeau, Voltaire, Rousseau, la Fayette, Carnot, Manuel, Monge, Laplace, Cuvier, David, Bichat, etc.; à sa gauche, Napoléon, entouré des plus illustres représentants de la République et de l’Empire.
L’Histoire et la Liberté, placées aux pieds de la France, inscrivent les noms des personnages célèbres. 11 a été décidé que ce bas-relief serait conservé. Quoiqu’on ait rendu cette église au culte catholique, on lit encore sur la frise : A>ix grands hommes la Pairie reconnaissante.— Le Génie, le Courage civil, la Science, etc., sont sculptés sur les bas-reliefs du portique.
Le dôme extérieur montre d'abord, au-dessus des combles, un vaste soubassement carré à pans coupés, où viennent aboutir quatre arcs-boutants sur lesquels sont pratiqués des escaliers découverts montant au dôme. Sur ce premier soubassement, élevé de 24 mètres au-dessus du perron, est un second soubassement circulaire de 4 mètres de diamètre. Au-dessus s’élève une colonnade circulaire composée de trente-deux colonnes corinthiennes de 11 mètres de haut, soutenant un entablement que couronne une galerie découverte.
Ce péristyle est divisé en quatre parties par des massifs correspondants aux quatre piliers du dôme, dans lesquels
sont pratiqués quatre escaliers à vis. Derrière ce péristyle, le mur de la tour est percé de douze grandes croisées correspondantes aux entre - colonnements de l’extérieur.
Au-dessus de ce péristyle, de son entablement et de sa balustrade, règne un attique de G mètres, dont la corniche se découpe en arceaux garnis de vitraux. C’est sur son socle que s’appuie la grande voûte principale : elle a un diamètre de 25 mètres et une hauteur de 14; son galbe est divisé en seize côtés saillants, dont la largeur est égale à leurs intervalles, et elle est couverte de lames de plomb.
Une lanterne circulaire ornée de douze colonnes, percée de dix croisées en arcades , s’élève au-dessus de la sommité du dôme, et son point culminant est à 1 43m, 36 au-dessus du niveau de la mer.
Le nombre des marches pour gravir au haut de la coupole est de 475. Telle est l’ordonnance extérieure de cet édifice, dont l’intérieur, par la disposition des nefs, l’ornementation, le pavage, l’Apothéose de sainte Geneviève , peinte par Gros, mérite toute l’attention des visiteurs.
A 6 mètres de profondeur, se trouve une église souterraine qui offre un effet d’éclio remarquable, et où sont réunies les tombes de Soufflot, Voltaire, Rousseau, Bougainville, du maréchal Lannes, etc. — Mirabeau et Marat y avaient été inhumés, mais ils en furent expulsés par un décret national après le 9 thermidor.
Le Panthéon fut, en juin 1848 , le théâtre d'un combat sanglant. Les insurgés, s’y étant retranchés, n’en purent être délogés que par l’artillerie, dont les projectiles mutilèrent la colonnade et l’intérieur du bâtiment. C’est à ce combat que le brave général Damesme, commandant la garde mobile, reçut une blessure dont il mourut peu de jours après.
Un groupe de sculpture , dont M. Maindron est l'auteur, devait être placé dans l’église Sainte-Geneviève. Nous ne savons si la basilique recevra ce travail de sculpture. Mais en décrivant le temple de l’héroïque patronne de Paris, nous ne pouvons résister au désir d’insérer quelques considérations de M. Alexandre Clément sur ce groupe.
« Attila, dit M. Clément, ce chef de barbares qui passa sur la civilisation de Rome et de Byzance avec des pouvoirs inconnus, et que les provinces qu’il livrait à ses hordes appelèrent Fléau de Dieu, a laissé dans son nom tout l’effroi de ses armes : involontairement, à ce nom d’Attila, l’esprit se sent saisi d’un vertige; les Cosaques en héritèrent à coup sùr.
» Attila saccagea cinq cents villes environ, subjugua la Scvthie et la Germanie ; rangea sous son étendard les Ostrogotbs, lesGépides, les Vandales, bonne partie des Francs; fit trembler Constantinople et Rome, les deux empires. Quand ses ambassadeurs devaient annoncer à l’un ou à l’autre empereur sa visite , ils s’y prenaient avec cette courtoisie : « Attila, notre maître et le tien, disaient-ils » à César, t’ordonne de lui préparer sans délai un palais » pour le recevoir. » Et l’invitation manquait rarement son effet d’obéissance et de terreur.
» Chose étrange ! ce guerroyeur dont la menace effrayait les royaumes; qui voyait comme chose toute simple de mettre dans son lit la sœur des empereurs, et sous sa loi une moitié de l’empire; qui reçut un jour, dans sa royale cabane, accroupi sur son banc, les envoyés de Byzance, et les apostropha ainsi : « Où est la » forteresse , où est la ville qui peut prétendre à subsis- » ter, lorsqu’il me plaît de la détruire? » eh bien! à deux reprises il essaya d’asservir la. Gaule; toutes ses hordes étaient avec lui, et il fut toujours battu.
» Suivant la légende, il suffit de l’apparition de Geneviève de Nanterre en ses voies de conquête pour sauver Paris. La retraite du barbare suffit à son tour pour faire de Geneviève une sainte. Je conviendrai que celte sainteté du champ de bataille, si la légende a dit vrai, fut bravement gagnée par la patronne de Paris, qui, et ceci entre nous, était bel et bien de famille patricienne, très-détestée , du reste, de ses riches parents pour son noble cœur, ce qui a pu la faire prendre pour une gardeuse de moutons. »
11 y a plusieurs manières d’envisager la destinée d’Attila; on peut la prendre , selon M. Clément , du côté de Rome et de Byzance, ou du côté des Gaules. « M.Maindron a pris par les Gaules. Son vaste groupe d'Attila et de sainte Geneviève, ou plutôt de Sainte Geneviève et d’Attila, se trouve exécuté dans cette direction.
» Le talent suit sa pente. M. Maindron possède dans le sien, naturellement original et hardi, des qualités idéales et tendres qu’il communique à tous les sujets, et dont le mystère intéresse la pensée* et le cœur à ses créations en spiritualisant leur jet. On n’a pas oublié le Christ en croix. Et qui n’aime à revoir, au Luxembourg, Velléda dans son amour! Nous lui souhaitons heur et bonheur, à la noble fille des Gaules!
» Le nouveau groupe de M. Maindron sc compose de deux figures plus grandes que nature : Sainte Geneviève et Attila. L’artiste a choisi le quart d’heure où le miracle agit, arrêtant la marche sur Paris. Sainte Geneviève , le genou en terre, glorifie son Dieu; Attila , debout , remet le glaive lentement au fourreau. D’une main , la vierge aide à l’acier; l'autre main tient l’image du Christ sous le regard du barbare, ébloui de ce talisman qu’il ne parait pas du tout s’expliquer : ce qui lui donne une expression de trouble indéfinissable très-curieux à voir.
» L’inspiration a rendu l’héroïne vraiment splendide.
Vous diriez d’un hymne virginal au Créateur. On se prend à rêver de Jeanne d’Arc et de Judith devant cet enthousiasme inspiré.
» Dans son exécution , M. Maindron nous semble avoir compris la sainte de Paris comme il faut la comprendre : jeune , belle âme en un beau corps , de religieux élans d’humanité, avec un peu de nationalité gauloise ou française. Ainsi, son charme plaît à ravir.
» Attila est largement dans le ton du sujet , d’un naturel de barbare parfait. Sa pose n’est pas sans grandeur : sa physionomie telle que nous la voulions à ce pillard des Gaules. M. Maindron a aussi bien compris, en pétrissant cette face farouche , que la victoire de sainte Geneviève ne pouvait pas être une conversion le moins du monde, mais l’influence d’en haut qui sauve Paris, une fascination providentielle, voilà tout.
» Cette expression, si difficile à rendre, domine de son mystère lame et la figure d’Attila; elle se communique à son extérieur entier. C’est vrâi et beau. Le Fléau persiste donc sous la surprise terrifiante ; les tronçons de têtes et de glaives qu’il a sous les pieds ne sont pas , on le devine aisément, le dernier mot de ce Tartare endurci. Le rugissement sourd qui gronde a soin de nous en prévenir. Ces muscles de fer, ce corps de fer sont d’un modelé remarquable.
# Nous retrouvons ici , dans le choix du costume, l’origine patricienne de sainte Geneviève : elle est vêtue de la longue robe consacrée par les légendes, ceinte d’une riche cordelière. Sa coiffure du temps donne à sa noble tète une grâce angélique. Le voile , rejeté de côté , se glisse sur de belles formes.
» Attila porte le casque hunique avec la vaste cuirasse en fer des barbares , qui étreignait le corps jusqu’aux cuisses : sur les épaules une peau de lion. Sous cette
pourpre-là, achetée au désert , sa majesté kalmouke a la distinction d’un empereur. Quant à ce glaive quelle rengaine d'assez mauvaise humeur, le dieu des Huns ne l’eût pas dédaigné, je m'assure.
» Tout à rebours de Jornandès, qui prit pour Attila la race kalmouke dans ce qu’elle avait de plus trapu et de plus hideux, le groupe de M. Maindron nous présente un colosse d’un grand air de barbarie. Et c’est bien. L’histoire a parfois ses croque-mitaines comme les contes du foyer; de rudes croque-mitaines, je vous le certifie. Aussi, quand elle en essaie la mise en scène , attendez-vous à du fantastique et à de la poésie ; mais la vérité des ressemblances, n’y comptez point.
« Voyez* ce qui se passe depuis plus de quarante ans pour les figures d'une époque qui touche à la nôtre, pour certaines figures de la Révolution. Que devait-ce donc être du ve siècle et de ce Fléau de Dieu, qui sortant à l’improviste de sa nuit , tombait comme la foudre sur des empires, et disparaissait en plein incendie. Dans ces bonds tumultueux, Attila ne songea certainement pas à son effigie ; le bronze et le marbre n’étaient pas son affaire : ses hordes entraînaient ailleurs son coursier. 11 laissa seulement la mesure de son glaive au faite des civilisations du passé; dans l’àme de tous la terreur.
» Ce foudroyant mystère, qui touche à l’épopée, n'en était que plus périlleux pour l’artiste qui avait déjà deux écueils à éviter. M. Maindron a repris le type dont se servait Raphaël pour sa figure du roi des Huns. 11 ne pouvait faire plus sagement.
» Le christianisme rayonne sur la barbarie dans le groupe de M. Maindron. Les cataractes rugissent à l’entour; mais la colombe de la nouvelle alliance annonce la fin de ce déluge : le rameau béni est l'image de Christ, cette fois. L’artiste a su tout rendre sans exagération, avec une me-
sure habile, signe du talent dans sa maturité. » 11 a même retrempé la tradition à ses sources pour en corriger les erreurs. Savamment étudiées, ses deux figures sont naturelles, vraies et d’un remarquable effet d’art. Nous ne voyons pas qu’on puisse en critiquer sérieusement l’exécution. ■