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VOYAGE X

Aîn Karem ou Saint-Jean in Montana.

De Jérusalem à Saint-Jean-in-Monlana, 6 km. 1/2 par la route car rossable. — Aller et retour, une 1/2 journée. — Du village au Désert de Saint-Jean, 1 h. par un chemin assez mauvais. — Une hôlellerie, Casa nova, pour les pèlerins est annexée au couvent de Saint-Jean.

Au sortir de Jérusalem, on suit d'abord la route de JatTa sur un parcours de 2 km. 1/2. (F. Voy. II, p. 5j). Arrivé à l'Asile Israélite des aliénés, on tourne à g. et l'on aperçoit bientôt au fond du Ouâdi el Mousallib le couvent de Sainte-Croix. {V. p. 202). Après avoir atteint le faite de la colline, on découvre à ro., la mer Méditerranée et à l'E., le mont des 01lvier3, et un peu plus loin à dr., le village de Deir Yasin et au N., le Nébi Samouil. Bientôt se dessine à ses pieds un riant vallon qui débouche dans le Ouâdi Jieit Haniria, la vallée de Sorec. Entre ses lianes plantés de vignes, d'oliviers et d'autres arbres fruitiers, émerge le gracieux village iVAin Karem ^ la patrie du Précurseur. On aperçoit d'abord le grand établissement des Dames de Sion perché sur une colline ; puis apparaissent le clocher, ré;ilise et le couvent de Saint-Jean, et tout au fond, un minaret indique la fontaine de la Vierge, qui arrose le vallon et le transforme en jardin. De l'autre côlé, un clocher carré marque l'emplacement du lieu de la Visitation, et tout auprès s'élève réj«>lise, avec un clocher octogonal, de la colonie russe. Tel est le délicieux coin de terre où furent improvisés les deux

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sublimes cantiques que l'Evangile nous a transmis, le Magnificat et le Benediclus.

Saint I^uc (1,29) se contente de dire : « En ces jours-là, Marie se levant s'en alla en hâte au pays montagneux, en une ville de Juda. » Quelle

Le père du Précurseur, rensaient-ils en conséquence, avait été élevé à la dignité suprême du sacerdoce. Or, comme le souverain pontife était tenu d'avoir son domicile dans la Ville sainte, quelques écrivains occidentaux en ont conclu que saint Jean-Baptiste était né à Jérusalem. Mais d'un côté, l'autel des |>arfums, que des prêtres ordinaires encensaient deux fois par jour, était placé dans le Saint et non dans le Saint des Saints ; d'un autre côté, nous savons par saint Luc que Zacharie était un simple prêtre, de la famille d'Abia ; il était de semaine et sa fonction spéciale lui avait été désignée par le sort. En dehors de sa semaine, il n'était donc pas tenu d'habiter Jérusalem.

Raronius crut que la patrie du prèlre Zacharie était nécessairement une ville sacerdotale et patronna Hébron, la principale ville sacerdotale de Juda. Adrien Reland, au contraire, soupçonna que le mot Juda de l'évangélisle était le nom de la ville habitée par Zacharie et qu'il fallait y voir Touttàh ou Iota, ville sacerdotale au S. d'Hébron, qu'on identifie avec le village moderne de laththà. Remarquons d'abord que, dès le règne de David et surtout depuis l'exil, les prêtres et les lévites n'étaient plus astreints à habiter les endroits qui leur avaient été assignés à l'arrivée des Israélites dans la Terre promise; on les trouve, au contraire, domiciliés en dehors de ces villes. De plus, après la captivité de Babylone, Hébron et tout le midi de Juda n'était plus habité par des Juifs, mais par des Iduméens. Dans les œuvres de Josèphe et d'autres écrivains de l'époque, les cités de ce pays ne sont plus jamais comptées comme villes de Aida, mais invariablement comme villes de l'idumée. Enfin la critique textuelle, la philologie et le caractère de l'évangéliste ne permettent {.as d'admettre que celui-ci ait désigné par le nom de Juda la ville de Youththa. Son indication eut été absolument inintelligible. Des auteurs occidentaux ont émis d'autres hypothèses qui ne sont plus prises au sérieux aujourd'hui ^

Patrie de saint Jean-Baptiste. Saint Luc raconle que de Nazareth la sainte Vierge se rendit « ei<; t>,v dpstvi^v (sous entendu /wpav/, dans la région montagneuse, dans une ville de Juda. » Or Pline dit que •f/Opstv/j était le nom de la toparchie dont Jérusalem était la capitale *. Cette toparchie renfermait nécessairement Aîn Kàrem qui, sans contredit, est la ville chananéenne Karem que le livre de Josué des Septante mentionne avec Koulon, Koloniyèh, Baither, ïiitlir, Galem, lieit Djâlâh et Bethléem. C'est très probablement aussi le Beth hacarem de Jérémie {VI, 1) et de Xéhémie (III, 14) et peut-être le Bethcar du I" livre des Rois (VII, 11).

D'après l'ouvrage apocryphe attribué à saint Jacques le Mineur et vulgairement appelé le Proto-évangile, pendant le massacre des enfants de Bethléem, sainte Elisabeth demeurait avec son fils aux environs de cette ville '.

La ville habitée i;ar le prêtre Zacharie n'a pas pu échapper à l'atlention des gens du pays: car le bruit des merveilles qui s'y étaient accomplies lors de la naissance de son fils, s'était répandu sur « toutes les montagnes de la Judée », excitant partout la plus vive admiration ^. En ellet, les premiers chrétiens n'ont pas oublié en quelle heureuse cité le Fils de Dieu avait sanctiiié son précurseur dès avant sa naissance, et le

1. V. notre ouvrage La patHe rfp S. Jean-ll — 2. H. N., V, xiv. - 3. CL Matlh., II, 16. — 4. Luc, II, 65

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dernier prophète chanté la venue du Messie dans ce Benedictus qui faisait écho au Magnificat. Vers la fin du iv* s., ils avaient marqué ce lieu par un monument sacré, comme nous l'apprend saint IMerre, évêque de Sébaste en Arménie, dans son apologie de la divinité de Jésus-Christ : « L'église de Zacharie, écrit -il, dans le territoire û\mia (Jérusalem), témoigne que Marie se leva et se rendit auprès de sa cousine Elisabeth ^. » L'église de la Visitation à Ain Karem remonte, en réalité, à cette époque, comme on le verra plus loin.

Vers 530, l'archidiacre Théodose place ce même sanctuaire « à cinq milles de Jérusalem », distance exacte de la Ville sainte à Aïn Karem.

Epiphane l'Hagiopolite (ix* s.) dit que le « mont Karmel (lisez : Tiarem), propriété de la famille du Précurseur », était à six milles à i'O. de Jérusalem et à 18 milles d'Emmaûs-Nicopolis 2.

Vers l'an 808, l'auteur du Commemoratorium nous apprend qu'à « Saint-Jean, où celui-ci est né, se trouvent deux prêtres, » et il classe le sanctuaire parmi ceux qui étaient situés à moins de deux lieues de Jérusalem.

Enfin, au x' s., une version saîdique de l'évangile de saint Luc et plusieurs versions arabes à l'usage des Coptes avaient remplacé les mots inmontana par Aïn-Karem. On y lit : « En ces jours-là, Marie se leva et se rendit avec empressement à Aïn Karem, ville de Juda. » Une version éthiopienne porte le mot Àïna-Karm à la place de montagneuse '^. Cette croyance si ferme qu'Aïn Karem était la patrie du Précurseur ne peut être que l'écho d'une tradition en vigueur chez les chrétiens de la Palestine, avec lesquels les pèlerins égyptiens étaient en constante relation.

Daniel, l'hégoumène russe (1113), guidé par un vieux moine de Saint- Sabas, visita « à quatre verstes à l'ouest du couvent de Sainte-Croix, la maison de Zacharie remplacée par une église. » Celle-ci, ajoute-t-il, renferme la grotte où naquit saint Jean-Baptiste, et la montagne qui fait face est appelée Oriné.

Saewulf, le pèlerin anglo-saxon (1102), trouva l'ancien monastère grec en ruines « à trois milles à I'O. de l'église de Sainte-Croix. »

Malgré les opinions divergentes de quelques écrivains ecclésiastiques d'Occident au sujet de la patrie du Précurseur, les Croisés suivirent, sans hésiter, la tradition des indigènes. Aïn Kàrem, qui dès l'occupation de la Ville sainte par les Francs fit partie du domaine de la couronne, apparaît dans les actes publics sous le nom de Montana. Dans une charte du 28 septembre 1110 et dans une autre du 30 juillet 1154, le village de Montana est mentionné parmi les localités voisines de Jérusalem, avec Bethafava, la moderne Beitsat'afa située à 4 km. 1/2 au SE. d'Aïn Karem ^.

Les pèlerins du xu* s. et tous ceux qui les suivirent, montrent tous « la maison de Zacharie » de l'Evangile au village d'Aïn Karem. Au sujet de la patrie de saint Jean-Baptiste, il n'y a donc qu'une seule tradition ; elle est constante et plonge ses racines jusque dans les premiers siècles de l'Eglise. Elle mérite en conséquence d'être respectée.

Après avoir fait un grand détour, la voiture s'arrête à l'entrée du village. Celui-ci compte environ 1.650 habitants, dont 235 sont Latins, 160 Russes et 40 Grecs non-unis. Les autres sont musulmans. La paroisse latine est desservie par les Franciscains, qui y tiennent une école pour les garçons et une pharmacie pour les pauvres. Les Dames de Sion ont un pensionnat et une école pour les jeunes lilles.

1. Fragm. du livre des preuves, V. ai Machrîq, Bevrouth, 1ÎX)2, 480. — 2. Enarr. Syriae, P. G., CXX, 263. — 3. V. La patrie de S. J.-B., 123-126. — 4. Cart. Hosp. S. Jean, I, n°' 20, 21 ; — n" 225, 172.

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Après ^tre descendu de voiture, on prend la rue qui monte â dr. ; puis ou entre dans celle que l'on rencontre également ii dr., et quelques pas plus loin, on tourne à g. et l'on voit la porl« du couvent des Franciscains au fond d'une impasse. Dans la première cour, un escalier double de 15 marches conduit k l'église de Saint-Jean- Baptiste.

Eglise de Saint -Jean-Baptiste •!•.

La demeure habituelle du prêtre Zacbarie était appuyée contra la montagne du côté de l'orient. Une grotte (ormait une de ses dépendances, comme dans tant d'autres maisons Juives. D'aprës la tradition, c'est dans cette grotte, d'ailleurs tralche en ét<i, que sainte Elisabeth donna le Jour au Précurseur du Messie, qui tul-m6me devait se manifester au monde dans une grotte réduite en établc.Là, se réunirent parents et voisins pour léliciler l'beureuse rahre et pour louer Dieu de sa miséricorde. Huit {ours après. Ils s'assemblèrent dcre- Plan de l'éïlise S, Jean Baptiste. ^^g, ^^^^ ^^ J^.^^^^„ ju p^^t^e

i. Coupole. -„^<^I^M^^,'^"-^^'r pour assister à la cérémonie sabela. — 3. Grotle de la nats- . , , , . j

sance de S. Jeon-JJ. — 4. Sacns- de la circoncision du noui eautù. — 5. Clocher. — 6. Porche, né et de l'imposition de son 9. 9. Place, des piliers de l'an- „(,„, c'est alors que se passa r^t.*"""'^-" ""*"'™" la charmante scène racontée par saint Luc, et que Zacharlc, (rappi^ de mutisme au Temple, recouvra la parole et chanta le Benedictus Dominus iléus Israël. {Y. Luc, 1, 96-80, n' 84).

coupe de l'église S,.Jean-B»i.tiBl«, L'église est divisée en trois d'après ta ligne A-B. nels par six piliers carrés. Les

a.Ci-oUedelanaissancedeS.Jean' bas côtés .sont surmontés de B, — B. Porche. — 7. Mosaïque, galeries et la noE du milieu 8. Sépulcre. d'une coupole reposant sur un

tambour percé de (enétres.

Les parois de l'église sont rev(^tuo8 jusqu'à une certaine hauteur de carreaui en faïence bleue. Le maltre-autel, dédié a saint Jean- Baptiste, est surmonté d'une belle statue représentant l'Immaculée Conception. Le fond de la nel mcridionalc (orme la cha-

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pelle de Sainte- Elisabeth, près de laquelle s'ouvre la sacristie.

A l'extrémité de la nef septentrionale, un escalier de sept degrés en marbre blanc descend dans la Grotte de la Nativité de Saint-Jean. Elle est entièrement taillée dans le roc et n'est éclairée que par les lampes qui y brûlent. Les parois du rocher sont recouvertes jusqu'au plafond de cinq bas-reliefs en marbre blanc, (|ui représentent les principaux traits de la vie de saint Jean-Baptiste.

En remontant dans l'église, on voit à dr. une bonne copie d'un taljleau de Murillo.

Histoire de Vêglise de Saint- Jean-Baptiste. La premièn' é;;lise construite à Aïn Karem au iv* s. s'élevait à l'emplacement de la maison de campagne où s'était retirée sainte Elisabeth après sa conception, et où elle reçut la visite de la Vierge Marie. Au siècle suivant, une 2* église et un couvent de moines ^recs furent bîltis, probablement par les soins de saint Sabas, au lieu où naquit le Précurseur et où retentit pour la première fois le Bevedictus. Pendant leur révolte contre l'em pire (521-531), les Samaritains détruisirent cette église et égorgèrent les moines. Ceux ci furent ensevelis sous le narthex de l'église, qui ellem^me fut bientôt restaurée dans le style de l'époque juslinienne. L'an 1102, Saewulf trouva l'église et le couvent en ruines ' mais il nota la sépulture des moines grecs martyrisés. Elle fut relevée dix ans après, comme cela apparaît du récit de Daniel, et de nouveau desservie par des moines, d'après Phocas (H80).

Après l'expulsion des Croisés, le monument fut transformé en khan et en écurie. Cependant, il ne cessa jamais d'être visité par les cnrétiens de tout rite. Les Franciscains rachetèrent la vénérable Grotte, dit Suriano (1485), et la séparèrent de l'église par un mur muni d'une porte se fermant à clef. « Les Frères Mineurs de Jérusalem et de Bethléem, raconte Boniface de Raguse en 1561, se rendent annuellement à Saint- Jean in Montana, pour y chanter solennellement les premières Vêpres (de la fête de saint Jean-Raptiste), puis Matines à minuit et, enfin, le matin la messe solennelle, à laquelle assistent les Latins, les Maronites et les Syriens. Après cela, les Grecs et les Orientaux entrent dans le saint Lieu pour y célébrer leurs oflices. »

En 1621, Thomas de Novare, Custode de Terre sainte, racheta l'église et le couvent et y établit une petite communauté de Religieux. Mais il rencontra des diffîcultés inouïes quand il voulut restaurer le sanctuaire, et ses Religieuit eurent beaucoup à soulTrir des musulmans. Grâce à l'entremise du marquis de ^ointel, ambassadeur de France à Constantinople, les travaux de restauration purent commencer en 1675, et, après avoir été interrompus deux fois par les gens du pays, ils furent menés à bonne fin en 16'JO.

L'église de Saint-Jean avait conservé jusqu'alors sa coupole et ses voûtes quoique dans un état fort délabré, comme il résulte de la description (|u'en fit le P. Nau, (jui avait accompagné le marquis de Nointel en 1674. Les Pères de Terre sainte, en la restaurant, ont scrupuleusement con.servé les dispositibns premières, y compris les galeries supérieun»s des nefs latérales dont parle le P. Marien de Maleo en 1658. Il est très probable qu'au X II* s. on a restauré, et non reconstruit de toute pièce, l'église du vi* s. Son plan est identique à celui de l'église de Sainte- Croix. En tout (;as, la restauration au xii* s. n'est pas l'œuvre des Croisés. Contrairement aux dispositions des églises latines, la coupole occupe la 2' travée au-devant de l'abside, les piliers sont carrés et massifs, et la dernière travée des bas côtés ne s'ouvre pas dans le chœur qui, jusqu'au xvni' s., a conservé son iconostase.

L'escalier, qui du porche monte vers le X., conduit au couvent et à la

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