GROTTE DE L* ANNONCIATION
du même genre se voit dans une anfractuosîté de rocher au devant d'un tombeau dont il ne reste plus que des vestiges. Ces pavés, comme le tombeau^ remontent au vi* s. On remarque aussi les traces de la porte qui ouvrait autrefois dans ce sanctuaire du côté de VO. Portes et mosaïques démontrent que depuis le iv* s. cette chapelle n'a subi aucun changement notable dans son ensemble.
Tombeau de saint Joseph. Daniel le Russe prit le tombeau dont il vient d'être question pour celui de saint Joseph. Avant lui personne n'en avait parlé, et a{)rès lui nous ne trouvons que Théodoric (1172) qui l'ail répété. Chose curieuse ! Ce même pèlerin suivit aussi l'hégoumène quand celui-ci rêva que sainte Anne lut enterrée au lieu où elle avait mis au monde la sainte Vierge, à Jérusalem. La tradition ne nous a pas transmis en quel lieu le père nourricier de Jésus a reçu la sépulture. Une seule chose est certaine : ce ne fut ni dans une maison, ni près d'une maison de Nazareth. La bourgade eût été polluée et certes les Juifs n'étaient pas disposés à tolérer de la part de Jésus et de Marie une telle infraction à la loi, qui aurait entraîné de graves conséquences pour toute la localité.
Sainte Grotte. Traversant ensuite une arcade ogivale qui s'appuie sur deux colonnes torses en marbre blanc, on descend par deux degrés dans la grotte de l'Annonciation (4). Celte seconde chapelle est entièrement creusée dans le roc, comme on peut s'en convaincre en examinant la voûte et la paroi de dr. ; partout ailleurs elle est revêtue de marbre. L'autel en marbres précieux en occupe le fond. Un excellent tableau, représentant l'Annonciation, est placé au-dessus de l'autel, et sous la table de celui-ci sont gravés ces mots :
VERBUM CARO flIC FACTUM EST
C'est ici qu'a commencé l'œuvre de la Rédemption par l'incarnation du Verbe, le Fils de Dieu. C'est ici le lieu béni, où furent prononcées ces mémorables paroles, sans cesse répétées depuis par l'Eglise : a Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre toutes les femmes, » paroles auxquelles Marie, après les explications données par le messager rélcste, répondit par ces mots non moins célèbres : « Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole. » Qutl charme acquiert le récit de saint Luc relu dans ce lieu même. ( V. Luc, I, 26-38, n° 82).
A g., on remarque deux colonnes en granit rouge ou porphyre (5). Elles furent placées là dès le iv* s. pour consolider la voûte dans la ligne des colonnes qui séparaient les nefs dans la basilique supérieure. L'une est à moitié engagée dans la maçonnerie d'un pilier ; l'autre csl brisée dans le bas et suspendue à la voûte dans laquelle elle est solidement encastrée. Par précaution, on a lié ce tronc de colonne au plafcnd avec des barres de fer et au-dessous on a placé un autre fragment de colonne, pour empêcher qu'on aille s'y heurter le front. La colonne encore entière est vulgairement appelée la dolonne de l'Ange et celle qui est brisée la colonne de la Vierge. Le
Père Thomas de Novare raconle que des Maures africains avaient rompu cette dernière à environ deux pieds du sol, croyant qu'elle recelait un grand trésor.
Jusqu'au xiii* s., il n'y avait qu'uo autel dans cette crypte, celui d& rAunonciation, qui occupait une absidiole à dr., vers l'È., aujourd'liui masquée par le placage en marbre. Mais depuis que la basilique fut renversée sur l'ordre du sultan Bibars (1263), tous les pèlerins y signalent trois autels, a II y a trots autels, dit Uurchard de Mont-Sion en 1283, dans la chapelle taillée dans le roc. » Ce sont, d'après Quaresmius, l'autel de l'Arciiange dans le vestibule^ celui de l'Annonciation dans l'absidiole et celui de Saint-Joseph au fond de la grotte au N. En plaçant l'autel principal en face du grand escalier construit au xvu* s.^ on a divisé la sainte Grotte en deux compartiments.
A l'extrémité orientale de l'autel de l'Annonciation, du côté de l'Epttre, une porte ouvre dans le second compartiment dont la voûte rocheuse se termine en quart de sphère. 11 renferme l'autel de Saint-Joseph adossé au précédent, mais séparé de lui par un mur de refend, qui supporte les retables en marbre des deux autels (6). Vers Tan 1624, on tailla dans le roc, au fond de la grotte, un escalier étroit de 16 marches qui conduit à la sacristie et au couvent. C'est à cette occasion que l'autel de Saint-Joseph a dû être changé de place et reçut la disposition qu'il a gardée depuis.
Cuisine de la Vierçe. Quaresmius dit : a Ainsi nous pouvons descendre de notre habitation dans la partie septentrionale de la Grotte par un escalier taillé récemment. » En cas d'émeute, cette communication directe entre la crypte et le couvent permit aux Religieux d'y descendre sans être vus ni molestés par les musulmans, comme aussi de se sauver en cas de surprise. En créant ce passage, on heurta contre une petite grotte autrefois utilisée comme citerne. ï^e peuple, s'imaginant qu'elle avait toujours communiqué avec l'habitation de Marie, et prenant l'orifice de la citerne pour une cheminée, l'appela la Cuisine de la Vierge.
Plusieurs écrivains^ particulièrement au temps des Croisades, ont cru que la Très sainte Vierge était née dans cette grotte. Le traité De natiriiaie B. M. V. qui déclare que Marie vit le Jour à Nazareth, passait alors pour l'œuvre de saint Jérôme, tandis qu'il n'est en réalité que celle d'un pieux faussaire. La Sainte Vierge naquit à Jérusalem.