‹ Nouveau guide de Terre SainteChapitre 191 sur 251 · IV. — La Synagogue t · texte numérisé non relu

IV. — La Synagogue t

A environ 180 m. au N.-O. de la Casa Nova, on arrive à travers les bazars à l'église paroissiale des Grecs catholiques. La chapelle située à g. de l'église est bâtie sur l'emplacement traditionnel de la Synagogue où Notre- Seigneur interpréta un passage d'Isale qui le concernait, et d'où il fut chassé par ses concitoyens. Ceux-ci le menèrent au précipice pour le mettre à mort .(F. Luc, IV, 14-31, n® 41). Cette chapelle, qui dans sa forme actuelle n'est pas très ancienne, est appelée par les Arabes Medréséh el Mesiéh, l'Ecole du Messie. Elle forme une salle rectangulaire de 9 m. 20 de longueur et 8 m. de largeur couverte d'une voûte en berceau brisée. Elle a été un peu raccourcie lors de la construction de la nouvelle église paroissiale.

Le Pèlerin de Plaisance (vi* s.) mentionne déjà la Synagogue de Nazareth. Pierre le Diacre, qui compila en 1037 un traité sur les Lieux saints d'après d'anciennes relations de pèlerinage, écrit : « Là où se trouvait la synagogue dans laquelle Jésu^ fit la lecture du livre d'I?aïe, existe maintenant une église. » E^i 1285, Burchard de Mont^Sion dit encore : « On y voit au^si la synagogue dans laquelle Jésus enseigna ; elle est translormée en église. » Plusieurs autres pèlerins en parlent sans indicjuer "avantage l'emplacement. Cependant, les pèlerins continuaient a la visiter au même endroit que les précédents, malgré une boutade de Quaresmius. « En avançant de l'église de Saint Joseph vers le N., dit-il, on rencontre à g. l'église des Quarante-Martyrs, et un peu plus loin une lODlaine et une autre église dont il sera question tout à l'heure. La première s'élève telle à la place de la synagogue où entra Noire-Seigneur, Çonimele rapporte saint Luc? » Sans répondre à la question, il passe à la Fontaine de Marie et à l'église Saint-Gabriel. Ce que le docte Quaresmius a pris pour l'église des Quarante-Martyrs était un oratoire musuln^an, Moukam el Arbaïn, dédié aux Quarante Compagnons du prophète Jl qui se voit encore dans le cimetière musulman, à quelques pas de la lontaine. Surins, qui résidait en Terre sainte 24 ans après Ouaresmius, JH que la synagogue se trouvait « presqu'au milieu de la ville. » Doubflan écrit en 1652 avec plus de précision : « A quelque cent pas du couvent, presque au milieu de la ville, tirant un peu vers le couchant, se yold un vieux hastiment de pierre de taille, qu'on dist être du reste de •a Synagogue, en laquelle Notre-Seigneur, etc. » En 1741, les Pères Fran wscains achetèrent ce bâtiment et le transformèrent en chapelle. A cette ^cme époque, ils ramenèrent 220 Grecs schismatiques de Nazareth au giron de l'Eglise catholique. Il y avait 30 ans qu'ils persévéraient dans •eur conversion ; il devenait dès lors nécessaire de créer une paroisse de rtte grec ; la S. Congrégation de la Propagande autorisa donc ce groupe "c ndèles à disposer de la Synagogue comme d'église paroissiale.

y. — Mensa Christi f-

A 400 pas au N.-O. de la Synagogue, une petite chapelle couronnée par une coupole, abrite un énorme bloc de calcaire tendre qui mesure en moyenne 3 m. 50 de long, 3 m. de large et 1 m. de haut. En 1861, les Pères Franciscains achetèrent les ruines de Tancien oratoire, propriété d'un musulman, et bâtirent la chapelle actuelle.

D'après une tradition qui se manifeste dans les relations des

pèlerins du xvi'' s., ce beau bloc aurait servi de table à Notre-

Seigneur, y mangeant un jour avec ses disciples. De là son nom

de Mensa Christi^Tahle du Christ. La source voisine, qui depuis

le tremblement de terre de 1837 ne produit plus qu'un mince

filet d'eau, est appelée Fontaine des Apôtres par Doubdan et

d'autres pèlerins.

Un repas pris sur celte pierre selon Tantique usage des Juifs se conçoit aisément, si elle a été taillée en forme de table après l'événement. Mais telle qu'où la présente, la tradition ne cadre guère, avec l'histoire éraa* gélique, d'autant plus qu'au delà de l'époque de Boniface de Raguse oa n'en a trouvé aucune trace. Le souvenir que ce bloc devait perpétuer a été, peut-être, mis en relation avec la colline el Oreimth située à 3 km au S. de Capharnaûm et qui au temps de Saewulf (1103) portait le nom de Mensa Christi, parce que Notre-Seigneur y nourrit 5.000 hommes. D'autres pèlerins trouvèrent ce même nom attaché au Hadjâret en Nasâra, les Pierres des chrétiens, au N.-O. de Tibériade, en souvenir de la deuxième multiplication des pains. La tradition relative à la Mensa Christi de Nazareth demande encore à être éclaircie.

VI, — lie Précipice !•

Saint Luc raconte que les Juifs de Nazareth jetèrent Notre- Seigneur hors de la ville « et le menèrent au sommet de la montagne sur laquelle leur ville était bâtie, pour le précipiter. »

Nazareth est assise au pied du Djebel es Sikh^ dominé par le tombeau de Nébi Sain (488 m.), et s'élève sur un massif montagneux à une altitude de 350 m. La montagne swr laquelle la ville est bâtie, est constituée par un ensemble de hautes collines qui dominent la bourgade. Au midi, à 2 km. de distance, cette chaîne de collines se termine brusquement par deux cimes d'un aspect grandiose et terrible, qui sont séparées l'une de l'autre par une gorge profonde, étroite et sauvage, formant un remarquable précipice. Elles dominent de 300 m. la plaine d'Esdrelon, au bord de laquelle elles s'élancent d'un jet vers le ciel. L'un de ces pics, le plus occidental (392 m.), porte le nom de l)jêbel el Qafsahy le mont du Saut ou du Précipice.

Sur son sommet, deux énormes blocs de rocher servent comme de garde-fous à l'extrémité d'une petite plate-forme, et séparent le spectateur de l'abîme presque vertical qui s'entr'ouvre devant

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lui. Sur le flanc, on remarque deux anciennes citernes et une grande niche pratiquée dans le roc en forme d'abside, avec une table d'autel taillée dans la masse, où l'on célébrait la messe. Au-devant de cette abside, s'étend une terrasse artificielle soutenue par un mur solidement bâti, et recouverte d'un pavement en jnosalque, comme le démontrent les cubes de gros calibre qu'on trouve en quantité dans la terre. Plus bas, on voit les vestiges d'un monastère.

Dès les premiers siècles de l'Eglise, les chrétiens du pays ont vénéré cette montagne comme celle où, d'après l'Evangile, les Juifs menèrent le divin Sauveur pour le mettre à mort, en le précipitant dans l'abîme. C'est là le lieu où Jésus manifesta sa puissance divine à ses concitoyens, en disparaissant du milieu d'eux. Telle était la vénération des chrétiens pour ce sanctuaire qu'au commencement du ix* s., Nazareth ne possédant plus qu'une église et 12 moines, le mont du Précipice restait desservi par 8 Religieux. « En Galilée, dans la sainte cité de Nazareth, écrit l'auteur du Comme moraiorium vers l'an 808, se trouvent 12 moines. A un mille de Nazareth, là où les Juifs voulurent précipiter le Christ Notre- Seigneur, on a bâti un monastère et une église en l'honneur de Sainte-Marie ; il est occupé par 8 moines. »

A l'époque des Croisades, Fretellus (H45) écrit : « A un mille de Nazareth, vers le midi, est l'endroit appelé le Précipice. Jésus étant jeune, ses parents, jaloux de sa sagesse, voulurent le précipiter de là ; mais lui disparut subitement du milieu d'eux. » Phocas nous a laissé cette description graphique : « Suit une chaîne formée de plusieurs collines dont la culminante est le lieu d'où les Juifs voulaient précipiter le Seigneur qui passa au milieu d'eux et s'en alla à Capharnaûm. » Burchard de Mont Sion (1285), Odoric (1320) et une multitude d'autres pèlerins indiquent le Précipice à la même montagne avec une distance plus ou moins grande, selon qu'ils ont suivi la voie directe à travers la gorge, ou le chemin plus long, mais plus commode, par la crête de la montagne.

Du sommet du Djebel et Qafsah on domine la plaine d'Esdre- Ion et l'on jouit d'une vue splendide.

VIL — Notre-Dame de l'Effroi t-

En venant de CaifTa à Nazareth, avant d'entrer en ville, on laisse à dr. une belle colline couverte d'arbres et de vignes, et couronnée par une gracieuse chapelle. La colline s'appelle Ddr «i Bénât, Monastère de Filles. Cette chapelle est placée sous le vocable de N.-D. de TEffk^of. Elle se trouve sur la voie qui mène a» mont du Précipice en suivant la crête.

La sainte Vierge, raconte une antique tradition locale, ayant appris que les Juifs avaient emmeôé Jésus pour le précipiter dans l'abîme, ne consulta que son amour maternel et, le cœur plein d'anxiété et d'effroi, elle s'élança sur les pas de son divin Fils. A peine arrivée au haut de la colline, elle fut frappée de terreur; car elle vit les Juifs revenir du Précipice; mais bientôt elle s'aperçut qu'ils étaient exaspérés de ce que l'innocente victime leur avait échappé. Cette démarche est bien digne de la tendre et affectionnée mère, qu'on rencontrera plus tard sur la voie douloureuse et au Golgotha au pied de la croix.

Depuis au moins onze siècles, les chrétiens du pays ont marqué par une église et un monastère l'endroit traditionnel où un nouveau glaive perça si cruellement le cœur de l'humble Vierge de Nazareth. La chapelle et le couvent qui jusqu'au xiv* s. étaient occupés par des chrétiens, tombèrent peu à peu complètement en ruines et au siècle dernier, on n'y voyait plus que quelques pans de murailles, des galeries souterraines et les fondations de l'abside de l'église taillée dans le roc. En 1882, les Franciscains, propriétaires du terrain depuis des siècles, ont enfin obtenu l'autorisation de construire une nouvelle chapelle à la place de l'ancienne. Comme le rocher est tendre et le soussol percé de grottes naturelles et artificielles, le terrain s'est affaissé et le petit monument a dû subir récemment une restauration complète.

Vers l'an 808, l'auteur du Commemoratorium raconte, comme nous l'avons vu, qu'au mont du Précipice il y avait 8 moines, avec un monastère et « une église de Sainte-Marie. » On est surpris de trouver le lieu du Précipice consacré à la sainte Vierge plutôt qu'à son divin Fils. Au Précipice, les ruines attestent l'existence d'un antique sanctuaire. Sur le chemin du Précipice, au Deir el Bénât, la tradition a consacré la mémoire des terreurs de la Vierge par un couvent et une église sous le vocable de Marie. L'anonyme n'aurait-il pas uni ensemble les deux souvenirs qui se rapportent au même événement et à la même montagne. L'église qu'il nomme ne serait-elle pas celle qui au xii<^ siècle était en possession des Religieuses Bénédictines et que Nicolas de Poggibonsi trouva encore debout en 1345 ? Cela parait bien probable.

Voici ce que le P. Nicolas apprit à ce sujet des chrétiens du pays, dont la piété se plaît à amplifier le merveilleux des événements. Après avoir parlé du mont du Précipice, il ajoute : « Lorsque le peuple descendit de la montagne, la Vierge Marie était consternée et anxieuse sur le sort de son très cher .fils Jésus-Christ, à tel point que, remplie d'effroi, elle s'appuya contre une grotte de la montagne, et la montagne lui offrit une place pour so cacher. Le peuple passa outre sans l'apercevoir.

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On y volt encore la place, c'est-à-dire, la forme du corps que prit le rocher. Là se trouve un beau monastère avec une belle église au centre, qui est appelée Sainte-Marie de la Frayeur, — Sanla Maria délia Paura. — Des chrétiens nègres de Nubie y habitent. On y gagne une indulgence plénière ^ »

Parmi les témoignages devenus nombreux à partir du xv' s , citons encore celui du chanoine Doubdan (1652) : « Pour aller à ce précipice, dit-il, il y a deux chemins, l'un par le dessus de la montagne, que l'on monte insensiblement, où l'on void à la moitié du chemin quelques ruines restantes d'une église et d'un monastère de Religieuses, qu'on avait basti à la place, où on tient par tradition que la sainte Vierge allant à la hâte, et courant après Notre-Seigneur que les Juifs emmenaient à ce précipice, tomba toute outrée de douleur et de crainte qu'ils ne l'eussent désia fait mourir. Et pour ce sujet l'église fut appelée Nostre Dame de la Crainte. Cette place se volt facilement de la maison (du couvent) de Nazareth, et quelques mille pas plus avant est le précipice ^. »

Les Religieuses Clarisses de France ont établi leur monastère au pied de la colline.

Chapelle de PEffk^oi des Grecs non-unis. « En face même de ce sanctuaire (N.-D. de l'Effroi^ près du chemin direct qui conduit au précipice, les Grecs ont construit une petite chapelle précédée d'un vestibule ouvert. C'est là qu'ils montrent à leurs pèlerins le lieu de l'Effroi de Marie. C'est évidemment une contre -tradition, et qui n'a même pas pour elle l'apparence d'une raison, ni l'excuse de la bonne foi ^. »

De la chapelle de N.-D. de l'Effroi on redescend sur la route pour rentrer à la Casa Nova (8 min.).

La mosquée de la ville construite en 1814 n'offre aucun intérêt.

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