‹ Nouveau journal d'un officier d'ordonnanceChapitre 40 sur 50 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Gharlemagne, ce n'est pas un bras manchot qui la relèvera; en Allemagne encore, c'est la République.

Le siècle qui finit renfermera dans sa tombe tout le vieux monde — ce n'est pas dommage !

« Louise Michel. »

Ai-je besoin de le dire? la théorie de Louise Michel, qui consiste à faire table rase du présent et par conséquent du passé, pour y édifier l'avenir, ne me satisfait point.

Elle n'est point naturelle. Elle n'est point scientifique. La nature ne procède point par ces soubresauts: « Natura non facit saltum. » Ses évolutions ne se font jamais sur une table rase. Elle ne détruit jamais. Elle transforme, sans secousse. Elle adapte les êtres à leur milieu par un mouvement lent. L'humanité, qu'elle le veuille ou non, est forcée de l'imiter. Le progrès ne vole pas; il rampe. Toutes les fois qu'on veut le faire voler, on lui casse les reins. C'est l'histoire de la Révolution française; c'est l'histoire de la Commune.

La Révolution a prétendu tout détruire et il se trouve, après un siècle, qu'elle n'a rien détruit et qu'elle a tout déformé. Si elle avait été lente et progressive, elle aurait tout transformé.

La Commune a voulu, dans une pensée généreuse, je le veux bien, brusquer l'avenir, bousculer le progrès. Elle a effrayé l'avenir et fait reculer le progrès. Et ses hommes, les meilleurs, ont versé, par la force des choses, de l'apostolat dans le crime.

370 NOTTVEAU JOURNAL d'uN OFFICIER D ORDONNANCE.

J'en demande bien pardon à Louise Michel et à saint Thomas d'Aquin, mais je vais les mettre, tous les deux, aux prises.

Pour Louise Michel, la politique est la science des conditions idéales de l'humanité.

Pour saint Thomas d'Aquin, la politique est la science des choses faisables.

Saint Thomas d'Aquin est arrivé à cette conclusion en partant de l'idée de Dieu. Les philosophes, comme Herbert Spencer, y sont arrivés en partant de l'idée de la matière.

Et, puisque c'est à ce carrefour unique qu'arrivent les esprits puissants, partis des confins opposés du monde intellectuel, il faut en conclure que, là, ces voyageurs rencontrent celle qui ne voyage jamais : la Vérité.

Imitons donc les chirurgiens. Les vieux chirurgiens avaient le culte des opérations bien faites et des membres radicalement extirpés. Les chirurgiens nouveaux conservent le plus qu'ils peuvent de ces tissus au milieu desquels ils promènent le fer et que, derrière eux, l'organisme vient reconstituer.

Tâchons de nous améliorer, d'améliorer ce qui nous entoure, et n'extirpons de notre passé et de notre présent que ce qui en tombe de soi-même par l'effet de cette amélioration.

Il faut toujours marcher vers le progrès, il n'y faut jamais courir, car lorsque l'on court, on tombe et on se casse le nez.

Dans cent ans, cette idée de la Commune, qui nous

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