‹ Nouveau langage des fleurs, ou, Parterre de floreChapitre 63 sur 85 · FABLE · texte numérisé non relu

FABLE

Que vous êtes pâle , ma sœur!

Disait la Rose rouge à sa sœur Rose blanche : Pardonnez-moi d’être si franche ,

Votre teint blême me fait peur.

— Ce n’est point là de la pâleur ,

C’est la candeur de l’innocence.

Vous , pour rougir ainsi, ma sœur,

Vous avez vos raisons , je pense?

— Mes raisons..... du bel Adonis,

Du favori de Cythérée C’est le sang qui m’a colorée ;

J’éclate, et vos traits sont ternis.

— Cependant d’une vierge pure J’embellis encor la pudeur.

J’éclate aussi, mais de blancheur,*

Vous aimez le sang par nature :

On sait combien chez les Anglais Votre nom en a fait répandre!

— De leurs longues fureurs pouvez-vous me reprendre?

Vous doivent-ils quelques bienfaits ?

Je me souviens qu’en ce désastre insigne D’être ma sœur aînée on vous vit être digne.

Ici, lasse de les ouïr,

La jeune Laure vint cueillir Nos deux charmantes querelleuses ,

Et sur son sein palpitant de désir Réunit les fleurs trop heureuses.

«Roses, dit-elle, ô vous qui devez vous chérir ,

Et qui brillez l’une par l’autre ,

Quelle triste erreur est la vôtre !

A disputer vous passez tout un jour :

C’est tout le temps de votre vie.

Votre existence, hélas ! vous est si tôt ravie!

Pourquoi l’enlever à l’amour?

Votre famille est l’orgueil du parterre;

Vos charmes différens sont toujours des appas.

Qui s’aimerait sur la terre,

Si deux sœurs ne s’aimaient pas? »

H. Dumas (de Lyon).

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