COULÉS
— Graphol. Ecriture coulée. V. coulée.
Se couler, v. pr. B^tre coulé. ii Glisser doucement, tomber d'un mouvement lent. Il S'introduire furtivement, se glisser sans bruit. Il Pénétrer, s'însiuuer.
— Fam. Ruiner ses affaires ou son crédit.
— Pop. Se la couler douce. Se donner du bon temps, vivre sans travail, sans souci.
— SvN. Couler, glisser, rouler. Au propre, ces trois verbes expriment des actions dunt la différence résulte suf- Jisarament de leurs définilions. Mais, au figuré, couler marque un mouvement paisible, uniforme ; le temps coule ; une période, un vers coulent bien quand on n y trouve rien de heurté ni de précipité; glisser marque une action vive et rapide qui ne laisse aucune trace, qui est à peine remarquée; rouler suppose quelque chose qui tourne, qui montre secccssivement toutes ses faces : on roule des projets dans sa tête; un livre roule sur une matière, il la fait considérer sous tous ses aspects.
COULERESSE {rèss) n. f. Cuve employée dans les raffineries.
COULESANG [safï) n. m. Nom vulgaire désignant, à la Martiniquo, une espèce de vipère spéciale à cette colonie.
COULETAGE {taj' — anc. forme do courtage) n. m. Mot qui désignait, dans la coutume do Lille, un droit d'uu denier ou obole sur les marchandises vendues ou achetées.
COULETTE {lèt') n. f. Sorte de Irublo montée sur un soutien en forme de raquette, dont se servent les pêcheurs do la Ga-
Coulette.
quior circulaire.) Il Broche garnie d'une sorte de bobine, qui sert au retordage du Hl et do la soie pour la passementerie.
COULEUR {du lat. color, mémo sens) n. f. Imprcssiou particulière produite sur l'œil par la lumière, suivant sa nature propre ou suivant la manière dont elle est réfléchie par les corps : Il y a des couleurs que notre œil préfère. (Grimm.) ii Coloris, distribution des couleurs dans la nature ou dans un tableau : La couleur de Bubeus, du Titien, de Claude Lorrain, il Dans lo langage vulgaire. S'oppose souvent à noir ct à blanc, ce ([ui est scientitiuuemeut exact; lo noir et le blanc n'étant pas proprement des cou-
im
HachufL'S repré-
seiitantlescouleurs
daos le bliison.
leurs, mais l'un la réunion et l'autre l'absence de tontes les couleurs : Lu Uiuje blanc se salit plus vile que le linge de coviMuii.
— Toiiit, coloration plus ou moins rougo ilu visago : Perdre ses coui.uors. Cliamjer île couluur.
— Nuance rulativomont foncoo : fain qui n'a pas assez de cowi.i-;uiî. i'oulel qui commence à prendre couleur.
— Suhstuuco dont ou se sert pour donner aux objets une couleur urlilicicUo : Itrut/er des coui.iiuits.
— Particuliùrom. Marque distinctive de la nationaliié, qui consiste dans la coloration des drapeaux, pavillons et ensoi^-nos; drapeau national lui-même, ii Par oxt. Opinion politique; opinion de parti en général : J.a couleur d'un journal. — Au plur. Livrée, vôtenient d'une couleur spécule porté par les ofliciers et les domestiques d'une maison : Les couleurs du roi. il Marque distinctive choisie par une personne, particuliôremont par une dame, et qu'adoptaient autrcTois ceux qui voulaient lui faire la cour.
— Vtg. Apparence extérieure, tournure, ensemble do circonstances qui constituent un caractère spécial : Les affaires prcmieni une rilaine couli.:ur. il Prétexte, fausse apparence, motif hypocrite : Attaquer les autres sous cou- LKUR de se di'fendre.
— Fam. Monterie, invention : En conter à quelqu'un, lui en dire de toutes les couleurs.
— Couleur changeante, Couleur qui varie suivant l'ani^le sous lecpiol on regarde l'objet coloré, il Haut en couteltr. Qui a le visage très coloré, très rouge. - - Fig. Outré de ton, exagéré au point do vue de lonergie : Le style populaire est naturellement haut en couleur, ii Homme, Femme de couleur, Muliitrc, Mulâtresse.
— Blas. Nom donné à cinq des émaux :
Les COULEURS héraldiques sont : l'azur ou bleu, le gueules ou rouge, le sable ou *io;>, le sinojde ou vert, le pourpre et l'orangé. (Certains liéraldistos ontclassé le sable parmi les métaux, le considérant comme représentant le fer.) V. blason, ÉMAIL.
— Grav. Procédé qui rend ou au moins qui indique, dans une estampe, les couleurs du tableau que cette estampe reproduit.
— Hort. Couleur. Autrof. Tulipe unicolore.
— Jeux. Chacun dos i|uatre attributs qui distinguent les cartes, quoiqu'ils ne soient réellement que do deux couleurs : rouge et noir, ii Au boston primitif, Délie couleur. Couleur de la carte retournée à la première donne. li /'élite couleur. Couleur do chacune des cartes retournées aux donnes suivantes, ii Au lansquenet, Prendre couleur. Entrer en jeu et couper, il A l'hombre, i\ommer la couleur. Faire la triomphe eu indiquant la couleur, il Jeu des trois couleu7-s. Sorte de jeu de liasard que l'on jouo avec trois dés portant chacun une couleur différente, ii Au trente et quarante, La noire; ainsi, le croupier ne dira jamais : Bouge perd, noirk gagne, mais : Ilougeperd, couleur gagne.
— Littér. Qualité du style qui donne aux pensées de l'éclat : lialzac a le don de la couleur et des fouillis. (Sto-Beuve.) il Couleur locale. Observation des détails de mise en scène qui caractérisent un pays ou une époque.
— Mar. Au plur. Pavillon national : Montrer ses couleurs. Il Hisser, Rentrer les couleurs. Les hisser à la corne à huit heures du matin. Les descendre au coucher du soleil. Il Amener ses couleurs, Se rendre.
— Métall. Couleur d'eau. Brillant d'un fer poli qui a passé au feu. ll Couleurs de recuit, Couleurs qui indiquent le degré do carburation do l'acier, li Fer de couleur. Fer qui est cassant à la température rouge cerise, et ne peut être forgé qu'au-dessus ou au-dessous de cette tempérarature. (On l'appelle aussi fer rouverin.)
— Min. Teinte des résidus de lavage d'un minerai, indiquant (ju'il contient ou non de l'or.
— Patbol. PAles couleurs. Nom vulgaire do la chlorose. Il Fig. Défaut d'éclat, de ton, de couleur.
— Peint. Couleurs génératrices ou primaires. Celles qui ne résultent d'aucun mélange connu d'autres couleurs : le jaune, le rouge et le bleu sont les couleurs primaires. il Couleurs composites ou binaires. Celles qui sont forméi^s
par le mélange de doux des trois couleurs primitives. (KUes sont au nombre de trois : l'orangé, formé par le ronge et le jaune; le vert, par le bleu et le jaune; le violet, par le rongo et le bleu.) ll Peindre à pleine couleur. Poindre avec un pinceau très chargé de couleurs, ii Couleur générale, Elï'et d'ensemble des objets colorés qui sont dans un tableau. wCouleur locale. Couleur propre à chaque objet; art de rendre par la couleur les différents détails 'pli caractérisent les corps, n Ensemble dos caractères extérieurs propres aux personnes et aux cliosos, dans un temps, un pays déterminé. V. la partie oncycl.
Ph^s. Couleurs primitives. Couleurs, au nombre de sept, qui composent le spectre solaire : Les couleurs primitiiies sont exprimées dans le vers suivant, où leur ordre est eonsené :
Violi-t, hiiUgo, blâu, vert, jaune, orangé, rouge.
II Couleurs simples, composées, complémenlairea . V. oncycl. ~ Tochu. Chez les teinturiers. Couleurs matrices. Couleurs dont los autres dérivent, il Chez les peintres en bâtiment. Couleurs simples. Colles qui .sont extraites dos végé taux, ot qui no ponvent soull'rir le fou. ii Cliez les tisseurs, Couleur passante, Lat interrompu ot passé seulement de temps à autre, il Couleur suivie, Lat continu, ll Couleurs amies. Colles dont les teintes s'harmonisent d'une manièriagréable i l'œil, ll Couleurs légères. Colles qui se rapprochent le plus du blanc, il Couleurs pesantes. Celles qui si' rapproclient le plus du noir, ii Couleurs noyées. Celles dont riiitciisité va en s'aU'aiblissant insensibloment de manière à former dos nuances, ii Couleurs rompues. Celles d'une coloration trop vivo, que l'on affaiblit ensuite, il Couleurs changeantes. Colles dont la coloration vario suivant leur inclinaison par rapport au rayon visuel et ù, la lumière.
Il Mettre en couleur. Peindre un parcinot, une boiserie, des carreaux, ll Gravure ou Estampe de belle couleur, Gravure ou Estampe qui rappelle los couleurs du tableau qu'elle représente.
— Turf. Ensemble du costume que porto chaque jockey, suivant l'écurie ù laquelle il appartient,
— Loc. prov. : jVc pas connaUre la couleur de l'argent de quelqu'un. Ne pas savoir de quelle couleur est .ion argent. N'avoir pas reçu do lui l'arpent (|u'il doit, ll Ae pas' coniiatlre la couleur des paroles de quelqu'un, No l'avoir jamais
entendu parler, ii Parler, Juger d'une chose comme tes aveugles des couleurs. En parler sans en avoir la moindre connaissance. Il En faire voir de toutes les couleurs. Faire passer par toutes sortes d'épreuves, et aussi tromper de toutes les façons. Il Des goûts et des couleurs il ne faut pas discuter. Chacun est libre d'avoir ses préférences.
— Couleur de. AdjeCtiv. et invariable. Qui a la couleur de : l'Jcltarpe couleur de feu. liubans couLbUR de rose.
II Fam. Voir couleur de rose. Voir en beau, ii Substaniiv. Etat de ce qui a une couleur itarticuliôre déterminée : Etre d'un beau couleur de chair.
— SvN. Couleur, coloris. V. coLouis.
— Encycl. Phys. Les philosophes de l'antiquité rangeaient les couleurs parmi los propriétés spécihques dos corps, au môme titre que la dureté, etc. Épicure, ayant remarqué que la coloration des oljjets varie avec la lumière qui los frappe, punsa que los corps ne possédaient aucune couleur par eux-mêinos. Descartes, Boyie adoptèrent l'hypothèse d'Epicure; mais c'est Newton qui, dans son admirable Traité d'optique, établit, le premier, une théorie à laquelle il donna le nom do chromatique.
Les rayons solaires arrivant à la rétine éveillent dans le cerveau la sensation do lumière; cette lumière est formée par la réunion d'un très grand nombre de radiations do diverses longueurs d'onde, dont chacune produit sur notre œil une impression particulière, d'où la notion de couleur. Newton ne distinguait que sept couleurs dans le spectre; mais, depuis, on a découvert un© foule d'autres radiations dont les couleurs forment le passage gradué d'une couleur principale aune autre.
Quand un faisceau de lumière tombe sur la surface d'un corps, les radiations lumineuses peuvent être rétlôchies ou diffusées sans subir aucune décomposition ; dans ce cas, la lumière réfléchie ou diffusée a la même composition que la lumière incidente, et la surface du corps est dite blanche (expression conventionnelle). Si le pouvoir réflecteur des diverses radiations n'est pas le même pour toutes, une partie du faisceau incident est absorbée, et la surface du corps présente une coloration qui résulte do l'association des radiations réfléchies ; si le faisceau réfléchi ne parait pas coloré, cela tient à ce que l'absorption est très faible. Ex. : un miroir de cuivre ou de laiton (la couleur du miroir dépend de l'angle dincidenco).
Les radiations peuvent être décomposées par réflexion diffuse. C'est ce qui a lieu pour les pigments. Les corps «oirs sont ceux qui absorbent toute la lumière incidente. Les corps dits blancs sont ceux qui diffusent en même proportion toutes les radiations; en réalité, il n'y a pas de corps blancs. Tous los pigments difl'usent toutes les couleurs du spectre en absorbant plus ou moins certaines d'entre elles; ainsi, un corps rouge est celui qui a absorbé les autres couleurs en plus grande proportion. Quand les radiations traversent un corps solide, liquide ou gaz, l'absorption peut se produire soit également, soit inégalement ; la substance sera ou transparente, ou colorée. Ainsi, un verre rouge absorbe moins les radiations rouges que les autres radiations. La couleur dépendra, ici, de l'épaisseur de la substance, co qui ne semble pas avoir lieu pour les corps diffusants.
En résumé, l'absorption est nécessaire pour donner au corps sa couleur; la couleur n'appartient donc pas à la matière, mais elle est le résultat du traitement que subit la lumière, suivant l'expression de Tyndall. Les difl'érentcs sources lumineuses n'étant pas composées des mêmes radiations, et des radiations ideutniues n'ayant pas même intensité, la couleur d'un corps variera avec cette source. Un bluet, éclairé la nuit par la flamme d'une bougie, parait d'un blanc pâle, tandis qu'il est bleu le jour.
— Couleurs simples, complémentaires, composées. Chaque radiation lumineuse du spectre solaire est une couleur simple, indécomposable. Les couleurs composées sont décomposables par le prisme en couleurs simples. Les couleurs complémentaires sont celles dont le mélange produit du blanc, c'est-à-dire celui (pii donne sur un écran la môme impression que los rayons solaires. Les couleurs complémentaires peuvent être formées soit de couleurs simples, soit de couleurs composées. Toute couleur simple, à l'exception du vert pur, est complémentaire d'une .lutro couleur simple. Ileimholtz groupe ainsi los couleurs simples complémentaires deux A deux : violet, jaune verdàtre ; iniligo, jaune; bleu, orange; bleu verdâtre, rouge. Quant aux couleurs composées, elles formont une inlinilo do groupes complémentaires.
— Mélange des couleurs. Pour étudier la teinte résultant du mélange de plusieurs couleurs données, on peut superposer, comme le faisait Ileimholtz, plusieurs spectres produits par un môme prisme, do manière que leurs bandes colorées se croisent. La solution est du domaine do la physiologie de l'œil. Newton se servait d'un appareil [cercle chramatifiue) avec lequel une simple opération géométrique donne la couleur résultant de plusieurs couleurs données. On pont aussi mélanger des pigments.
— Contraste des couleuj's. Doux couleurs voisines s'influencent mutuellement ot ne produisent pas le même oft'et ipio lorsqu'elles sont éloignées l'une do l'autre. Si l'on juxtapose doux bandes de papier do môme couleur, mais l'uno plus foncée que l'autre, la bande la plus claire, située dans lo voisinage immédiat do la bande plus foncée, paraîtra plus claire qu'elle n'est réoUomont, tandis quo la partie analogue do la bande plus foncée paraîtra aussi plus foncée. Chevreul, en juxtaposant deux bandes do couleur dill'érenio, a déduit do ses expériences ces principaux résultats ; l» quand doux couleurs sont juxtaposées, la nuance de cliacnno d'elles est modiliée par lo mélange .avec la couleur comi>lémentairo de l'autre; 2» si les couleurs juxtaposées sont complémentaires, chacune d'elles |)aralt plus vivo ot plus pure; a" si l'on juxtapose une couleur à du blanc ou â du noir, elle parait entouréo d'une auréelo do sa couleur complémentaire et paraît plus vivo ; 4" ces effets se produisent encore, mais moins prononcés, quand los couleurs sont placées i\ une certaine distance.
(•'ost par co contraste simultané (lue Cliovreul explique les ombres colorées ; ainsi l'ombro ilonnée par une bougie parait bleue, la lumièro do la bougie étant orangée. On appelle contraste successif le plienomèiio qui a lieu lorsque les yeux, après ôtro restés un certain temps lixés sur un ou plusieurs objets colorés, aperçoivent chaque objet inodiilé par sa couleur complémentaire.
1x1 contraste mixte ost celui par lequel les yeux, après avoir (ixé un ou plusieurs objets colorés, on eii regardant un ou plusieurs autres, los voient dill'érents do co qu'ils leur uiiraieni paru s'ils n'avuioul riou vu auparavant.