‹ Nouveau manuel complet d'aérostation, ou Guide pour servir à l'histoire et à la pratique des ballonsChapitre 49 sur 77 · LA NAVIGATION AÉRIENNE · texte numérisé non relu

LA NAVIGATION AÉRIENNE

TRADUCTION LIBRE D'UNE ODE ITALIENNE DE M. LABBE MoNTlJ

Lorsque duPélion.sur la plaine liquide, Jasoneût (ait rouler les antiques sapins,

Et que la rame, sous ses mains.

Frappait , à coups pressés , le sein des Néréides-,

On vit un essaim de héros Venir brigner l'honneur d'une illustre conquête : Orphée, un luth en main, sur la poupe, à leur tête.

S'élança loin des murs d'Argos.

Le Souverain des mers, surpris de leur audace, Déchaîne l'aquilon, agite son trident:

Mais à peine entend-il le chantre de la Thrace, Qu'à son courroux succède un long ravissement.

L'aquilon fuit, Neptune admire;

Le calme renaît sur la mer ;

Et vers la.toison qu'il désire

Le vaisseau part comme un éclair.

Toi , qui plu* que jamais vivras dans la mémoire ,

MontgolGer , écoute mes chants ; Et puissai-je, avec toi, pour prix de mesaccents.

Voler au temple de la gloire!

Que sont, auprès des tiens, ces prodiges d'Argos, Qu'orna de ses récits la Grèce mensongère.

Ils osèrent braver les abîmes des (lois ; Et tu viens d'envahir l'empire du tonnerre.

Mais le destin propice «t loiu d'associer Le chantre de la Thrace à l'époux de Médée :

Jason fut chanlé par Orphée , Et Rousseau manque à Montgolfier.

Applaudisse*, mortels, vous qui, d'un p61e «Vautre, Desonhenrense audace allez goûter les fruils;

Son triomphe devient le vôtre :

De la reconnaissance aceordei-lui la prit.

Sous les moûts caverneux, non loin du soml Repose un air impur que les feux de volcans Kmbrasent, et soudain, jusqu'enses fondem Là terre retentit, s'ébranle, se déchire.

Aujourd'hui Montgolfier a dompté sa fureur :

Voyez-le s'échapper du sein qui le recèle,

Et prêter un appui fidèle

Au char ailé de son vainqueur.

O prodige inoni! secondant nos conquêtes,

La matière n'a plus de poids :

Sous nos pieds enchaînée, et foulée autrefois, La voilà qui s'élève et plane sur nos têtes.

Immobile d'étonnement, La terre garde le silence ; On dirait une nue immense Qui porte dans sou sein un foudre menaçant.

Bientôt la terreur cesse, et dans un doux délire. On célèbre à l'envi le trioraple des arts :

On voudrait de ses pieds presser L'heureul navire Qu'atteignent encore no» regards.

Dieu de» tempêtes, oh Borée 1

Oie s'élever jusqu'à toi.

Que le courront des vents expire!

Que les vapeurs soient sans venin !

D'un air pur , et d'un ciel serein.

Four Robert, 'qui s'approche , embellis ton empire. *

STJIt L'iF.nOSTATIO*.

Déjà te Dédale françait, Lob de* regard* surpris, s'enfonee dans l'espace; La terre, ses cilés, ses fleuves, sas forêts, Tout s'abaisse à ses pieds, s'obscurcit et s'efface.

A cet aspect nouveau, dans ces vastes déserts,

Quel cœur ne deviendrait timide?

Robert touche au dépôt des grêles, des éclairs ; Tous frissonnent pour lui, lui seul est intrépide.

C'en est fait! il descend, l'homme a conquit l'éther; Et mille aérostats, pour la même conquête, Partent en invoquant Montgolfier et Robert : . Eux-mêmes volent à leur tête.

Mortel audacieux, que ne t^ites-tu pat.

Guidé par la sage Uranie!

La terre est tout entière empreinte de les pas;

Les ci eux le sont de tou génie.

Cet globes qu'un seul astre entraîna autour de lui , Tu sus les asservir à des routes prescrites; Tu connais leur pouvoir, leurs masses, leurs orbites; Tes regards ont percé jusque dans l'infini.

A tes yeux se cachaient de timides étoiles}.

Elles semblaient braver tes désirs trop hardis : De leur front virginal tu fais tomber les voiles; Et d'un nuuvel éclat l'univers est surpris.

Que d'une aile de feu la foudre étincelante Fende l'air, surchargé de nuages épais :

Ton bras l'atteint, la frappe, et tes rapides traits La forcent de lomber à tes pieds expirante.

Tes tubes ont de l'air déterminé le poids; Ton prisme a divisé les rayons de lumière; Le feu, la terre et l'eau sont soumis à tes lois : Tu domptes la nature entière.

Aujourd'hui les plaines de l'air Flattent ton superbe courage :

Jusqu'au trône de Jupiter Soudain l'air étonné t'ouvre un libre passage.

Quel triomphe manque à les vœux?

ta mortrésiste seule aui traits de ton génie: Ose briser sa faulx, et va parmi les dieux Savourer a jamais le nectar de la vie.

Page 1